Vendredi 2 juillet 2010

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http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lecosmonaute.jpgQuatrième de couverture : « J’ai rencontré Pimprenelle vers la fin du xxe siècle… La femme la plus légère de la création, la plus seule, portée par la grâce, la plus instable, la plus étrange, la plus candide et la plus cinglante, la plus bizarrement habillée, une fille irrésistible avec des yeux gris et des cheveux fins. »
Et si la première impression n’était pas la bonne ? Que se passe-t-il quand on s’endort près d’un ange de douceur et qu’on s’éveille dans les bras d’une névrosée, maniaque et misanthrope ? Qu’est-ce qu’une vie réduite aux mètres carrés d’un appartement parisien, à la violence domestique, à la jalousie morbide ? Et la liberté, serait-ce alors de partir, seul dans l’espace, sans attaches dans la ville, tel un cosmonaute ?
Dès son premier livre, Le Chameau sauvage, il y a eu un style Jaenada : la douleur et le rire, la comédie et la tragédie, l’autodérision et la tendresse lucide.

Mon avis : J'ignorais tout de cet auteur, et je ne regrette pas de m'être inscrite au Challenge Caprice  car ce livre a été pour moi une très belle découverte !  L'Ogresse (qui a choisi de me faire lire ce livre donc, suivez un peu) m'avait prévenue, pour lire ce livre il faut "aimer les parenthèses" Je n'avais pas tellement d'a priori contre les parenthèses (j'ai moi-même tendance à en utiliser un peu trop :D), j'espérais juste que cela n'entraverait pas trop la lecture, qu'on pourrait suivre le fil de l'intrigue sans difficultés... et je n'ai pas été déçue : le style est très fluide sans être du tout simpliste, le ton du narrateur et héros, Hector, est tel que je me suis illico sentie très proche de lui, j'ai été scotchée par son histoire du début à la fin !

Les parenthèses (parlons-en) qui en effet reviennent très souvent apportent indéniablement un plus : il s'agit de commentaires d'Hector, le plus souvent humoristiques, ils sont plein d'autodérision, et d'une sincérité désarmante. Ce style assez oral, qui suit de manière fidèle et enjouée les pensées de notre héros, m'a fait songer au ton si agréable qui anime souvent des billets bloguesques, si bien que j'ai été frustrée à plusieurs reprises (riez !) de ne pas pouvoir stopper ma lecture pour laisser un commentaire au héros et ainsi mettre mon grain de sel pour le réconforter et l'aider ; l'extrême sympathie que j'ai ressentie pour lui tout au long de ma lecture est sûrement ce qui explique pourquoi j'ai tant aimé ce livre ; il se passe plein de choses et j'ai été reconnaissante envers Hector (je vous préviens, je suis incapable de prendre de la distance vis-à-vis de ce personnage ! ^^) de tout nous raconter, et dans le détail.

On commence très fort, avec le récit (du point de vue affolé d'Hector qui s'apprête à être père) de la fin de l'accouchement de Pimprenelle, qui se passe très mal. On a ensuite un immense flash-back, pas linéaire et tant mieux, on suit toujours les pensées d'Hector, j'ai été trop collée à l'action (et j'ai peut-être lu trop vite, emportée dans mon élan ? il faudra vraiment que je le relise) pour vous présenter de façon précise toute la structure du roman, sachez juste qu'on saura tout, les circonstances précises de sa rencontre avec Pimprenelle, l'évolution de leur relation au cours du temps... avant de revenir de nouveau à l'accouchement, de façon bien plus détaillée cette fois-ci. Ce fort long passage m'a d'ailleurs bien "dégoûtée", pas dans le sens où j'avais envie de stopper ma lecture, non, mais.... ne me parlez pas de faire un enfant maintenant, je pense qu'il va falloir un certain temps pour que les images gores qui m'ont traversé l'esprit et l'angoisse liée à cet évènement se dissipent !

Dans la deuxième partie du roman (paradoxalement intiulée "l'indépendance"), on a un autre très long passage - très mais pas trop, j'ai admiré qu'on puisse connaître la situation dans toute son ampleur et ses détails terrifiants ! - qui nous montre à quel point Pimprenelle est maniaque... mon amitié pour Hector s'est encore accrue, le pauvre se retrouve prisonnier d'une véritable tyrannie domestique, qui par contraste m'a fait savourer ma liberté actuelle, le fait simplement de pouvoir lire tranquillement sans être ennuyée par quiconque (bon, il y avait bien une télé parasite dans mon environnement mais j'étais assez concentrée pour qu'elle ne me dérange pas !) m'a semblé être un bonheur inestimable. Je ne vais pas continuer à commenter les émotions diverses qui m'ont parcourue pendant cette lecture rapide (deux jours) mais intense et intensive, mais rien que d'évoquer ce livre me donne l'impression de le revivre encore une fois, et c'est un plaisir. La fin m'a frustrée, car elle est ouverte, effrayante, et surtout, c'était la fin (MeL, reine des tautologies ahah, et quand je commence à parler de moi à la troisième personne c'est qu'il est temps que j'aille dormir), j'ai été triste de quitter cet univers bourré de digressions anecdotiques sensationnelles et délirantes, et d'analyses psychologiques qui démontrent d'une façon éblouissante comment une histoire d'amour merveilleuse peut virer progressivement au cauchemar complet.

Un livre qui a donc été pour moi très très agréable (ouais je mets en gras parce que vous serez peu à tout lire, je suis bien trop bavarde), je me considère désormais comme la meilleure pote d'Hector, et, en donnant une image négative de la vie de couple (même si....), ce roman a flatté la vision idyllique que je m'efforce d'avoir du célibat, j'ai donc bien envie de dire que c'est tout pile ce qu'il me fallait actuellement ! XD Alors que les situations décrites sont le plus souvent dramatiques (dans le sens, pas gaies et beaucoup de pression !), on sourit beaucoup et on est de tout cœur avec le personnage. J'adore *_* Merci à l'Ogresse d'avoir choisi ce livre !

Extraits :

"Depuis cette rencontre avec le chameau sauvage*, j'étais donc devenu un vrai costaud. Plus personne ne pouvait me faire du mal (ou du moins je m'en remettais vite), plus rien ne pouvait sérieusement m'atteindre, il suffisait que je me couche mentalement sur le sol, me déclarant ainsi le plus fort, et mes adversaires ne comptaient plus, mentalement (la plupart du temps ils ne s'en rendaient pas compte et me balançaient sur le crâne tout ce qu'ils avaient à portée de la main, mais dans mon esprit, ils s'en allaient tête basse en maugréant qu'ils étaient nuls). Donc j'étais invincible."

"J'allais pénétrer dans une enceinte interdite, moi qui suis si timide (depuis que j'ai une voiture, par exemple, j'attends pour la porter à réparer d'y être indiscutablement obligé (quand elle ne roule plus du tout), car je n'ose pas entrer dans un garage et demander au mécanicien d'y jeter un oeil, j'ai l'impression d'entrer chez des inconnus sans sonner, d'aller trouver la maîtresse de maison dans son salon et de lui demander de me donner un coup de brosse dans les cheveux (or les garagistes ne sont jamais surpris ni outrés qu'on leur apporte une voiture à réviser (et le pire, c'est que je le sais))), mais je n'avais plus le choix. Je ne pouvais pas laisser Pimprenelle là-bas. A toi de jouer, Orphée."


*cette allusion à un "chameau sauvage" m'a fait me demander si Le Cosmonaute n'était pas la suite du premier livre de l'auteur (si vous ne comprenez pas cette phrase, (re)lisez la quatrième de couverture ;)), mais apparemment non ce sont deux livres indépendants.

Vendredi 2 juillet 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/unemaisondepoupee.jpgCHALLENGE ABC 2010, 12ème livre lu ♦
World Book Challenge / Tour du Monde ~> Norvège

Quatrième de couverture :
"Je ne peux plus me contenter de ce que les gens disent ni de ce qu'il y a dans les livres. Je dois penser par moi-même et tâcher d'y voir clair", dit Nora, avant de prendre la porte. Celle qui semblait avoir tout misé sur le compromis tourne le dos à la mascarade de sa vie conjugale. Pour mieux renaître à elle-même, peut-être. Cette porte qui claque à la fin du drame fit scandale à l'époque et continue, aujourd'hui encore, de résonner à nos consciences. Cette nouvelle traduction, au plus près de l'original, tente de ressaisir ce que fut l'apport rythmique d'Ibsen au théâtre : une écriture laconique, économe et précise, agencée comme un théorème.

Mon avis : une pièce de théâtre qui figurait dans la liste de livres à lire fournie par des profs de ma fac (liste que je n'ai toujours pas mise en ligne d'ailleurs, le ferais-je un jour ? Mystère), je l'ai lue sans savoir du tout ce quoi elle parlait (je mets la quatrième de couverture dans mes articles, mais je l'ignore moi-même souvent). J'ai apprécié cette lecture, mais je me suis demandée pendant presque toute la pièce où l'auteur (et surtout l'héroïne, Nora) voulait en venir. J'ai mis un certain temps à comprendre en quoi consistait le déshonneur qui la guettait, et quand je l'ai enfin compris, j'ai pensé "tout ça pour ça ?" même si, en y réfléchissant bien, je peux deviner, comprendre le désastre qui la menace. Dès le début, l'apparente niaiserie (qui en fait cache une relation artificielle) du couple Nora-Helmer m'a un peu agacée, et j'ai été bien contente, du coup, de voir que la remise en cause de ce couple était plus ou moins l'enjeu de la pièce.

J'aurais aimé que les personnages de Madame Linde (une amie d'enfance de Nora qui resurgit) et de Krogstad soient plus développés, qu'on sache de manière plus claire (plus rapide ?) leur véritable rôle dans la pièce car j'ai parfois trouvé ça un peu flou, mais au fond, développer ces personnages n'aurait pas été vraiment utile, je peux donc bien sacrifier de bon cœur cet infime confort de lecture, en savoir plus et plus clairement aurait nui à l'intrigue. On sent que quelque chose de grave se prépare, sans savoir vraiment quoi craindre, et cette incertitude augmente la tension dramatique. J'ai beaucoup de compassion pour le personnage du docteur Rank (mais je n'expliquerai pas pourquoi, tant pis pour vous). Et enfin, le personnage de Nora, qui me laissait un peu perplexe (qu'a-t-elle derrière la tête ?, n'ai-je cessé de penser) devient grandiose à la fin, quand elle montre sa vraie nature j'ai eu envie d'applaudir son très beau plaidoyer pour la vérité et la liberté., et j'imagine bien le scandale que ce discours féministe a pu provoquer lors de la création de cette pièce en 1879 ! J'aimerais voir cette pièce jouée, je pense qu'alors chacun des personnages (tous ont un intérêt) serait bien mieux mis en valeur.

Lundi 5 juillet 2010


Quatrième de couverture : Dans une petite ville d'Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche.
Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au cœur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis -, connut un tel succès. Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C'est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique.
Couronné par le Prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur s'est vendu à plus de 30 millions d'exemplaires dans le monde entier.

« Ce livre est magique. D'une tendresse, d'un humour, d'une mélancolie sans pareils. »
Frédéric Vitoux, Nouvel Observateur.

« Un phénomène comparable à l'Attrape-Coeurs de Salinger, et donc l'un des plus beaux livres jamais écrits. »
Femina

Mon avis : toutes les critiques que j'ai eu l'occasion de lire sur ce livre jusqu'ici sont très positives, j'en attendais donc beaucoup. Mais environ jusqu'à la moitié du livre, j'étais un petit peu déçue. Je pensais "mmmh, c'est très bien, mais pour le moment je n'ai pas de magistral coup de cœur". Au tout début du roman, Scout (dont le vrai nom est Jean Louise) évoque la fracture du bras que son frère s'est faite à 13 ans et tous deux, une fois adultes, se demandent quels sont exactement "les évènements qui avaient conduit à cet accident." Le roman tout entier est en fait un immense récit rétrospectif : Scout, la narratrice, va revenir sur des tas d'aventures dont, de manière plus ou moins directe, les circonstances de cet accident bien plus important qu'on ne pourrait le penser au départ sont la conséquence... accident qui sera raconté finalement en détails à la fin du livre (et à ce moment-là, on pense "aaaaaah !", et on relit le début ^^).

On suivra donc la vie de Scout, son frère Jem, leur père Atticus, leur domestique Calpurnia, leur ami Dill et les voisins sur une période de trois ans. A travers bien des anecdotes (que je n'évoquerai pas de manière précise pour ne pas vous gâcher la lecture :)), on apprend à connaître les différents personnages, et de manière générale, la mentalité des gens de Maycomb, qui peut nous sembler bien étrange : les traditions ont beaucoup de poids et les préjugés font loi, chacun étant censé avoir un comportement strictement conforme à ce que la réputation de sa famille lui prescrit.... à travers ses yeux d'enfant, Scout nous parle du fonctionnement de cette petite société, qu'elle accepte comme une évidence au début, mais qu'elle va progressivement remettre en question.

Je viens de parler de "ses yeux d'enfant", mais justement, ce point pose un peu problème. Je m'attendais vraiment à un style enfantin très marqué, comme dans L'attrape-coeurs de Salinger (un extrait de critique figurant sur la quatrième de couverture fait un rapprochement entre les deux oeuvres), ou dans Quand j'avais cinq ans je m'ai tué, d'Howard Buten. Mais ce n'est pas vraiment le cas : les situations sont analysées de façon subtile, la syntaxe est tout à fait normale et le vocabulaire est d'une richesse telle que, même si on a l'impression de suivre en temps réel les actions de notre petite héroïne, on a bien du mal à croire qu'on a le point de vue d'une petite fille de huit ans, j'ai vraiment senti un décalage entre ce personnage de petite fille, et le langage utilisé : c'est d'ailleurs le seul bémol que je pourrais trouver à ce livre, et je dois d'ailleurs le nuancer ; il faut premièrement se souvenir qu'il s'agit d'un récit rétrospectif, raconté par Jean Louise adulte ; étant donné la vivacité du récit, la proximité qu'on ressent vis-à-vis des personnages, on a tendance à vite l'oublier ; deuxièmement, il me semble évident que Scout n'était de toute façon pas une petite fille ordinaire, mais au contraire un personnage très mûr pour son âge, et même, précoce (elle a appris à lire seule et très jeune par exemple). Ces deux choses justifient donc aisément le style un peu inattendu.
Cependant, certains éléments nous rappellent de manière régulière qu'elle reste une enfant : sa candeur vis-à-vis de certains sujets (la sexualité...), la description de ses jeux, la relation émouvante qu'elle a avec son frère (protecteur et taquin), l'affection qu'elle a pour son père, son refus d'être une "dame" comme sa tante le voudrait et son caractère garçon manqué la rendent authentique et amusante. On a en quelque sorte accès à la fois la sensibilité de l'enfant, et à la maturité de l'adulte, et c'est un mélange finalement très réussi puisqu'on ne peut les distinguer.
L'atmosphère de ce roman m'a fait songer à plusieurs reprises à Frankie Addams de Carson McCullers : le sud des Etats-Unis et toute la mentalité que ça implique, la chaleur, l'été, une héroïne un peu rebelle, une domestique noire comme figure maternelle, la fin de l'enfance, la densité du récit....

Tout ce qui concerne le domaine de l'enfance, des questions et des peurs qui y sont liées, font de ce livre un roman universel qui peut toucher à peu près tout le monde, je pense.... et tout l'aspect historique lié à la ségrégation raciale s'ajoute à ce premier aspect déjà riche. J'avoue d'ailleurs que c'est à partir du moment où il est question du procès de manière plus centrale que j'ai vraiment été prise dans ce roman (avant, j'arrivais à le reposer sans angoisse). Même si l'issue du procès est assez prévisible (hélas) j'ai été émue par toute cette partie de l'intrigue.

Enfin, ce roman a un côté poétique, avec plusieurs métaphores originales, plusieurs motifs en arrière-plan qui parcourent tout le roman comme un fil rouge : l'"oiseau moqueur" (qui renvoie à plusieurs personnages), et le personnage mystérieux de Boo Radley, voisin fantômatique que personne ne voit jamais, et qui va hanter l'imaginaire des enfants... et quand on finit le roman, on s'aperçoit que pas mal de questions restent en suspens, on ignore tout de la mère de Scout et Jem par exemple, et ces manques peuvent nous laisser penser que le monde des personnages est sans fin et a une véritable existence en-dehors de la lecture qu'on en a faite... ce qui donne également envie de relire ce livre plus tard, pour voir si on trouve plus de choses, plus d'indices... et en attendant on peut toujours imaginer ce qu'on ne sait pas !

Un livre très vivant, riche, avec un personnage principal excellent, un arrière-plan historique prenant.... et donc, en un mot, une vraie réussite, même s'il a fallu un certain temps pour que je m'attache complètement à tout cet univers plus complexe qu'il n'y paraît !

Extrait :

"Le problème de mes vêtements rendait tante Alexandra fanatique. Je ne pourrais jamais être une dame si je portais des pantalons ; quand j'objectai que je ne pourrais rien faire en robe, elle répliqua que je n'étais pas censée faire des choses nécessitant un pantalon. La conception qu'avait tante Alexandra de mon maintien impliquait que je joue avec des fourneaux miniatures, des services à thé de poupée, que je porte le collier qu'elle m'avait offert à la naissance - auquel on ajoutait peu à peu des perles ; il fallait en outre que je sois le rayon de soleil qui éclairait la vie solitaire de mon père. Je fis valoir qu'on pouvait aussi être un rayon de soleil en pantalon, mais Tatie affirma qu'il fallait se comporter en rayon de soleil, or, malgré mon bon fond, je me conduisais de plus en plus mal d'année en année. Elle me blessait et me faisait constamment grincer des dents, mais, quand j'en parlai avec Atticus, il me répondit qu'il y avait déjà assez de rayons de soleil dans la famille et que je n'avais qu'à continuer à vivre à ma façon, peu lui importait la manière dont je m'y prenais."

Lundi 5 juillet 2010

http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv59145985.jpgCHALLENGE ABC 2010, 13ème livre lu ♦

Quatrième de couverture : On siffle sa première pièce ? Musset s'en moque, il publiera les autres pour son plaisir, insouciant d'aucune règle, sauf celle de ses caprices et de sa fantaisie douloureuse et si légère. Ce sera son "spectacle dans un fauteuil". c'est pourquoi on ne cessera jamais de jouer ses comédies et proverbes. Dans quel rêve, quel château, quel parc mélancolique sommes-nous ? Le jeune seigneur Perdican devrait y épouser sa cousine Camille, mais en un instant il décide d'aimer une jeune bergère. Soudain dédaignée, Camille, qui ne croyait pas à l'amour, connaît le dépit, la jalousie, l'égoïsme de la passion. Autour d'eux, s'agitent des personnages fantoches d'une cocasserie irrésistible. Dans ce théâtre féérique, on se croise, on se déchire, on s'ennuie, on croit que tout est vain, on triche, on se désire, on souffre jusqu'à en mourir. Comme dans la vie.

Mon avis : mmh, je suis loin d'avoir détesté mais je m'attendais tellement à adorer cette pièce que c'est quand même une déception ! Une très bonne réputation, un beau titre, et j'adore depuis que j'ai vu le film L'Etudiante l'extrait très célèbre "tous les hommes sont faux, inconstants..." (cf ci-dessous). Seulement, une fois ma lecture finie, je constate que cet extrait reste mon passage préféré, et de loin, aucun autre n'a su m'exalter autant. Point fort de cette pièce : les personnages d'amoureux ne sont pas caricaturaux ; d'ordinaire, dans ce genre de comédies où il est question d'amour (remarquez, j'en connais peu, je dis peut-être de grosses bêtises ?), les deux amoureux sont sûrs de leurs sentiments, et le problème est que leur entourage, d'une manière ou d'une autre, s'oppose à leur union ; là, c'est le contraire, les deux tourtereaux supposés ne s'accordent pas et vont jouer au chat et à la souris pendant toute la pièce.

Une histoire d'amour et d'orgueil, parfait, ai-je pensé... (Catherine Earnshaw, l'héroïne des Hauts de Hurlevent et mon héroïne de fiction préférée, est une amoureuse très orgueilleuse). Sauf que je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages, peut-être parce que cette pièce est courte et qu'on n'a pas vraiment le temps de s'attacher à eux ? Ils m'ont simplement semblé capricieux, leur conduite m'a paru stupide, je ne leur trouve aucune excuse, n'ai pas ressenti de compassion à leur égard... bon, si, j'ai bien eu un peu pitié de Perdican vers la fin, mais j'ai pensé que son sort était mérité. Et la froideur de Camille au tout début m'a semblé tout à fait injustifiée. Le style est très fluide, on ne sent pas vraiment (je trouve) que cette pièce a été écrite il y a plus de 150 ans, le langage utilisé n'est pas vraiment dépaysant. Certains diront peut-être que c'est tant mieux, que c'est plus facile à lire, mais j'aurais préféré un style plus, je ne sais pas comment dire... flamboyant ? L'extrait si célèbre et que j'aime tant n'est pas vraiment représentatif du reste de la pièce, aucune autre réplique n'a su me faire frémir et m'extasier.

Les passages qui mettent en scène maître Bridaine (curé) et maître Blazius (gouverneur de Perdican), deux ivrognes qui se disputent les faveurs du baron, sont plutôt drôles, ces deux personnages secondaires sont réussis, et plus développés que d'ordinaire... mais au fond, ces passages, même s'ils sont agréables, n'ont rien à voir avec l'intrigue principale qui nous intéresse, et que j'aurais aimé voir plus développée, avec un peu plus de lyrisme. Peut-être que si j'ai l'occasion de voir cette pièce jouée, elle me touchera bien plus, peut-être aussi que ce n'était pas le bon moment pour moi.... dommage ! Je trouve mon extrait favori toujours aussi génial, j'ai lu cette pièce sans ennui, j'ai pu relever plusieurs bons points... mais j'en attendais tellement plus ! A relire dans quelques années pour voir si mon regard sur les personnages est moins sévère.

Le fameux extrait qui tue tout :
"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice crée par mon orgueil et mon ennui."

Mercredi 7 juillet 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lesenfantsterribles.gifCHALLENGE ABC 2010, 14ème livre lu ♦

Quatrième de couverture : A la sortie du lycée Condorcet, Paul est terrassé par une boule de neige lancée par son idole, Dargelos, le coq du collège.
Trop faible ; il n'ira plus en classe, sa sœur le soignera dans leur chambre, navire imaginaire qui, tous les soirs, appareille pour des contrées lointaines. Ni Gérard qui aime Elisabeth, ni Agathe qui aime Paul n'empêcheront le frère et la sœur de s'adorer et se déchirer. Cette œuvre clef de Jean Cocteau est un conte fantastique, un roman de poète dont le récit devient chant. La chambre est un sanctuaire où l'on célèbre un culte à l'amour et à la mort.
Il y a une prêtresse, il y a un trésor, il y a des victimes sacrifiées. Il y a envoûtement et malédiction.

Mon avis : un livre au style étrange, différent de ce que j'ai eu l'occasion de lire ces derniers temps, et un style qui sort de l'ordinaire, c'est toujours une bouffée d'air que je respire à pleins poumons. J'ai lu ce petit livre en deux jours, seulement dans des moments volés, bus, tram, dans un parc en attendant mon train... il faut savoir que je n'ai pas (plus) du tout l'habitude de grapiller des moments de lecture, j'aime en général lire plusieurs heures d'affilée, lire un livre d'une seule traite.... lire dix minutes par-ci par-là, ce n'est pas mon truc, mais j'aimerais justement réapprendre à lire de cette façon, cela me serait bien utile. Là au début ce n'était pas du tout évident, car même si l'intrigue est plutôt facile à suivre (fans de livres d'action et rien d'autre, vous risquez de vous ennuyer), il faut plonger dans une atmosphère particulière, tout est très imagé, au début par exemple une petite bataille de collégiens est présentée comme une guerre d'importance mêlant des héros... on retrouve cette façon décalée, poétique de voir les choses dans tout le livre. Dans la première partie surtout (il y en a deux).

Suite à un accident qui semblait pourtant bénin, Paul se retrouve alité, et commence alors pour lui,  son ami Gérard et sa sœur une vie oisive mais sans ennui qui va durer plusieurs années.... leur rythme de vie bizarre, leurs jeux qui consistent à s'extraire du monde, ce qu'ils considèrent comme leurs trésors, tout cela m'a fascinée. Les enfants sont livrés à eux-mêmes tout en étant entretenus par quelques adultes (dont on saura très peu de choses), et j'avouerai que j'ai envié leur situation ^^ ! Un autre personnage viendra les rejoindre dans "la chambre", et cette chambre, qu'ils essaieront toujours de reconstituer même quand ils la quitteront, est très importante, elle est considérée comme un temple. La prêtresse dont la quatrième de couverture parle, c'est Elisabeth, la soeur de Paul. Tous deux ont une relation unique, fusionnelle et ambigüe.

Dans la deuxième partie, nos personnages continuent leur vie immobile, même si quelques changements ont eu lieu.... dans cette partie, c'est la fin de leur âge d'or, de leur innocence, les personnages unis jusqu'ici vont se monter les uns contre les autres, des sentiments viennent tout compliquer, et finalement ce qui semblait être un conte éthéré tourne à la tragédie... la tendresse turbulente du début ne laissait pas présager une telle violence, et finalement je suis sortie de ce livre un peu étourdie et confuse. Deux ou trois descriptions m'ont paru un peu longues (enfin, elles ne sont pas tellement longues, mais vu le style parfois un peu étonnant, je les ai trouvées un peu trop abstraites - et souvenez-vous des circonstances de ma lecture, être pleinement concentrée n'était pas toujours aisé), mais en-dehors de cette minuscule réserve, j'ai trouvé ce livre magique, je me suis souvent arrêtée par plaisir, pour relire une phrase. Maintenant, j'aimerais bien voir le film...

Extraits :

"Il est de ces maisons, de ces existences qui stupéfieraient les personnes raisonnables. Elles ne comprendraient pas qu'un désordre qui semble à peine devoir continuer quinze jours puisse tenir plusieurs années. Or ces maisons, ces existences problématiques se maintiennent bel et bien, nombreuses, illégales, contre toute attente. Mais, où la raison n'aurait pas tort, c'est que si la force des choses est une force, elle les précipite vers la chute.
   Les êtres singuliers et leurs actes asociaux sont le charme d'un monde pluriel qui les expulse. On s'angoisse de la vitesse acquise par le cyclone où respirent ces âmes tragiques et légères. Cela débute par des enfantillages ; on n'y voit d'abord que des jeux."

"Projets d'avenir, études, places, démarches ne les préoccupaient pas davantage que garder les moutons ne tente un chien de luxe."

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"La solitude, ça veut dire aussi : ou la mort, ou le livre." Marguerite Duras

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