Vendredi 31 décembre 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lecritureoulavie.gifCHALLENGE ABC 2010, 26ème livre lu ♦

Quatrième de couverture :
Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945.
L'étudiant du lycée Henri-IV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peu exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut-être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant.
Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une œuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald.

Mon avis :
Un livre que j'ai prévu de lire depuis la terminale (ma prof de philo nous en avait parlé) mais je ne regrette pas d'avoir attendu maintenant pour le lire... c'est un livre fort, je pense que certains passages me marqueront profondément, mais j'ai eu l'impression de ne pas pouvoir tout saisir encore, je suis sûre que j'aurai tout intérêt à le relire plus tard.

Son séjour à Buchenwald est évoqué tout au long du livre de manière indirecte. Le narrateur se concentre surtout sur les jours qui suivent la libération du camp, et sur son retour à la vie qui est problématique, d'une part parce qu'il a le sentiment d'être mort à Buchenwald, d'autre part parce qu'en tant qu'espagnol expatrié (militant contre le régime de Franco), il ne peut retrouver de véritable foyer par la suite. Tout au long du roman (mais j'ai du mal à  qualifier cet ouvrage de roman, je dirais plutôt qu'il se situe quasiment entre l'autobiographie et l'essai... ?) j'ai ressenti énormément de sympathie pour le narrateur ! J'ai mis trois jours à lire ce livre, et j'ai fait un cauchemar lié à ce livre... un autre soir, je me suis brusquement demandée si Jorge Semprun était encore en vie pendant que je lisais son livre, et alors qu'il était déjà tard, je me suis levée et j'ai importuné mon frère pour qu'il obtienne cette information sur Internet (et si j'en crois wikipedia, il est toujours vivant !).

J'ai été émue par son parcours (évidemment, qui ne le serait pas ?) mais surtout par le ton qu'il prend pour nous parler de tout cela : j'ai surtout apprécié sa sincérité, l'impression que j'ai eue qu'il nous faisait suffisamment confiance pour nous donner à voir une partie de sa vie qu'il avait pourtant cherché à enfouir pendant des années, tout en faisant attention à ne pas nous perdre en cours de route ; il se livre avec franchise, sans pour autant monologuer en oubliant ses lecteurs.

Je serais incapable de parler avec précision de la structure de l'ensemble : vu de loin ça peut sembler décousu tant le narrateur nous fait passer sans arrêt d'un souvenir à l'autre, faisant se rapprocher des évènements qui n'ont a priori rien à voir entre eux, mais sa voix permet de donner du sens à tout cela. Il passe également très facilement d'une langue à l'autre, espagnol, allemand, anglais, français (sa langue d'adoption, dans laquelle il a rédigé la majorité de son œuvre), souvent pour chercher le mot le plus juste pour ce qu'il veut dire.

Les digressions sont multiples, car il nous fait voyager dans sa vie sans linéarité, et tout son discours est émaillé de nombreuses références philosophiques, littéraires, et artistiques de manière plus générale. Il nous fait vraiment connaître son imaginaire, au début j'ai été assez déconcertée (et apeurée) car j'ignore la plupart des oeuvres auxquelles il fait référence... heureusement, il ne les largue pas de façon abrupte en nous laissant nous débattre avec, ça non ! Si à tel moment il nous informe qu'il a eu envie de réciter tel poème, il ne fait pas que citer le titre et tant pis si on ne connaît pas, non : il nous en offre des extraits, explique pourquoi ces vers ont été importants pour lui... et tout ça avec habileté, subtilité, sans pédantisme, je n'ai pas eu le sentiment de me retrouver face à un érudit qui étalerait sa science, mais au contraire face à un homme sensible simplement prêt à partager les mots qu'il aime avec nous, et qui nous donne envie de les découvrir ensuite par nous-mêmes.

La poésie semble avoir été extrêmement importante pour lui, elle lui a été d'un grand secours dans les moments les plus durs, cela correspond tout à fait à l'idée de vitalité que je me fais de la littérature... j'ai donc été très touchée. Son expérience au camp et surtout sa difficulté à vivre après, ses angoisses et questions nombreuses au sujet de l'écriture, de la transmission de cette expérience, qui constituent le coeur de cette œuvre, se mêlent étroitement à son amour de l'art, et le mélange de tous ces éléments donne un résultat que je trouve génial et magnifique car d'une richesse et d'une profondeur incroyables !

J'ai admiré enfin sa capacité à faire part de ses émotions tout en restant lucide, cet équilibre extraordinaire auquel il est parvenu entre l'humanité la plus sensible et l'intelligence la plus pure... je m'emballe, je m'emballe, et je m'aperçois que tout mon article reste assez abstrait et ne vous décrit peut-être pas assez concrètement de quoi il est question dans ce livre, mais je ne vois vraiment pas comment vous en rendre compte étant donné la richesse et la densité de ce chef d'œuvre, que je ne peux que vous conseiller donc.... en ce qui me concerne je me sens toute petite, comme je l'ai dit au début c'est un livre que je comprendrai mieux en le relisant dans quelques années (certains passages philosophiques peut-être trop pointus pour moi m'ont laissée un peu perdue), mais cette première lecture a déjà été formidable ! Un très grand merci à vous, monsieur Semprun.

P.S important : si vous sentez confusément que ce livre vaut le coup (je vous le dis cash d'ailleurs : il vaut le coup, faites-moi donc confiance !) mais que mon article ne vous a pas tout à fait convaincu (ce qui ne serait pas étonnant sachant que mon éloquence est un peu limitée et que j'écris tout cela avant tout pour moi, afin de me souvenir de ce que j'ai ressenti), je vous conseille l'article de Saleanndre !

Extraits :
"Je ne voudrais que l'oubli, rien d'autre. Je trouve injuste, presque indécent, d'avoir traversé dix-huit mois de Buchenwald sans une seule minute d'angoisse, sans un seul cauchemar, porté par une curiosité toujours renouvelée, soutenu par un appétit de vie insatiable - quels que fussent, par ailleurs, la certitude de la mort, son expérience quotidienne, son vécu innommable et précieux -, pour me retrouver désormais, revenu de tout cela, mais en proie parfois à l'angoisse la plus nue, la plus insensée, puisque nourrie par la vie même, par la sérénité et les joies de la vie, autant que par le souvenir de la mort. "

"Je ne possède rien d'autre que ma mort, mon expérience de la mort, pour dire ma vie, l'exprimer, la porter en avant. Il faut que je fabrique de la vie avec toute cette mort. Et la meilleure façon d'y parvenir, c'est l'écriture. Or celle-ci me ramène à la mort, m'y enferme, m'y asphyxie. Voilà où j'en suis : je ne puis vivre qu'en assumant cette mort par l'écriture, mais l'écriture m'interdit littéralement de vivre."

"(...) L'écriture, si elle prétend être davantage qu'un jeu, ou un enjeu, n'est qu'un long, interminable travail d'ascèse, une façon de se déprendre de soi en prenant sur soi : en devenant soi-même parce qu'on aura reconnu, mis au monde l'autre qu'on est toujours."

Vendredi 31 décembre 2010

31 décembre 2010, je vais réveillonner bientôt, j'ai à peine le temps de faire mon bilan de cette année...
En 2010, j'ai lu 116 livres (dont 7 relectures. Je ne compte pas les BDs), c'est un peu plus que l'année dernière... et toute cette année, en plus du blog j'ai tenu un registre papier de mes lectures, comme je prévoyais de le faire fin 2009. Ma résolution livresque pour 2011 reste donc la même que les années précédentes : lire plus... (et continuer de tenir ce registre papier qui permet de bien me rendre compte de façon synthétique de mon rythme de lecture... qui est toujours très irrégulier)


C'est l'heure de revenir rapidement sur mes coups de cœur de l'année (certains font aussi la liste de leurs plus grosses déceptions, ce que je n'ai pas envie de faire car je n'aime pas déconseiller des livres... je préfère mettre en avant les livres qui le méritent à mes yeux et oublier simplement ceux qui m'ont le moins plu). Et plutôt que de vous présenter une liste de livres, je vous propose mon Top Auteurs  :

http://blog.b92.net/user_stuff/upload/224/85.4224.jpghttp://2.bp.blogspot.com/_FwoHdGSY1X8/TMPwmCUPaZI/AAAAAAAAAXA/KQHEgP9aBo0/s1600/paul_auster.jpghttp://www.romantisme.wikibis.com/illustrations/220px-alexandre_dumas.jpg

3 auteurs qui sont entrés dans mon Panthéon Personnel :
- Milan Kundera et son Insoutenable Légèreté de l'être, évidemment.... ! J'ai aussi lu La Lenteur qui m'a plu, et je compte bien lire toutes ses œuvres, à terme.
- Paul Auster, une autre très très belle découverte.... lu pour le moment : La Nuit de l'Oracle, Le Voyage d'Anna Blume et La Musique du hasard.
- Alexandre Dumas, qui m'a époustouflée avec Le Comte de Monte-Cristo et Les Trois Mousquetaires !!!

• 3 auteurs dont je dois sérieusement creuser l'œuvre car j'ai vraiment adoré l'unique oeuvre que j'ai lue de chacun d'entre eux : Alberto Moravia (Le Mépris), Banana Yoshimoto (Kitchen) et Sheridan Le Fanu (Carmilla)

• 3 autres auteurs "à surveiller"... difficile d'expliquer ce qui les distingue des 3 précédents, je suis peut-être un chouïa moins éblouie mais c'est kiff-kiff : J. M. Coetzee (Disgrâce), Philippe Jaenada (Le Cosmonaute), Elfriede Jelinek (La Pianiste).

•  2 poètes importants pour moi cette année : Jean Tardieu, découvert cette année grâce à mes études et c'est un coup de cœur, et Louis Aragon : je connais toujours très peu de poèmes de ce grand homme mais ceux que je connais, j'ai tendance à les lire en boucle... (et il faut décidément que je lise bientôt Aurélien, que je n'ai pas lu cette année alors que je l'avais promis ! :s

• Toujours mes 2 chouchous autrichiens, Stefan Zweig et Arthur Schnitzler, que j'ai découverts un peu plus cette année et ça a été un délice...

http://nemotaku.fr/site/local/cache-vignettes/L358xH500/joliestenebres-9c3af.png• Et pour terminer, je dois aussi noter une révélation BD qui m'a réconciliée avec le genre (je vais très bientôt en reparler de manière plus détailleée;)) : Jolies Ténèbres, de Vehlmann & Kerascoët.



 
Bilan des Challenges :

Tous mes challenges de 2010 ont été réussis : le Big Challenge Livraddict, le Challenge ABC (réussi in extremis, j'ai fini L'Ecriture ou La Vie de Semprun cet aprèm !), le  Challenge Caprice, le Défi Livre qui dort, le Challenge Bienvenue en Inde. Je dois cependant nuancer cette victoire totale en reconnaissant que je n'ai toujours pas lu Anna Karénine qui était pourtant inscrit à mon challenge ABC de 2009...

J'ai participé deux fois cette année au Read-A-Thon (et j'ai adoré ça), j'ai raté la 1ère session du jeu Juste pour Lire (mais compte me rattraper !), et je poursuis mes challenges sans limite de temps : le Matilda's Contest, le Challenge Tête en Friche et mon challenge mondial. Je suis également inscrite au challenge 1000 ans de littérature française (et n'ai pas fait la 2ème lecture dans les temps, oups...)

En 2011, je compte plus ou moins "arrêter" les challenges. Je continue bien évidemment ceux que j'ai en cours, mais je ne m'inscrirai pas à une masse de challenges comme je l'ai fait l'an dernier. Je vais peut-être me faire un challenge ABC 2011 officieux, à ma sauce, sans me fixer vraiment de liste à l'avance... et c'est tout. J'ai aimé faire tous ces challenges en 2010 mais je veux pouvoir recommencer à lire en toute liberté, en laissant toute la place possible aux lectures imprévues... je pense aussi ne plus faire de LC (ou alors seulement pour des livres très courts que je pourrais décider de lire dans la journée de la LC ^^) ; en revanche j'essaierai peut-être de me laisser séduire par plus de partenariats... !

Je vous souhaite à tous une belle année 2011 pleine de temps libre pour lire, même si j'avoue que personnellement le changement d'année ne m'affecte pas plus que ça ^^

Samedi 1er janvier 2011

Mon seul challenge de l'année... en plus je triche, je n'ai pas vraiment de liste prédéfinie ! :p (si je lis plusieurs livres pour une même lettre, je note pour ce challenge celui que j'avais prévu de lire depuis le plus longtemps, ou bien celui que j'ai préféré)

Progression : 20/26 (au 23 octobre)

A - Aurélien, de Louis Aragon
B - La Ferme Africaine, de Karen Blixen
C - Le problème avec Jane, de Catherine Cusset
D - Les Mouflettes d'Atropos, de Chloé Delaume
E - Journal du dehors, d'Annie Ernaux
F - La Délicatesse, de David Foenkinos
G - Electre, de Jean Giraudoux
H - L'Adieu aux armes, d'Ernest Hemingway
I - Le Monde selon Garp, de John Irving
J - J'ai nom sans bruit, d'Isabelle Jarry
K - Sur la route, de Jack Kerouac
L - Amitié amoureuse, de Hermine Lecomte du Nouy
M - 38 mini-westerns (avec des fantômes), de Mathias Malzieu
N
O
P
Q - Tous les matins du monde, de Pascal Quignard
R - Bérénice, de Racine
S - Le Pigeon, de Patrick Süskind
T -
Les Deux Tours, de J. R. R. Tolkien
U
V - Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine de Vigan
W
X
Y -
Nouvelles orientales, de Marguerite Yourcenar
Z - Marina, de Carlos Ruiz Zafón

Mardi 4 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/LePigeon.jpgQuatrième de couverture (l'extrait est le tout début du conte) :
"Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l'ordonnance de sa vie."

Qu'est-ce qu'un événement ? Que se passe-t-il, en somme, quand il se passe quelque chose dans la vie d'un homme ? Tel est au fond le sujet, étonnamment simple et profond, de ce nouveau conte philosophique et cocasse de l'auteur du Parfum.

Patrick Süskind est né en 1949 à Ambach, en Bavière. Il a fait des études littéraires à Munich et à Aix-en-Provence et exerce le métier de scénariste. Outre le Parfum, best-seller mondial, il a écrit une pièce de théâtre à un personnage, la Contrebasse.

Mon avis : j'avais beaucoup aimé le Parfum et lu des éloges du Pigeon, c'est donc tout naturellement que j'ai eu envie d'emprunter ce livre (d'une centaine de pages) quand je l'ai vu à la médiathèque. Le tout début, qui nous présente le personnage et son mode de vie inhabituel, m'a légèrement rappelé Un homme qui dort : le héros vit en effet une existence très ordonnée (et pendant toute une période le héros de Perec cadre sa vie grâce à une multitude d'horaires et de rituels) et solitaire qui lui convient tout à fait puisqu'elle correspond à sa conception du bonheur.

D'emblée ce personnage m'a mise plutôt mal à l'aise : le fait qu'une telle vie le rende heureux a quelque chose de fascinant, mais d'un autre côté je trouve cette sorte d'existence - qui m'a pourtant tentée parfois... - terrifiante, car cette absence totale d'envies, directement liée à une peur absolue du changement et de l'inconnu me semble finalement plus proche de la mort que d'autre chose. On apprend d'ailleurs dès le début que le héros enfant a perdu ses parents pendant la seconde guerre mondiale (on comprend qu'ils ont été déportés mais on ne s'appesantit pas du tout sur ce "détail"), alors ce désir d'éviter tout évènement en s'isolant complètement ne me semble déjà pas vraiment sain, c'est plutôt une réaction de défense suite à une série de manques. Enfin bon je pourrais continuer à essayer de comprendre et juger le héros longuement mais ce n'est pas vraiment la question : ce conte philosophique nous raconte la conséquence d'un bouleversement dans cette non-vie : l'apparition d'un pigeon dans son couloir.

Quand on comprend (très vite) que tout l'équilibre de sa non-vie va être rompu à cause d'un évènement aussi minime, on a d'abord une réaction d'incompréhension.... en tout cas pour ma part j'ai pensé "mais voyons, c'est illogique, impossible qu'il n'y ait pas eu la moindre péripétie dans sa vie pendant 20 ans, ce n'est absolument pas crédible !" mais je me suis vite souvenue de la mention "conte philosophique" de la quatrième de couverture et j'en ai conclu je devais simplement admettre cela sans le remettre en question, juger cette œuvre d'après son réalisme reviendrait à faire fausse route, mieux vaut considérer le pigeon comme le symbole d'un grain dans l'engrenage.... et en effet, sans spoiler plus, on s'aperçoit bien vite que les conséquences de l'apparition du pigeon sont disproportionnées, car Jonathan Noël ne peut s'empêcher d'imaginer immédiatement des "scénarios catastrophe" très développés et de prédire ainsi sa prochaine déchéance !

Pas la peine de décrire ensuite par la menu tout ce qui va lui arriver : on le suit pendant 24 heures terribles (pour lui) pendant lesquelles tout s'enchaîne, réduisant à néant tout le quotidien qu'il s'est créé pendant des décennies. J'ai aimé suivre l'évolution de ses pensées et j'ai trouvé l'ensemble de ce conte... vraiment flippant. Je pense qu'il y a deux manières de lire ce conte : si on lit ce conte de manière légère, l'absurdité de la situation est comique (et c'est apparemment le parti-pris de l'éditeur qui présente l'œuvre comme un conte "cocasse")... personnellement, je n'ai pas pu m'empêcher de le prendre au sérieux, de chercher à m'identifier au héros, en me demandant si j'aurais été capable d'une telle réaction à sa place. Quand je parvenais à réellement me mettre dans sa peau, j'étais paniquée comme lui ; mais quand je prenais du recul, je trouvais merveilleusement rassurant de me rendre compte que finalement, je suis bien plus zen que lui ^^ (alors qu'a priori je ne suis pas particulièrement zen, j'ai tendance à angoisser pour des riens etc.... mais là Jonathan Noël est largement pire que moi !)

Au final, je prends ce conte comme une leçon positive qui m'engage à ne pas m'emprisonner dans un carcan d'habitudes faussement sécurisantes... faussement car chercher à se protéger du monde et des aléas de la vie ne peut que nous déshumaniser (malgré son aveuglement et sa terreur irraisonnée le héros a des moments de lucidité pendant lesquels il comprend le ridicule de sa propre situation) et nous fragiliser : la moindre vétille peut faire s'effondrer l'existence artificielle qu'on s'est fabriqué et nous laisser alors complètement désarmé. Si cette histoire me reste en tête - ce dont je doute hélas un peu, j'aurais aimé plus d'emportement émotionnel, un rythme plus marqué pour être plus touchée peut-être ? et je m'attendais à cette fin, ce qui m'a un peu déçue même s'il est jouissif de se rendre compte qu'on a raison, et même si cette fin était la plus logique ! J'aurais aussi aimé qu'on sache si le héros tire vraiment une leçon de cette expérience, j'ai trouvé la fin trop abrupte - il est possible que j'y repense et y réfléchisse encore....
[hop, 1er livre de mon Challenge ABC 2011 !]

Mardi 4 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/soie.jpgQuatrième de couverture : Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des oeufs sains.
Entre les monts du Vivarais et le Japon, c'est le choc de deux mondes, une histoire d'amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d'une voix, la sacralisation d'un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur, la lenteur des saisons et du temps immuable.

Mon avis : des mois que je lis des avis extrêmement élogieux sur ce très court roman et j'étais presque sûre d'aimer.... mais c'est raté. J'ai été très déçue par cette histoire. J'ai trouvé, dès le départ, qu'elle ressemblait énormément à L'Apiculteur, de Maxence Fermine : une atmosphère de conte, avec un rythme lent, un cadre temporel similaire, un homme jeune pour héros, des voyages lointains, une histoire d'amour mystérieuse... d'ailleurs Matilda (qui a beaucoup aimé Soie) m'avait conseillé le bouquin de Barrico après ma lecture de Fermine.

Mais ça n'a pas vraiment fonctionné avec moi... j'ai bien aimé l'Apiculteur (même si maintenant je ne m'en souviens plus très bien, j'ai complètement oublié la fin par exemple) donc il aurait été logique que j'aime de même Soie... alors quoi ? Est-ce que je n'étais pas dans le bon état esprit ? Est-ce que le fait d'avoir lu l'Apiculteur avant a ôté à mes yeux l'originalité que j'aurais pu trouver à Soie ? Peut-être.... je ne sais pas vraiment en fait. Ceux qui ont aimé Soie (et qui sont nombreux) disent avoir surtout été séduits par le style, et c'est peut-être là le problème, je n'ai pas été vraiment transportée. Au début pourtant, j'aimais vraiment bien, j'étais curieuse de savoir ce qu'Hervé Joncour allait découvrir au Japon, curieuse de savoir s'il allait réussir sa transaction, je me suis demandée qui il allait rencontrer, et ensuite, comment cette rencontre allait évoluer... mais malgré la brièveté du roman, je me suis vite lassée.

Un peu avant la fin, je m'ennuyais carrément, j'ai même interrompu ma lecture avec un soupir en pensant que j'allais terminer uniquement parce que c'était court... et là, j'ai été surprise. Le temps de quelques pages, oui, je me suis dit que j'avais jugé bien trop sévèrement ce livre, j'ai été de nouveau accrochée.... mais cela ne s'est pas développé de la manière dont je l'aurais souhaité, la péripétie inattendue n'est pas  vraiment exploitée, on n'a pas vraiment d'explication... cela me paraît logique d'ailleurs maintenant, si d'un coup on avait eu une explication rationnelle, cela aurait trop tranché avec l'atmosphère ouatée du début.

Comme c'est un conte, et qu'on a 4 voyages au Japon, à chaque fois le même passage est répété, j'aurais pu trouver ça charmant mais ça m'a saoulée... et certaines formules qui sortent de l'ordinaire, comme des "dit-il" après une réplique qui apparaît déjà comme telle grâce à un tiret  m'ont également plus exaspérée qu'autre chose, j'ai eu le sentiment que l'auteur cherchait à donner artificiellement une solennité à des paroles par ailleurs plutôt ordinaires.

Je me sens vraiment de mauvaise humeur, ça me désole d'être peut-être passée à côté de quelque chose de super, de ne pas avoir saisi l'intérêt de cette œuvre, je pense que je donnerai une seconde chance à Alessandro Baricco (j'ai également entendu le plus grand bien de Novecento pianiste, alors je me laisserai peut-être tenter...) mais là je suis assez perplexe.... cette lecture qui aurait dû être douce et rêveuse m'a frustrée et ennuyée. Une dernière hypothèse pour tenter d'expliquer ma déception : je n'ai pas réussi à ressentir de la sympathie pour le héros, je l'ai trouvé assez passif finalement, tout lui tombe dessus comme ça, et quand il doit agir, il ne se presse vraiment pas... et j'ai trouvé que le narrateur nous montrait implicitement une image de lui trop positive, lui trouvait trop d'excuses... et je suis moins indulgente aujourd'hui (je ne suis peut-être pas très claire mais je peux expliquer ce que j'entends par là en commentaire si quelqu'un veut me comprendre et n'y parvient pas...)

Il y a également un film... qui ne me tente pas des masses non plus.
[Challenge ABC 2011, 2/26]

Mercredi 5 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/pourquoilire.jpgQuatrième de couverture :
"La lecture n'est pas contre la vie. Elle est la vie, une vie plus sérieuse, moins violente, moins frivole, plus durable, plus orgeuilleuse, moins vaniteuse, avec souvent toutes les faiblesses de l'orgueil, la timidité, le silence, la reculade. Elle maintient, dans l'utilitarisme du monde, du détachement en faveur de la pensée. Lire ne sert à rien. C'est pour cela que c'est une grande chose. Nous lisons parce que ça ne sert à rien."


Des conseils, des douceurs, des rosseries, et une conception de la lecture comme "sœur de la littérature", toutes deux marchant ensemble dans un combat contre le temps. Une philosophie de la lecture qui fait s'exclamer, s'enthousiasmer, applaudir, et qui ne donne qu'une envie : (la) relire.

Charles Dantzig est l'auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005), et de l'Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (2009).

Mon avis : un essai au titre alléchant qui me nargue depuis quelques mois en libraire... l'article de Matilda a accru mon envie de le lire et je suis bien contente de me l'être procuré en médiathèque (je vais pas répéter ça tout le temps, la plupart des livres que je lis sont des emprunts de toute façon mais je suis inscrite à cette médiathèque depuis peu alors je sais pas, la joie me fait radoter !).

Je lis très peu d'essais, car ils ne me tentent généralement pas, je trimballe toujours un vieux préjugé selon lequel les essais sont souvent compliqués et ennuyeux... le sujet de celui-ci m'intéresse fort et c'est pourquoi je l'ai choisi, et j'ai été étonnée de la vitesse à laquelle je l'ai dévoré, pensant que j'aurais besoin de pauses pour souffler et méditer entre chaque (court) chapitre, mais non, j'ai lu plus de la moitié d'une traite hier soir et ai fini le reste ce matin.... je l'ai lu quasiment avec la même avidité que Comme un roman de Daniel Pennac (essai que je vous recommande chaudement, que j'ai lu et relu et rerelu pas mal de fois) ! La fluidité de l'ensemble m'a donc agréablement surprise... même si le fond m'a (légèrement - mais alors trèès légèrement) déçue (je suis trop dure, ou peut-être que j'en attendais trop. Mais je vous le conseille hein !).

Les titres des différents chapitres sont variés et très attractifs, et la brièveté des chapitres (certains ne font même pas une page entière) laisse penser qu'on peut facilement en lire un par-ci par-là... type de lecture qui doit d'ailleurs être tout à fait possible, même si personnellement j'ai préféré tout avaler d'un coup ou quasiment. J'ai parfois regretté un décalage entre le titre du chapitre (simple, concret) et les réflexions dans lesquelles se lance Charles Dantzig : elles sont intéressantes (mais parfois je me suis sentie un peu frustrée par mes lacunes qui m'empêchaient de bien saisir précisément ce à quoi il faisait allusion...) mais à à plusieurs reprises je me suis un peu demandée quel était le rapport avec le titre du chapitre, les liens ne sont pas forcément directs... il m'a semblé qu'au final les réponses à la question du titre, Pourquoi lire ? ne sont pas si nombreuses que cela, elles se recoupent pas mal (je ne critique pas, je n'aurais pas fait mieux !), et à un moment donné j'ai plutôt eu l'impression que l'auteur cherchait surtout à donner sa conception de la lecture et particulièrement de ce qu'est "la bonne lecture" et le "bon lecteur" (qu'il appelle souvent "grand lecteur")... sujet de réflexion un peu casse-gueule car cela me semble plus subjectif que les raisons que tout le monde peut avoir de lire.

Cet essai n'est pas dénué d'humour, j'ai beaucoup apprécié par exemple qu'il donne aussi les raisons les moins "nobles" de notre envie de lire, liées à l'image positive que cette activité renvoie, et des chapitres comme "lire pour dépasser la moitié du livre" ou "naïveté du lecteur en faveur de la lecture" m'ont semblé à la fois lucides et vraiment amusants ! Sa critique de Stephenie Meyer, de la télévision, de l'inculture de certains libraires et de l'ignorance en général m'a aussi fait sourire même si je l'ai parfois trouvé un peu dur (mais je pense qu'il a raison sur le fond...)

Mais à d'autres moments, j'ai été agacée par son ton parfois un chouïa trop péremptoire à mon goût... en fait je dois admettre ma mauvaise foi : quand j'étais d'accord avec lui, son ton catégorique ne me gênait absolument pas et j'étais prise d'un élan d'admiration... et naturellement, quand ses propos me semblaient plus discutables, là j'aurais souhaité qu'il nuance un peu plus son discours (même s'il le fait un peu quand même mais...).

Un exemple typique de ce qui a pu m'exaspérer : dans le chapitre "Qui lit les chefs d'œuvre ?" il dit n'avoir jamais (il insiste bien sur le mot) surpris par hasard quelqu'un en train de lire un chef d'œuvre (il cite des auteurs "classiques" comme Proust et d'autres)... ce qui m'a plutôt indignée (mmh, je m'enflamme vite !), j'ai eu envie de lui dire d'ouvrir les yeux ! Je suis loin de passer ma vie dans les transports en commun et je suis bien plus jeune que lui mais j'ai déjà vu des gens lire Proust, et à plusieurs reprises encore ! Alors je n'arrive vraiment pas à le croire sur ce coup-là ! Les deux premières pages du topic "la pêche du jour des Livraddictiens curieux" (qui consiste à donner les titres de livres qu'on a pu croiser dans le métro et ailleurs) suffisent d'ailleurs à prouver qu'on croise des gens lisant Flaubert et Aldous Huxley par exemple... certes les gens lisant des best-sellers sont bien plus nombreux mais de là à nier complètement l'existence des lecteurs de classiques (et donc à se croire unique parce qu'il en lit, lui, évidemment...), il y a une marge !

Je ne suis donc pas à 100% fan de ce livre parce que je ne m'y suis pas toujours reconnue, mais cela m'a rappelé à quel point la littérature et la conception qu'on peut avoir de la lecture sont vastes, à quels points les lecteurs peuvent être différents, et c'est tant mieux ! Et il y a tout de même pas mal de passages que j'ai trouvés vraiment beaux... en conclusion je dirais que malgré les bémols que j'ai pu soulever, ça a été une lecture très positive, et c'est un essai que j'aimerais avoir dans ma bibliothèque pour pouvoir en relire des passages (voire tout !) un jour, et voir si mon avis au sujet de certains passages évolue au fil du temps !

Extraits :
"Lorsqu'on est farouche et qu'on n'ose pas aborder les gens, comme quelqu'un que je connais, les romans sont idéaux. Aux grands lecteurs les personnages des romans deviennent plus réels que les personnes de la vie. Ils pensent souvent à eux, leur rendent visite dans les livres, ils les aiment beaucoup, ils leur manquent souvent, les agacent parfois, enfin, des amis, quoi. A ceci près que ces amis imaginaires ne cachent rien. C'est pourquoi ils sont les seuls à ne jamais nous trahir, pensent les grands lecteurs, qui en oublient quelquefois de prendre le risque de vivre."

"Oui, on lit par protestation contre la vie. La vie est très mal faite. On y rencontre sans arrêt des gens inutiles. Elle est pleine de redites. Ses paysages sont interminables. Si elle se présentait chez un éditeur, la vie serait refusée. Encore plus, quand je pense aux dialogues qu'on entend. Comme ils sont lourds, hésitants, répétitifs ! Je crois que c'est une des causes de l'existence du théâtre. L'homme a inventé le théâtre parce qu'il n'en pouvait plus des conversations de café."

"Un livre n'est seul que quand il est inconnu. C'est la meilleure chance qu'il a d'être jugé pour lui-même. Et pour qu'il soit inconnu, il nous suffit d'être ignares."

"Le génie est un vampire. Il vole à l'écrivain mineur ses bonnes choses qu'il porte à un degré génial."

"Lorsqu'on lit, on tue le temps. (...) On a même, confusément, une sensation d'éternité. Voilà pourquoi les lecteurs sortant de leur livre ont un air de plongeur sous-marin, l'œil opaque et le souffle lent. Il leur faut un moment pour revenir au temps pratique. Et voilà pourquoi les grands lecteurs ont le sentiment d'être toujours jeunes. Ils n'ont pas été usés de la même façon par un emploi du temps, c'est-à-dire un temps employé à autre chose qu'à obéir au temps commun. Même à cent ans, ils meurent jeunes. Chaque nouvelle lecture a été une plongée dans un bain frais, un moment où on a, pas tout à fait illusoirement, vaincu le temps."

"Quand on lit énormément dans son jeune âge, je crois que c'est pour devenir écrivain et, si ça n'est pas réalisé, le grand lecteur devient un écrivain rentré. Il l'oublie à la longue, continue à lire, et c'est très beau s'il n'est pas amer. J'ai rencontré beaucoup moins de grands lecteurs amers de n'avoir pas écrit que de petits écrivains amers de n'être pas lus."

Jeudi 6 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/marina.jpgQuatrième de couverture :
"Pour une raison bizarre, sans qu'on sache se l'expliquer, on se sent parfois plus proche d'un de ses enfants. De tous les livres que j'ai écrits, Marina est l'un de mes favoris. Au fur et à mesure que j'avançais dans l'écriture, tout dans cette histoire prenait peu à peu le goût des adieux, et quand je l'eus terminée, j'eus l'impression que quelque chose était resté au fond de moi, quelque chose qu'aujourd'hui encore je ne peux définir mais qui me manque chaque jour."
Carlos Ruiz Zafón

Dans la Barcelone des années 1980, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir ? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale ? S'égarant dans les entrailles d'une terrifiante cité souterraine, s'enfonçant dans les coulisses d'un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d'une tragédie vieille de plusieurs décennies.

Publié il y a plus de dix ans, reparu récemment en Espagne, Marina a conquis un public aussi large que celui de l'Ombre du Vent (Grasset, 2004) et du Jeu de l'ange (Robert Laffont, 2009), traduits en plus de quarante langues et couronnés de nombreux prix.

Mon avis : il y a quelques années, j'ai adoré l'Ombre du vent et l'ai beaucoup conseillé autour de moi. Curieusement, je n'ai pas eu extrêmement envie de lire le Jeu de l'ange du même auteur quand il est sorti, sans doute par peur d'être déçue, et il me semble que la quatrième de couverture m'avait laissée indifférente, je ne sais plus très bien en fait... je m'étais cependant toujours dit que je lirais un jour un autre roman de Carlos Ruiz Zafón, alors quand Livraddict a proposé aux blogolecteurs Marina, en partenariat avec les éditions Robert Laffont, un rapide coup d'œil au résumé m'a laissé pensé que cela pourrait bien me plaire (Barcelone, une époque passée, des adolescents, un cimetière, un mystère, whouhou !)  et j'ai sauté sur l'occasion !  Un grand merci pour ce partenariat, qui m'a permis de découvrir ce roman en avant-première ! :D (Marina a été publié en Espagne en 1999, mais il ne sortira en France que le 20 janvier !...) (nananère)

J'avoue qu'il m'a fallu un certain temps d'adaptation, je ne suis pas complètement entrée dans le roman dès les premières pages. Mon souvenir de l'Ombre du vent est aujourd'hui très flou, mais je me souviens parfaitement que j'avais spécialement aimé le style de l'auteur. Est-il différent dans Marina, ou est-ce mon appréciation qui a changé ? Probablement les deux ! Je suis bien plus critique aujourd'hui à ce sujet, et d'après ce que j'ai lu sur le net, Marina semble être considéré comme un roman plutôt pour adolescents (et il a été écrit avant l'Ombre du vent si je ne me trompe pas !)... ce qui expliquerait pourquoi le style m'a paru moins recherché... je n'ai noté aucun passage, aucun aphorisme remarquable, certaines tournures sont trop peu originales à mon goût, voire légèrement maladroites (exemples qui me viennent à l'esprit : la formule banale "sa gorge se serra" revient à plusieurs reprises, de même qu'un "improvisai-je" que j'ai trouvé peu judicieux) . Bon, ce n'est pas la catastrophe non plus hein, et ça reste quand même assez consistant pour être agréable à lire une fois qu'on est installé dans le livre !

Et puis je dois reconnaître que malgré un style qui m'a paru moins brillant, passé le début, j'ai eu bien du mal à lâcher le livre ! (pour preuve, je l'ai lu en moins de 24 heures). Le héros et narrateur est un peu lisse, même s'il va participer activement aux évènements qui nous sont racontés, on sent qu'il a surtout un rôle de témoin ; les personnages qui attirent toute notre attention sont plutôt le personnage éponyme, Marina, son père peintre, German, et les personnages énigmatiques qui sont au cœur de l'enquête que nos deux jeunes vont essayer de mener pour comprendre qui ils sont réellement : la dame en noir, Mihaïl Kolvenik, le docteur Shelley...

Chacun des personnages du roman (même notre narrateur, dont on sait finalement peu de choses, il n'est pas orphelin mais on n'a aucune information sur sa famille par exemple) a sa part de mystère. L'intérêt du roman est de fouiller dans ce tas de secrets : en partant à la découverte de lieux anciens, de personnages disparus et de leur sombre histoire aujourd'hui ignorée de tous, nos héros vont également apprendre à se connaître eux-mêmes, et ce qu'ils trouveront les fera grandir, et leur permettra de peut-être mieux cerner l'âme humaine... ? J'ai apprécié la relation ambiguë entre Marina et Oscar (prévisible certes, mais bien décrite), la bienveillance et le passé de German... l'histoire de Mihaïl Kolvenik m'a aussi fascinée, car elle nous est racontée progressivement, grâce à divers points de vue, qui peuvent se contredire parfois, il nous est donc difficile d'avoir une vue d'ensemble de sa destinée et de véritablement le juger. Je ne saurais pas dans quelle catégorie ranger ce roman, car il mêle à parts égales une enquête policière, une histoire fantastique parfois même proche de l'horreur, des personnages touchants par leurs sentiments et les drames humains qu'ils traversent... je regrette un peu cette fin, forcément... mais elle était logique, tout autre fin aurait été artificielle, malvenue, alors je l'accepte quand même sans trop de regrets.

Enfin, l'un des points forts du roman réside dans son atmosphère surannée, gothique : l'histoire est censée se passer dans les années 80 mais en réalité elle m'a semblé hors du temps, les personnages ne font que parcourir des lieux anciens étranges, déserts, abandonnés ou à moitié en ruine, à l'image de leurs recherches qui les plongent dans un passé vieux de plusieurs décennies. Le tout donne une aura de merveilleux au roman, mais un merveilleux inquiétant, qui va jusqu'au macabre... à cause de cette atmosphère surtout, j'adorerais que cette histoire soit adaptée au cinéma. Si un réalisateur de talent parvenait à allier des acteurs charismatiques, de somptueux décors, des effets spéciaux satisfaisants pour donner vie aux créatures terribles qu'on croise, une bonne dose de suspense et d'action (car il y en a aussi dans ce roman !), une musique à la fois douce et menaçante... alors je suis persuadée que ce bon livre pourrait donner un film excellent !

Si je n'ai pas eu de second coup de cœur pour le style de Carlos Ruiz Zafón  (ce qui est quand même bien dommage, snif), j'ai en revanche été enchantée par cette histoire prenante et je pense que je lirai avec plaisir un autre livre de cet auteur quand j'en aurai la possibilité... peut-être que je me laisserai quand même tenter par le Jeu de l'ange un jour, finalement.
 
Lecture effectuée grâce aux  http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/ROBERTLAFFONT.jpg
et à http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/livraddictlogosmall.png, merci !

Jeudi 6 janvier 2011

Je n'ai jamais parlé de BDs sur ce blog jusqu'ici car je n'en ai jamais lu beaucoup, et  parce que je trouve (ceci est une impression tout à fait personnelle que j'ai d'ailleurs du mal à expliquer) que c'est une expérience de lecture très différente... je n'arriverais pas à parler d'une BD comme je parle d'un roman (ni comme je parlerais de poésie, mais c'est encore un autre sujet).

Pendant mon enfance je lisais seulement quelques BDs humoristiques à la bibliothèque, voilà un petit aperçu non exhaustif des séries qui ont pu me passer entre les mains (et que je continue d'ailleurs à apprécier, surtout les premières !) :

http://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/MelusineSortileges.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/lepetitspiroutome7demandetonpre23620960.gifhttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/titeuf12couv.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/kidpaddle.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/cedric15.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/ducobu.gifhttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/SchtroumpfsLes03.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/henriette.jpg

A ce premier panorama il faudrait ajouter quelques autres que j'ai un peu lues, avec modération : Astérix, Tintin, Gaston Lagaffe... (Lucky Luke par contre, ça n'est jamais passé).

Plus tard, j'ai découvert quelques autres œuvres qui ont un peu ouvert mes horizons, mais elles se comptent vraiment sur les doigts d'une main :

http://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/marlysa.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/lechatdurabbin.gifhttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/missy.jpg

Il faut quand même que je compte les BlogsBD que je lis assidûment, certains depuis plusieurs années ! Le blog de Laurel en premier bien sûr (Laurel que j'ai découverte dans 33 rue carambole à l'époque où ma grand-mère recevait Spirou !), celui de Pénelope Bagieu, celui de Margaux Motin, de Miss Gally, de Vincent, Pierrot, Amélie, et le petit dernier dans mes favoris : Fluoxyne.

http://nemotaku.fr/site/local/cache-vignettes/L358xH500/joliestenebres-9c3af.pngEt puis, il y a quelques mois, ma très chère Ad (qui s'y connaît bien plus que moi en BDs) m'a conseillé Jolies Ténèbres, je l'ai emprunté, lu pendant le Read-A-Thon et WHAOUH. J'adore. Et depuis j'ai décidé de lire plus de BDs (ça va pas être dur sachant qu'avant je devais en lire bien moins d'une par mois....). J'ai visionné toutes les chroniques BDs en vidéo de Pénelope Bagieu, vous pouvez les voir (il y en a  18), et maintenant j'ai envie de lire la plupart des BDs qu'elle présente !

Je ne sais pas trop comment parler des BDs et je n'ai donc pas prévu d'écrire véritablement un avis pour chaque BD lue, non non non. Mais tous les mois, ou tous les 2 mois, enfin bref quand j'aurai des choses à vous présenter, je ferai un petit article pour récapituler les dernières BDs que j'aurai lues et aimées. Et je compte sur vous pour m'en conseiller, aussi ! (je ne sais pas si vous avez remarqué, j'ai une partie "BDs" dans ma LAL à présent)

J'ai emprunté des BDs récemment, et j'ai reçu 6 BDs pour Noël.... je vous en parlerai bientôt (quand je les aurai toutes lues), ce premier article est déjà bien assez long, maintenant vous avez une petite idée de ce que j'aime, de ce que je connais (pas grand-chose). J'ai surtout envie de me lancer dans des "one-shot", cela sera plus facile pour moi de les trouver (vu que je n'ai pas les moyens d'acheter pleins de BDs, je compte surtout en emprunter, et là je prie pour que la médiathèque ne me déçoive pas), mais bon, si vous connaissez une série vraiment extra, dites toujours ! En ce qui concerne les mangas, je m'y connais encore moins (le seul manga que j'ai lu, c'est Alice 19th, les 5 premiers tomes. Et le 1er tome de Blood Alone que j'ai offert à Matilda), je suis moins tentée mais je ne suis pas complètement fermée non plus.

Lundi 10 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/invisible.jpgHier, j'ai fini Invisible de Paul Auster. J'ai aimé ce livre. Mais je n'ai pas envie d'écrire mon avis dessus. Et le "problème", c'est que je sens que ça ne vient pas de ce livre en particulier. C'est juste... comme ça. Je n'ai pas envie de réfléchir à mes sentiments, à mes pensées au sujet de ce que j'ai lu. Depuis plus de 5 ans, j'écris toujours ce que je pense de tous les livres que je lis (sauf les relectures mais j'en fais très peu). Sans aucune exception. Je ne me suis jamais, jamais forcée, et généralement je ne laisse jamais passer plus de quelques heures entre le moment où je finis une lecture et le moment où je rédige mon avis. Cela allait de soi, simplement : c'était une évidence, une nécessité, une manière d'achever ma lecture, je n'envisageais pas de commencer un livre sans avoir écrit à propos du précédent. Et cela a toujours été un grand plaisir, qui revenait fidèlement, à tous les coups, sans que j'aie jamais à m'en inquiéter.

Alors là, mon envie de commencer un autre livre alors que je n'ai pas posé ma pensée au sujet d'Invisible... me paraît incompréhensible. Quasiment sacrilège. Depuis hier soir, je repousse le moment de rédiger mon avis sur ce livre, ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant. J'ai fini par me donner un coup de pied au cul, et je crée donc cet article... qui ne servira pas à vous parler d'Invisible, je m'en rends bien compte. Je ne vais pas me forcer, j'en suis incapable, je n'en vois pas l'intérêt, me forcer serait complètement contraire à la manière que j'ai toujours eue de tenir ce blog.

Pourquoi cet article ? Je n'ai pas à me justifier, après tout. Je n'ai pas envie d'écrire un article suite à une lecture, eh bien quoi ? Ce n'est qu'un blog, qu'un passe-temps complètement libre, le monde ne s'écroule pas pour autant. Oui, mais.... cette lassitude soudaine m'étonne énormément, me choque presque. Je ne comprends pas. Je suppose donc que j'écris cela.... pour m'interroger, pour me demander ce qui se passe, en fait. Et puis, quand même, pour vous avertir, pour prévenir vos questions si je ne mets plus ce blog à jour pendant un certain temps (que j'espère court, mais je ne peux pas vous dire combien de temps ça va durer, puisque cette "pause" impromptue m'étonne moi-même !)

Comment pourrais-je expliquer ce qui se passe en moi ? Je me sens toute petite. Ce n'est pas du tout un "passage à vide" comme j'en ai déjà connu plusieurs fois ces dernières années : j'ai toujours envie de lire ! Ma lassitude (je ne sais pas si ce terme convient, généralement une lassitude s'installe progressivement, alors que là c'est très brusque !) ne concerne que le fait de donner mon avis. Comment dire ? J'ai l'impression, d'un seul coup, que mon avis n'a pas la moindre importance en fait, même pour moi, alors ce n'est même pas la peine que je cherche encore à l'exprimer. C'est comme une envie... de m'oublier complètement dans les livres, de me replier sur moi-même.... dire ce que je pense de mes voyages me semble soudainement trop impudique, et je ne m'en sens plus capable. (pareil pour les films, en fait ; mais donner mon avis sur les films que je vois n'a de toute façon jamais été une envie systématique, je ne l'ai toujours fait que par à-coups)

J'espère que cet état d'esprit étrange et complètement nouveau pour moi - je suis plutôt déboussolée - ne va pas trop durer.... en attendant, n'ayez aucune inquiétude si je semble absente, je ne serai pas morte ^^... et je compte bien lire quand même :o) ! (et c'est quand même ça le plus important, et de loin ; si je n'avais plus du tout envie de lire, là je me ferais sérieusement du souci !)
 
A bientôt, bonnes lectures à vous (et bonne continuation de manière générale !), portez-vous bien !
 
 
MeL

Mercredi 23 février 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/restosducoeur.jpgL'image parle d'elle-même... (+ d'infos sur la collecte alimentaire pour les Restos du Coeur du 4 et 5 mars ici)

Quand j'ai eu vent de cette opération, je me suis d'abord dit que c'était une très bonne idée, ensuite j'ai pensé, "ouais, mais c'est quand même un gros gros coup de pub pour les entreprises en question, et j'aime pas les pubs erk", mais finalement... j'ai décidé que je n'allais pas faire la fine bouche, pour une fois.

16 675 repas ont été distribués grâce à ce système l'année dernière, il me semble que cela n'est pas négligeable, et cela ne nous coûte rien du tout alors... faites tourner ! :)
[EDIT DU 25 MARS] Et voilà le résultat !
 

Mardi 29 mars 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/habillage/Nouvellebanbouquinsok.jpg
♦ Vendredi 1er avril, ce blog perdra son premium. Je ne le renouvellerai pas (ne pensant pas reprendre Bouquins dans les mois à venir). Un habillage noir tout moche prendra la place de celui-ci. J'essaierai de le modifier pour que ça soit un peu moins laid mais dans tous les cas il y aura des pubs, tant pis.

♦ J'ai un autre blog, un blog personnel (avec tout le narcissisme et les futilités que ça suppose) ; il ne ressemble pas à celui-ci, mais j'y parle de temps à autre de mes lectures (pas dit du tout que ça devienne une habitude, je ne me fixe pas la moindre règle). Je peux vous donner l'adresse individuellement si cela vous intéresse. Vous pouvez me contacter ici (en n'oubliant pas de signer).

♦ Je me suis inscrite sur Sens Critique ~> mon profil. J'aime assez ce site même si le système des notes me rebute légèrement. Deux de mes listes : Bouquins lus en 2011 et Films vus en 2011.

♦ Je remercie tous les visiteurs qui sont passés ici depuis plus de 5 ans, les fidèles comme ceux de passage, j'espère que vous avez pris autant de plaisir à parcourir ce blog que j'en ai eu à le construire. J'ignore s'il finira, à terme, par mourir ou par renaître, pour l'heure cela n'a aucune importance, il reste en ligne et je repasserai de temps en temps pour continuer à lire d'éventuels commentaires. Bonne route à vous, et peut-être à bientôt dans d'autres contrées virtuelles !

 
MeL

Lundi 18 juillet 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/foretMorvan.jpg(photo prise ce week-end, dans une forêt du Morvan)

Ce blog m'a manqué, je pensais être incapable de revenir mais finalement je crois que je peux, essayons en tout cas ; Bouquins entame donc sa troisième vie ! (1ère vie : b0uquins sur skyblog ; 2ème, mes premiers pas sur cowblog, avec ensuite pas mal d'activité au sein de la blogosphère livresque, avec la participation à de multiples challenges etc).

Je ne sais pas si ça sera "comme avant", je ne pense pas, mais ce n'est pas grave, il faut bien que ce blog évolue avec moi !... Quand je relis des passages de romans de Marc Levy, et quand je relis mes avis sur ces livres, je ne suis plus du tout d'accord avec moi, mais si je commence à snober la lectrice que j'étais il y a 5 ans, on n'est pas sorti de l'auberge ! sachez juste qu'aujourd'hui je ne complimenterai plus son style, cela suffit, et puis au fond, peu importe ce que vous pensez que je pense de ceci ou de cela, rien de ce qui est écrit ici ne compte vraiment, ça n'est jamais qu'une joyeuse collection d'émotions potentiellement éphémères....

En septembre peut-être n'aurai-je plus Internet / le temps de bloguer / le temps de lire ce que je veux (ô malheur !), mais ce n'est pas ça qui tuera Bouquins si j'ai envie de le maintenir en vie, il en verra d'autres avant d'être grand-père (comme dirait ma mère). C'est encore le bazar ici, aucun des articles "listes" (PAL, LAL, sommaires...) n'est à jour ; hormis quelques privilégiés, je ne visite presque plus de blogs livresques (ça me reprendra peut-être, ou pas), je ne compte plus m'inscrire à de nouveaux challenges (cette année je fais seulement le challenge ABC, j'en suis environ à la moitié), je n'ai pas non plus l'intention de refaire des swaps ou lectures communes dans les mois à venir ; je ne prends plus non plus le temps d'aller sur Livraddict, en gros je reviens, mais je me suis complètement laissée aller à mes penchants d'ours, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur ! (sinon... tant pis pour vous ! :p)

Mes lectures depuis le 11 janvier
(date à laquelle Bouquins est tombé dans le coma pour ceux qui auraient loupé un épisode) :
- Qui j'ose aimer, d'Hervé Bazin
- J'ai nom sans bruit, d'Isabelle Jarry
- Libre, seul et assoupi, de Romain Monnery
- La Lectrice, de Raymond Jean
- Le Problème avec Jane, de Catherine Cusset
- 38 mini-westerns (avec des fantômes), de Mathias Malzieu
- Corps, de Fabienne Jacob
- Les Mouflettes d'Atropos, de Chloé Delaume
- La Mort du roi Tsongor, de Laurent Gaudé
- Totto-Chan, la petite fille à la fenêtre, de Testuko Kuroyanagi
- Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
- Mademoiselle Liberté, d'Alexandre Jardin
- Le Livre du rire et de l'oubli, de Milan Kundera
- Dans le scriptorium, de Paul Auster
- La Délicatesse, de David Foenkinos
- Sur l'amour et sur la mort, de Patrick Süskind
- Le Barbier de Séville, de Beaumarchais
- La solitude des nombres premiers, de Paolo Giordano
- Nouvelles orientales, de Marguerite Yourcenar
- Sur la route, de Jack Kerouac
- Quelque chose en lui de Bartleby, de Philippe Delerm
- La Ferme Africaine, de Karen Blixen
- Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes
- Into the wild : voyage au bout de la solitude, de Jon Krakauer
- Bérénice, de Jean Racine
- 37°2 le matin, de Philippe Djian
- Dans ma maison sous terre, de Chloé Delaume
- Le voyageur sans bagage, de Jean Anouilh
- Electre, de Jean Giraudoux
- Aurélien, de Louis Aragon
- L'Enfant Etoile, d'Oscar Wilde
- Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig Dagerman
- Journal du dehors, d'Annie Ernaux

En gras, ceux que j'ai préférés, ou plutôt, ceux qui risquent de me marquer le plus.

Lundi 18 juillet 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/journaldudehors.gif« De 1985 à 1992, j'ai transcrit des scènes, des paroles, saisies dans le R.E.R., les hypermarchés, le centre commercial de la Ville Nouvelle, où je vis. Il me semble que je voulais ainsi retenir quelque chose de l'époque et des gens qu'on croise juste une fois, dont l'existence nous traverse en déclenchant du trouble, de la colère ou de la douleur. »  A. E.

Me fait un peu penser à la BD La Vie secrète des jeunes, de Riad Sattouf, sauf que c'est quand même moins vulgaire, et la narratrice, Annie Ernaux, s'implique un peu plus dans le récit que Riad Sattouf qui n'est qu'un regard, un témoin (absolument pas neutre cependant, puisque le choix de s'intéresser à telle ou telle scène est déjà significatif, et ses dessins qui enlaidissent les personnages ont valeur de jugement). Ils s'agit moins d'anecdotes que d'instants banals, qui mis bout à bout donnent une atmosphère générale... comme dans la Vie secrète des jeunes (je ne peux décidément pas m'empêcher de faire le parallèle, même si à bien des égards les deux oeuvres sont très différentes), il y a plein de scènes qui me pincent le coeur, des petits moments d'humiliation, des scènes tristes avec des mendiants qu'on ignore, des caissières qu'on méprise ou des enfants qu'on rabroue... heureusement, l'auteur a aussi capturé des moments tendres et amusants, mais ils sont trop rares...
 
Je ne pense pas, de toute façon, qu'Annie Ernaux ait cherché à privilégier tel ou tel ton ; j'ai l'impression qu'elle a seulement essayé d'enregistrer des instants du quotidien, des moments d'attente et d'ennui (dans le RER, les supermarchés) auxquels on ne prend pas garde quand on les vit - et qu'on essaie même de nier, dans les lieux publics les gens s'ignorent complètement le plus souvent -, et elle a essayé de les observer, de les analyser... j'ai parfois trouvé son point de vue trop encombrant, légèrement condescendant dans certains cas (même si je suis à peu près sûre qu'elle ne serait pas d'accord avec moi).
 
J'apprécie tout de même ce projet de se souvenir de ce qui nous semble sans intérêt... en effet quand notre vie change et qu'on perd nos repères, on se rend compte que toutes ces choses quotidiennes que nous pensions nulles constituaient l'essentiel de notre vie ou presque et je trouve ça triste, quand tout part en fumée sans prévenir, et quand c'est une fois qu'on a oublié quelque chose qu'on se rend compte qu'on aurait aimé lui garder une petite place dans notre esprit.
 
Moi qui connais encore peu Paris, mais qui vais peut-être devoir m'habituer à cette foule mouvante à la rentrée, cela m'a intéressée de lire au sujet de ces "rencontres" un point de vue différent du mien qui reste très flou ; et j'étais contente enfin quand un nom de station croisé il y a quelques jours était évoqué.
 
http://bouquins.cowblog.fr/images/photos/escaliermetro.jpgpage 36 :
Pourquoi je raconte, décris, cette scène, comme d’autres qui figurent dans ces pages. Qu’est-ce que je cherche à toute force dans la réalité ? Le sens ? Souvent, mais pas toujours, par habitude intellectuelle (apprise) de ne pas s’abandonner seulement à la sensation : la “mettre au-dessus de soi”. Ou bien, noter les gestes, les attitudes, les paroles de gens que je rencontre me donne l’illusion d’être proche d’eux. Je ne leur parle pas, je les regarde et les écoute seulement. Mais l’émotion qu’ils me laissent est une chose réelle. Peut-être que je cherche quelque chose sur moi à travers eux, leurs façons de se tenir, leurs conversations. (Souvent, pourquoi ne suis-je pas cette femme ?” assise devant moi dans le métro, etc.)

Samedi 23 juillet 2011

[N. B. : c'est la fête, dans cette "nouvelle" version de Bouquins je ne m'impose aucune contrainte et par conséquent je m'autorise à spoiler autant que je le veux, dans l'absolu. Bon, je ne fais pas de gros spoilers (je raconte pas la fin) ou alors je préviens avant. Mais (ce que je vais dire est évident mais autant mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes) si vous vous voulez ne rien savoir sur l'intrigue ni sur les personnages afin de tout découvrir par vous-mêmes, et surtout s'il s'agit de livres que vous prévoyez de lire très bientôt, évitez de lire mes articles (sauf si vous avez mon pouvoir magique qui consiste à oublier instantanément les synopsis de livres/films - souvent je décide de lire un livre parce qu'un jour longtemps avant j'ai lu son résumé et il m'a plu, mais au moment de commencer ma lecture je ne sais plus du tout de quoi il s'agit). ]

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/afarewelltoarms.png
(étrange, l'illustration de l'édition originale de 1929, je ne vois pas très bien le rapport... ? ah, et ce roman est "semi-autobiographique" d'après l'
ami wikipedia.)

Frédéric Henry, jeune Américain volontaire dans les ambulances sur le front d'Italie, pendant la Première Guerre mondiale, est blessé et s'éprend de son infirmière, Catherine Barkley. Avec Catherine, enceinte, il tente de fuir la guerre et de passer en Suisse, où le destin les attend.
Un des meilleurs romans de guerre. Un des plus grands romans d'amour.


Tout ce qui concerne la guerre proprement dite ne m'a pas vraiment passionnée ; pourtant c'était intéressant, parce qu'on est en Italie, le héros est états-unien, alors ça change un peu du point de vue franco-français qu'on a habituellement (quand je dis "habituellement" je pense surtout à mes vieux cours d'Histoire) ; mais je n'ai pas réellement cherché à connaître le contexte avec précision, on a peu de dates, le héros lui-même n'accorde pas tant d'importance que ça à la progression de la guerre, d'abord parce qu'il est chargé de récupérer des blessés pour les amener à l’hôpital, mais ne combat pas ; mais surtout parce qu'il est blessé dès le début et tout ce qui comptera dès lors, c'est son histoire d'amour avec Catherine. (et évidemment, c'est sur cet aspect de l'histoire que je me suis concentrée moi aussi).

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/ladieuauxarmes.jpgDans mon édition, il est écrit à la fin de la quatrième de couv' "un des plus grands romans d'amour" ; tout à fait le genre d'affirmations superlatives dont je me méfie toujours, par peur de tomber sur un truc qui se prenne trop au sérieux, un truc trop mélo-mielleux, (et surtout, mal écrit). M'enfin, c'est Hemingway donc j'avais confiance (sa réputation m'intimide suffisamment et j'ai aimé Le Vieil homme et la mer il y a des années), les éditeurs peuvent bien frimer si ça les amuse. Le début de leur histoire est d'ailleurs légèrement mitigé, puisqu'il admet ne pas être amoureux d'elle (parce que c'est un narrateur interne donc on est au courant, mais en fait il lui ment en l'assurant de son amour dès le départ), ça a le mérite d'être réaliste au moins, on ne nous embobine pas.

Je ne sais pas trop quoi penser de Catherine. Elle est très amoureuse du héros et ça se sent énormément, on a du "mon chéri" à toutes les phrases et elle cherche toujours à être sa "bonne petite femme"... elle minaude pas mal. Mais finalement, cela m'a plu. Je ne peux décemment pas la mépriser en la considérant comme une femme soumise : il faut prendre en compte les mœurs de l'époque, et puis, elle est amoureuse, vraiment amoureuse de lui, ils sont en temps de guerre, tout est plus fragile, et par conséquent tout bonheur n'en résonne que plus fort ! Et qui ne se permet pas des minauderies un peu bêtes quand on est vraiment amoureux, émerveillé par la simple compagnie de l'autre ? Ce n'est pas un couple qui cherche à "paraître", on a accès à leur intimité (je ne parle pas de sexe, là, non, pas du tout, rien de cru dans ce roman, c'est vraiment tout public), à leurs petits plaisirs tout simples, la simple perspective d'un bon repas les met en joie par exemple. Ils sont trop mignons quand ils se parlent tout poliment parce qu'ils ont peur de se froisser, ils sont aux petits soins l'un pour l'autre... et ce qui rend notre héros héroïque, c'est finalement son attachement pour Catherine, et son envie de se sortir vivants tous les deux de ce bazar. (détail sans importance : j'ai été frappée par leur consommation d'alcool, et surtout par le fait que Catherine continue de boire pendant sa grossesse ^^)

Et puis je ne sais pas quoi penser de la fin. On en pressent une, et puis finalement on se dit non c'est trop prévisible, puis aaah mais non il peut pas se passer ça, si, non ? Et voilà. Le titre est bien cruel, en fait. (oui, dans mon esprit cette phrase est un commentaire de la fin, mais cherchez pas à comprendre en fait).

Deux
adaptations ciné, que j'aimerais bien voir naturellement, mais je n'en fais pas une priorité. D'autres avis sur ce livre ici et peut-être un jour .

(rigolo, la couverture de l'édition originale et celle de mon édition ont les mêmes couleurs, c'est fait exprès vous croyez ?)

Mercredi 27 juillet 2011

http://www.eric-chevillard.net/images/livres/lautofictif.jpg     http://www.eric-chevillard.net/images/livres/lautofictifvoituneloutre.png     http://www.eric-chevillard.net/images/livres/lautofictifpereetfils.jpg

Connaissez-vous le blog d'Eric Chevillard ? [ SI NON, CLIQUEZ ICI ] Tous les jours - depuis 1305 jours aujourd'hui - il y écrit trois courts textes (généralement une phrase). Des pensées, des jeux de mots, des métaphores plaisantes et des images inattendues, de nombreux paradoxes, et puis assez souvent des références à ses filles, à la littérature en général et à ses livres en particulier. C'est bien écrit et ça décroche au moins une envie de sourire mentalement par jour. Je connais son blog depuis longtemps, je n'y vais pas quotidiennement (je ne sais pas pourquoi... je n'y pense pas ! peut-être y penserai-je plus après avoir écrit cet article) mais j'aime y rôder de temps en temps. Chaque année en septembre est publié sur papier le contenu annuel du blog, il y a déjà trois tomes : l'autofictif, l'autofictif voit une loutre, et le troisième, qui est celui que j'ai emprunté à la médiathèque l'autre jour (et que j'ai depuis rendu sans le lire intégralement, mais après l'avoir beaucoup feuilleté) : l'autofictif, père et fils.

Je ne suis pas une fan inconditionnelle de cette œuvre, il y a des phrases moins réussies que d'autres, des fragments qui tombent un peu à plat ou que je ne comprends pas (par ignorance d'une référence)... mais je dirais que j'apprécie beaucoup les deux tiers, et puis, je ne peux qu'admirer et applaudir cette performance ! Trois "trucs" par jour à écrire sur son blog, tous les jours, depuis plus de 3 ans ! damned, j'en serais bien incapable (ou alors ça serait vraiment de la merde dans mon cas).

Voici la quatrième de couverture de L'autofictif père et fils, je ne serais peut-être pas tout à fait aussi élogieuse mais je suis quand même d'accord :

"Une pratique hygiénique se répand depuis trois ans, avant ou après le brossage des dents : lire sur le Net le triple billet quotidien de “L’autofictif”. Ainsi le conformisme qui cariait nos méninges, le tartre du bon sens qui se déposait sur nos lobes, le déchaussement qui menaçait nos synapses font place à la délicieuse sensation que nos pensées matinales ont l’haleine fraîche. Profond, hilarant, bouleversant, constamment intelligent, ce journal ne laisse pas le lecteur en repos. Y rencontrer un homme confronté à la mort des siens, à la vie qui réclame pourtant, à la bêtise, aux vanités, est une expérience de lecture formidable où savourer cette rareté absolue : le style. (J.-L. B.)"


Je vous propose aussi celle du premier tome, où l'auteur présente son projet :

«    En septembre 2007, sans autre intention que de me distraire d’un roman en cours d’écriture, j’ai ouvert un blog, quel vilain mot, j’ai donc ouvert un vilain blog et je lui ai donné un vilain titre, plutôt par dérision envers le genre complaisant de l’autofiction qui excite depuis longtemps ma mauvaise ironie.
    Rapidement j’ai pris goût, et même un goût extrême, à cet exercice quotidien d’intervention dans le deuxième monde que constitue aujourd’hui Internet et à ces petites écritures absolument libres de toute injonction.
   Mon identité de diariste est ici fluctuante, trompeuse, protéiforme. Je me considère à mon tour comme un personnage, je bascule entièrement dans mes univers de fiction où se rencontre aussi, non moins chimérique, le réel. Je ne m’y interdis rien, c’est le principe, ni la sincérité ni la mauvaise foi, ni même à l’occasion l’assassinat.
     Ces pages pourront être lues ainsi comme la chronique nerveuse ou énervée d’une vie dans la tension particulière de chaque jour. »


Quand j'aurai un travail (et le salaire qui va avec), je pense que j'achèterai ces trois tomes (d'ici là, il y en aura peut-être 4 ou 5 ahah), parce que c'est vraiment agréable à parcourir, j'aimerais avoir tout cela à portée de main (sur le blog on trouve seulement les textes de l'année en cours, et je préfère feuilleter un livre qu'un blog, vous vous en doutez). [ Il y a un certain nombre d'albums / livres / BDs / films  que j'aime et dont j'ai pu profiter gratuitement que j'aimerais posséder quand j'en aurai les moyens, afin de remercier financièrement leurs auteurs. ]

Il faut aussi préciser que l'Autofictif est loin d'être la seule œuvre d'Eric Chevillard, vous pouvez voir sa bibliographie ici (d'ailleurs si vous avez lu un de ses autres livres à me conseiller en particulier....). J'ai également apprécié la lecture de cet entretien de 2008.

Je vous laisse sur cet extrait que j'aime :

http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/lautofictif.jpg

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