Samedi 1er janvier 2011

Mon seul challenge de l'année... en plus je triche, je n'ai pas vraiment de liste prédéfinie ! :p (si je lis plusieurs livres pour une même lettre, je note pour ce challenge celui que j'avais prévu de lire depuis le plus longtemps, ou bien celui que j'ai préféré)

Progression : 20/26 (au 23 octobre)

A - Aurélien, de Louis Aragon
B - La Ferme Africaine, de Karen Blixen
C - Le problème avec Jane, de Catherine Cusset
D - Les Mouflettes d'Atropos, de Chloé Delaume
E - Journal du dehors, d'Annie Ernaux
F - La Délicatesse, de David Foenkinos
G - Electre, de Jean Giraudoux
H - L'Adieu aux armes, d'Ernest Hemingway
I - Le Monde selon Garp, de John Irving
J - J'ai nom sans bruit, d'Isabelle Jarry
K - Sur la route, de Jack Kerouac
L - Amitié amoureuse, de Hermine Lecomte du Nouy
M - 38 mini-westerns (avec des fantômes), de Mathias Malzieu
N
O
P
Q - Tous les matins du monde, de Pascal Quignard
R - Bérénice, de Racine
S - Le Pigeon, de Patrick Süskind
T -
Les Deux Tours, de J. R. R. Tolkien
U
V - Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine de Vigan
W
X
Y -
Nouvelles orientales, de Marguerite Yourcenar
Z - Marina, de Carlos Ruiz Zafón

Mardi 4 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/LePigeon.jpgQuatrième de couverture (l'extrait est le tout début du conte) :
"Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l'ordonnance de sa vie."

Qu'est-ce qu'un événement ? Que se passe-t-il, en somme, quand il se passe quelque chose dans la vie d'un homme ? Tel est au fond le sujet, étonnamment simple et profond, de ce nouveau conte philosophique et cocasse de l'auteur du Parfum.

Patrick Süskind est né en 1949 à Ambach, en Bavière. Il a fait des études littéraires à Munich et à Aix-en-Provence et exerce le métier de scénariste. Outre le Parfum, best-seller mondial, il a écrit une pièce de théâtre à un personnage, la Contrebasse.

Mon avis : j'avais beaucoup aimé le Parfum et lu des éloges du Pigeon, c'est donc tout naturellement que j'ai eu envie d'emprunter ce livre (d'une centaine de pages) quand je l'ai vu à la médiathèque. Le tout début, qui nous présente le personnage et son mode de vie inhabituel, m'a légèrement rappelé Un homme qui dort : le héros vit en effet une existence très ordonnée (et pendant toute une période le héros de Perec cadre sa vie grâce à une multitude d'horaires et de rituels) et solitaire qui lui convient tout à fait puisqu'elle correspond à sa conception du bonheur.

D'emblée ce personnage m'a mise plutôt mal à l'aise : le fait qu'une telle vie le rende heureux a quelque chose de fascinant, mais d'un autre côté je trouve cette sorte d'existence - qui m'a pourtant tentée parfois... - terrifiante, car cette absence totale d'envies, directement liée à une peur absolue du changement et de l'inconnu me semble finalement plus proche de la mort que d'autre chose. On apprend d'ailleurs dès le début que le héros enfant a perdu ses parents pendant la seconde guerre mondiale (on comprend qu'ils ont été déportés mais on ne s'appesantit pas du tout sur ce "détail"), alors ce désir d'éviter tout évènement en s'isolant complètement ne me semble déjà pas vraiment sain, c'est plutôt une réaction de défense suite à une série de manques. Enfin bon je pourrais continuer à essayer de comprendre et juger le héros longuement mais ce n'est pas vraiment la question : ce conte philosophique nous raconte la conséquence d'un bouleversement dans cette non-vie : l'apparition d'un pigeon dans son couloir.

Quand on comprend (très vite) que tout l'équilibre de sa non-vie va être rompu à cause d'un évènement aussi minime, on a d'abord une réaction d'incompréhension.... en tout cas pour ma part j'ai pensé "mais voyons, c'est illogique, impossible qu'il n'y ait pas eu la moindre péripétie dans sa vie pendant 20 ans, ce n'est absolument pas crédible !" mais je me suis vite souvenue de la mention "conte philosophique" de la quatrième de couverture et j'en ai conclu je devais simplement admettre cela sans le remettre en question, juger cette œuvre d'après son réalisme reviendrait à faire fausse route, mieux vaut considérer le pigeon comme le symbole d'un grain dans l'engrenage.... et en effet, sans spoiler plus, on s'aperçoit bien vite que les conséquences de l'apparition du pigeon sont disproportionnées, car Jonathan Noël ne peut s'empêcher d'imaginer immédiatement des "scénarios catastrophe" très développés et de prédire ainsi sa prochaine déchéance !

Pas la peine de décrire ensuite par la menu tout ce qui va lui arriver : on le suit pendant 24 heures terribles (pour lui) pendant lesquelles tout s'enchaîne, réduisant à néant tout le quotidien qu'il s'est créé pendant des décennies. J'ai aimé suivre l'évolution de ses pensées et j'ai trouvé l'ensemble de ce conte... vraiment flippant. Je pense qu'il y a deux manières de lire ce conte : si on lit ce conte de manière légère, l'absurdité de la situation est comique (et c'est apparemment le parti-pris de l'éditeur qui présente l'œuvre comme un conte "cocasse")... personnellement, je n'ai pas pu m'empêcher de le prendre au sérieux, de chercher à m'identifier au héros, en me demandant si j'aurais été capable d'une telle réaction à sa place. Quand je parvenais à réellement me mettre dans sa peau, j'étais paniquée comme lui ; mais quand je prenais du recul, je trouvais merveilleusement rassurant de me rendre compte que finalement, je suis bien plus zen que lui ^^ (alors qu'a priori je ne suis pas particulièrement zen, j'ai tendance à angoisser pour des riens etc.... mais là Jonathan Noël est largement pire que moi !)

Au final, je prends ce conte comme une leçon positive qui m'engage à ne pas m'emprisonner dans un carcan d'habitudes faussement sécurisantes... faussement car chercher à se protéger du monde et des aléas de la vie ne peut que nous déshumaniser (malgré son aveuglement et sa terreur irraisonnée le héros a des moments de lucidité pendant lesquels il comprend le ridicule de sa propre situation) et nous fragiliser : la moindre vétille peut faire s'effondrer l'existence artificielle qu'on s'est fabriqué et nous laisser alors complètement désarmé. Si cette histoire me reste en tête - ce dont je doute hélas un peu, j'aurais aimé plus d'emportement émotionnel, un rythme plus marqué pour être plus touchée peut-être ? et je m'attendais à cette fin, ce qui m'a un peu déçue même s'il est jouissif de se rendre compte qu'on a raison, et même si cette fin était la plus logique ! J'aurais aussi aimé qu'on sache si le héros tire vraiment une leçon de cette expérience, j'ai trouvé la fin trop abrupte - il est possible que j'y repense et y réfléchisse encore....
[hop, 1er livre de mon Challenge ABC 2011 !]

Mardi 4 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/soie.jpgQuatrième de couverture : Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des oeufs sains.
Entre les monts du Vivarais et le Japon, c'est le choc de deux mondes, une histoire d'amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d'une voix, la sacralisation d'un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur, la lenteur des saisons et du temps immuable.

Mon avis : des mois que je lis des avis extrêmement élogieux sur ce très court roman et j'étais presque sûre d'aimer.... mais c'est raté. J'ai été très déçue par cette histoire. J'ai trouvé, dès le départ, qu'elle ressemblait énormément à L'Apiculteur, de Maxence Fermine : une atmosphère de conte, avec un rythme lent, un cadre temporel similaire, un homme jeune pour héros, des voyages lointains, une histoire d'amour mystérieuse... d'ailleurs Matilda (qui a beaucoup aimé Soie) m'avait conseillé le bouquin de Barrico après ma lecture de Fermine.

Mais ça n'a pas vraiment fonctionné avec moi... j'ai bien aimé l'Apiculteur (même si maintenant je ne m'en souviens plus très bien, j'ai complètement oublié la fin par exemple) donc il aurait été logique que j'aime de même Soie... alors quoi ? Est-ce que je n'étais pas dans le bon état esprit ? Est-ce que le fait d'avoir lu l'Apiculteur avant a ôté à mes yeux l'originalité que j'aurais pu trouver à Soie ? Peut-être.... je ne sais pas vraiment en fait. Ceux qui ont aimé Soie (et qui sont nombreux) disent avoir surtout été séduits par le style, et c'est peut-être là le problème, je n'ai pas été vraiment transportée. Au début pourtant, j'aimais vraiment bien, j'étais curieuse de savoir ce qu'Hervé Joncour allait découvrir au Japon, curieuse de savoir s'il allait réussir sa transaction, je me suis demandée qui il allait rencontrer, et ensuite, comment cette rencontre allait évoluer... mais malgré la brièveté du roman, je me suis vite lassée.

Un peu avant la fin, je m'ennuyais carrément, j'ai même interrompu ma lecture avec un soupir en pensant que j'allais terminer uniquement parce que c'était court... et là, j'ai été surprise. Le temps de quelques pages, oui, je me suis dit que j'avais jugé bien trop sévèrement ce livre, j'ai été de nouveau accrochée.... mais cela ne s'est pas développé de la manière dont je l'aurais souhaité, la péripétie inattendue n'est pas  vraiment exploitée, on n'a pas vraiment d'explication... cela me paraît logique d'ailleurs maintenant, si d'un coup on avait eu une explication rationnelle, cela aurait trop tranché avec l'atmosphère ouatée du début.

Comme c'est un conte, et qu'on a 4 voyages au Japon, à chaque fois le même passage est répété, j'aurais pu trouver ça charmant mais ça m'a saoulée... et certaines formules qui sortent de l'ordinaire, comme des "dit-il" après une réplique qui apparaît déjà comme telle grâce à un tiret  m'ont également plus exaspérée qu'autre chose, j'ai eu le sentiment que l'auteur cherchait à donner artificiellement une solennité à des paroles par ailleurs plutôt ordinaires.

Je me sens vraiment de mauvaise humeur, ça me désole d'être peut-être passée à côté de quelque chose de super, de ne pas avoir saisi l'intérêt de cette œuvre, je pense que je donnerai une seconde chance à Alessandro Baricco (j'ai également entendu le plus grand bien de Novecento pianiste, alors je me laisserai peut-être tenter...) mais là je suis assez perplexe.... cette lecture qui aurait dû être douce et rêveuse m'a frustrée et ennuyée. Une dernière hypothèse pour tenter d'expliquer ma déception : je n'ai pas réussi à ressentir de la sympathie pour le héros, je l'ai trouvé assez passif finalement, tout lui tombe dessus comme ça, et quand il doit agir, il ne se presse vraiment pas... et j'ai trouvé que le narrateur nous montrait implicitement une image de lui trop positive, lui trouvait trop d'excuses... et je suis moins indulgente aujourd'hui (je ne suis peut-être pas très claire mais je peux expliquer ce que j'entends par là en commentaire si quelqu'un veut me comprendre et n'y parvient pas...)

Il y a également un film... qui ne me tente pas des masses non plus.
[Challenge ABC 2011, 2/26]

Mercredi 5 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/pourquoilire.jpgQuatrième de couverture :
"La lecture n'est pas contre la vie. Elle est la vie, une vie plus sérieuse, moins violente, moins frivole, plus durable, plus orgeuilleuse, moins vaniteuse, avec souvent toutes les faiblesses de l'orgueil, la timidité, le silence, la reculade. Elle maintient, dans l'utilitarisme du monde, du détachement en faveur de la pensée. Lire ne sert à rien. C'est pour cela que c'est une grande chose. Nous lisons parce que ça ne sert à rien."


Des conseils, des douceurs, des rosseries, et une conception de la lecture comme "sœur de la littérature", toutes deux marchant ensemble dans un combat contre le temps. Une philosophie de la lecture qui fait s'exclamer, s'enthousiasmer, applaudir, et qui ne donne qu'une envie : (la) relire.

Charles Dantzig est l'auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005), et de l'Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (2009).

Mon avis : un essai au titre alléchant qui me nargue depuis quelques mois en libraire... l'article de Matilda a accru mon envie de le lire et je suis bien contente de me l'être procuré en médiathèque (je vais pas répéter ça tout le temps, la plupart des livres que je lis sont des emprunts de toute façon mais je suis inscrite à cette médiathèque depuis peu alors je sais pas, la joie me fait radoter !).

Je lis très peu d'essais, car ils ne me tentent généralement pas, je trimballe toujours un vieux préjugé selon lequel les essais sont souvent compliqués et ennuyeux... le sujet de celui-ci m'intéresse fort et c'est pourquoi je l'ai choisi, et j'ai été étonnée de la vitesse à laquelle je l'ai dévoré, pensant que j'aurais besoin de pauses pour souffler et méditer entre chaque (court) chapitre, mais non, j'ai lu plus de la moitié d'une traite hier soir et ai fini le reste ce matin.... je l'ai lu quasiment avec la même avidité que Comme un roman de Daniel Pennac (essai que je vous recommande chaudement, que j'ai lu et relu et rerelu pas mal de fois) ! La fluidité de l'ensemble m'a donc agréablement surprise... même si le fond m'a (légèrement - mais alors trèès légèrement) déçue (je suis trop dure, ou peut-être que j'en attendais trop. Mais je vous le conseille hein !).

Les titres des différents chapitres sont variés et très attractifs, et la brièveté des chapitres (certains ne font même pas une page entière) laisse penser qu'on peut facilement en lire un par-ci par-là... type de lecture qui doit d'ailleurs être tout à fait possible, même si personnellement j'ai préféré tout avaler d'un coup ou quasiment. J'ai parfois regretté un décalage entre le titre du chapitre (simple, concret) et les réflexions dans lesquelles se lance Charles Dantzig : elles sont intéressantes (mais parfois je me suis sentie un peu frustrée par mes lacunes qui m'empêchaient de bien saisir précisément ce à quoi il faisait allusion...) mais à à plusieurs reprises je me suis un peu demandée quel était le rapport avec le titre du chapitre, les liens ne sont pas forcément directs... il m'a semblé qu'au final les réponses à la question du titre, Pourquoi lire ? ne sont pas si nombreuses que cela, elles se recoupent pas mal (je ne critique pas, je n'aurais pas fait mieux !), et à un moment donné j'ai plutôt eu l'impression que l'auteur cherchait surtout à donner sa conception de la lecture et particulièrement de ce qu'est "la bonne lecture" et le "bon lecteur" (qu'il appelle souvent "grand lecteur")... sujet de réflexion un peu casse-gueule car cela me semble plus subjectif que les raisons que tout le monde peut avoir de lire.

Cet essai n'est pas dénué d'humour, j'ai beaucoup apprécié par exemple qu'il donne aussi les raisons les moins "nobles" de notre envie de lire, liées à l'image positive que cette activité renvoie, et des chapitres comme "lire pour dépasser la moitié du livre" ou "naïveté du lecteur en faveur de la lecture" m'ont semblé à la fois lucides et vraiment amusants ! Sa critique de Stephenie Meyer, de la télévision, de l'inculture de certains libraires et de l'ignorance en général m'a aussi fait sourire même si je l'ai parfois trouvé un peu dur (mais je pense qu'il a raison sur le fond...)

Mais à d'autres moments, j'ai été agacée par son ton parfois un chouïa trop péremptoire à mon goût... en fait je dois admettre ma mauvaise foi : quand j'étais d'accord avec lui, son ton catégorique ne me gênait absolument pas et j'étais prise d'un élan d'admiration... et naturellement, quand ses propos me semblaient plus discutables, là j'aurais souhaité qu'il nuance un peu plus son discours (même s'il le fait un peu quand même mais...).

Un exemple typique de ce qui a pu m'exaspérer : dans le chapitre "Qui lit les chefs d'œuvre ?" il dit n'avoir jamais (il insiste bien sur le mot) surpris par hasard quelqu'un en train de lire un chef d'œuvre (il cite des auteurs "classiques" comme Proust et d'autres)... ce qui m'a plutôt indignée (mmh, je m'enflamme vite !), j'ai eu envie de lui dire d'ouvrir les yeux ! Je suis loin de passer ma vie dans les transports en commun et je suis bien plus jeune que lui mais j'ai déjà vu des gens lire Proust, et à plusieurs reprises encore ! Alors je n'arrive vraiment pas à le croire sur ce coup-là ! Les deux premières pages du topic "la pêche du jour des Livraddictiens curieux" (qui consiste à donner les titres de livres qu'on a pu croiser dans le métro et ailleurs) suffisent d'ailleurs à prouver qu'on croise des gens lisant Flaubert et Aldous Huxley par exemple... certes les gens lisant des best-sellers sont bien plus nombreux mais de là à nier complètement l'existence des lecteurs de classiques (et donc à se croire unique parce qu'il en lit, lui, évidemment...), il y a une marge !

Je ne suis donc pas à 100% fan de ce livre parce que je ne m'y suis pas toujours reconnue, mais cela m'a rappelé à quel point la littérature et la conception qu'on peut avoir de la lecture sont vastes, à quels points les lecteurs peuvent être différents, et c'est tant mieux ! Et il y a tout de même pas mal de passages que j'ai trouvés vraiment beaux... en conclusion je dirais que malgré les bémols que j'ai pu soulever, ça a été une lecture très positive, et c'est un essai que j'aimerais avoir dans ma bibliothèque pour pouvoir en relire des passages (voire tout !) un jour, et voir si mon avis au sujet de certains passages évolue au fil du temps !

Extraits :
"Lorsqu'on est farouche et qu'on n'ose pas aborder les gens, comme quelqu'un que je connais, les romans sont idéaux. Aux grands lecteurs les personnages des romans deviennent plus réels que les personnes de la vie. Ils pensent souvent à eux, leur rendent visite dans les livres, ils les aiment beaucoup, ils leur manquent souvent, les agacent parfois, enfin, des amis, quoi. A ceci près que ces amis imaginaires ne cachent rien. C'est pourquoi ils sont les seuls à ne jamais nous trahir, pensent les grands lecteurs, qui en oublient quelquefois de prendre le risque de vivre."

"Oui, on lit par protestation contre la vie. La vie est très mal faite. On y rencontre sans arrêt des gens inutiles. Elle est pleine de redites. Ses paysages sont interminables. Si elle se présentait chez un éditeur, la vie serait refusée. Encore plus, quand je pense aux dialogues qu'on entend. Comme ils sont lourds, hésitants, répétitifs ! Je crois que c'est une des causes de l'existence du théâtre. L'homme a inventé le théâtre parce qu'il n'en pouvait plus des conversations de café."

"Un livre n'est seul que quand il est inconnu. C'est la meilleure chance qu'il a d'être jugé pour lui-même. Et pour qu'il soit inconnu, il nous suffit d'être ignares."

"Le génie est un vampire. Il vole à l'écrivain mineur ses bonnes choses qu'il porte à un degré génial."

"Lorsqu'on lit, on tue le temps. (...) On a même, confusément, une sensation d'éternité. Voilà pourquoi les lecteurs sortant de leur livre ont un air de plongeur sous-marin, l'œil opaque et le souffle lent. Il leur faut un moment pour revenir au temps pratique. Et voilà pourquoi les grands lecteurs ont le sentiment d'être toujours jeunes. Ils n'ont pas été usés de la même façon par un emploi du temps, c'est-à-dire un temps employé à autre chose qu'à obéir au temps commun. Même à cent ans, ils meurent jeunes. Chaque nouvelle lecture a été une plongée dans un bain frais, un moment où on a, pas tout à fait illusoirement, vaincu le temps."

"Quand on lit énormément dans son jeune âge, je crois que c'est pour devenir écrivain et, si ça n'est pas réalisé, le grand lecteur devient un écrivain rentré. Il l'oublie à la longue, continue à lire, et c'est très beau s'il n'est pas amer. J'ai rencontré beaucoup moins de grands lecteurs amers de n'avoir pas écrit que de petits écrivains amers de n'être pas lus."

Jeudi 6 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/marina.jpgQuatrième de couverture :
"Pour une raison bizarre, sans qu'on sache se l'expliquer, on se sent parfois plus proche d'un de ses enfants. De tous les livres que j'ai écrits, Marina est l'un de mes favoris. Au fur et à mesure que j'avançais dans l'écriture, tout dans cette histoire prenait peu à peu le goût des adieux, et quand je l'eus terminée, j'eus l'impression que quelque chose était resté au fond de moi, quelque chose qu'aujourd'hui encore je ne peux définir mais qui me manque chaque jour."
Carlos Ruiz Zafón

Dans la Barcelone des années 1980, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir ? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale ? S'égarant dans les entrailles d'une terrifiante cité souterraine, s'enfonçant dans les coulisses d'un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d'une tragédie vieille de plusieurs décennies.

Publié il y a plus de dix ans, reparu récemment en Espagne, Marina a conquis un public aussi large que celui de l'Ombre du Vent (Grasset, 2004) et du Jeu de l'ange (Robert Laffont, 2009), traduits en plus de quarante langues et couronnés de nombreux prix.

Mon avis : il y a quelques années, j'ai adoré l'Ombre du vent et l'ai beaucoup conseillé autour de moi. Curieusement, je n'ai pas eu extrêmement envie de lire le Jeu de l'ange du même auteur quand il est sorti, sans doute par peur d'être déçue, et il me semble que la quatrième de couverture m'avait laissée indifférente, je ne sais plus très bien en fait... je m'étais cependant toujours dit que je lirais un jour un autre roman de Carlos Ruiz Zafón, alors quand Livraddict a proposé aux blogolecteurs Marina, en partenariat avec les éditions Robert Laffont, un rapide coup d'œil au résumé m'a laissé pensé que cela pourrait bien me plaire (Barcelone, une époque passée, des adolescents, un cimetière, un mystère, whouhou !)  et j'ai sauté sur l'occasion !  Un grand merci pour ce partenariat, qui m'a permis de découvrir ce roman en avant-première ! :D (Marina a été publié en Espagne en 1999, mais il ne sortira en France que le 20 janvier !...) (nananère)

J'avoue qu'il m'a fallu un certain temps d'adaptation, je ne suis pas complètement entrée dans le roman dès les premières pages. Mon souvenir de l'Ombre du vent est aujourd'hui très flou, mais je me souviens parfaitement que j'avais spécialement aimé le style de l'auteur. Est-il différent dans Marina, ou est-ce mon appréciation qui a changé ? Probablement les deux ! Je suis bien plus critique aujourd'hui à ce sujet, et d'après ce que j'ai lu sur le net, Marina semble être considéré comme un roman plutôt pour adolescents (et il a été écrit avant l'Ombre du vent si je ne me trompe pas !)... ce qui expliquerait pourquoi le style m'a paru moins recherché... je n'ai noté aucun passage, aucun aphorisme remarquable, certaines tournures sont trop peu originales à mon goût, voire légèrement maladroites (exemples qui me viennent à l'esprit : la formule banale "sa gorge se serra" revient à plusieurs reprises, de même qu'un "improvisai-je" que j'ai trouvé peu judicieux) . Bon, ce n'est pas la catastrophe non plus hein, et ça reste quand même assez consistant pour être agréable à lire une fois qu'on est installé dans le livre !

Et puis je dois reconnaître que malgré un style qui m'a paru moins brillant, passé le début, j'ai eu bien du mal à lâcher le livre ! (pour preuve, je l'ai lu en moins de 24 heures). Le héros et narrateur est un peu lisse, même s'il va participer activement aux évènements qui nous sont racontés, on sent qu'il a surtout un rôle de témoin ; les personnages qui attirent toute notre attention sont plutôt le personnage éponyme, Marina, son père peintre, German, et les personnages énigmatiques qui sont au cœur de l'enquête que nos deux jeunes vont essayer de mener pour comprendre qui ils sont réellement : la dame en noir, Mihaïl Kolvenik, le docteur Shelley...

Chacun des personnages du roman (même notre narrateur, dont on sait finalement peu de choses, il n'est pas orphelin mais on n'a aucune information sur sa famille par exemple) a sa part de mystère. L'intérêt du roman est de fouiller dans ce tas de secrets : en partant à la découverte de lieux anciens, de personnages disparus et de leur sombre histoire aujourd'hui ignorée de tous, nos héros vont également apprendre à se connaître eux-mêmes, et ce qu'ils trouveront les fera grandir, et leur permettra de peut-être mieux cerner l'âme humaine... ? J'ai apprécié la relation ambiguë entre Marina et Oscar (prévisible certes, mais bien décrite), la bienveillance et le passé de German... l'histoire de Mihaïl Kolvenik m'a aussi fascinée, car elle nous est racontée progressivement, grâce à divers points de vue, qui peuvent se contredire parfois, il nous est donc difficile d'avoir une vue d'ensemble de sa destinée et de véritablement le juger. Je ne saurais pas dans quelle catégorie ranger ce roman, car il mêle à parts égales une enquête policière, une histoire fantastique parfois même proche de l'horreur, des personnages touchants par leurs sentiments et les drames humains qu'ils traversent... je regrette un peu cette fin, forcément... mais elle était logique, tout autre fin aurait été artificielle, malvenue, alors je l'accepte quand même sans trop de regrets.

Enfin, l'un des points forts du roman réside dans son atmosphère surannée, gothique : l'histoire est censée se passer dans les années 80 mais en réalité elle m'a semblé hors du temps, les personnages ne font que parcourir des lieux anciens étranges, déserts, abandonnés ou à moitié en ruine, à l'image de leurs recherches qui les plongent dans un passé vieux de plusieurs décennies. Le tout donne une aura de merveilleux au roman, mais un merveilleux inquiétant, qui va jusqu'au macabre... à cause de cette atmosphère surtout, j'adorerais que cette histoire soit adaptée au cinéma. Si un réalisateur de talent parvenait à allier des acteurs charismatiques, de somptueux décors, des effets spéciaux satisfaisants pour donner vie aux créatures terribles qu'on croise, une bonne dose de suspense et d'action (car il y en a aussi dans ce roman !), une musique à la fois douce et menaçante... alors je suis persuadée que ce bon livre pourrait donner un film excellent !

Si je n'ai pas eu de second coup de cœur pour le style de Carlos Ruiz Zafón  (ce qui est quand même bien dommage, snif), j'ai en revanche été enchantée par cette histoire prenante et je pense que je lirai avec plaisir un autre livre de cet auteur quand j'en aurai la possibilité... peut-être que je me laisserai quand même tenter par le Jeu de l'ange un jour, finalement.
 
Lecture effectuée grâce aux  http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/ROBERTLAFFONT.jpg
et à http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/livraddictlogosmall.png, merci !

Jeudi 6 janvier 2011

Je n'ai jamais parlé de BDs sur ce blog jusqu'ici car je n'en ai jamais lu beaucoup, et  parce que je trouve (ceci est une impression tout à fait personnelle que j'ai d'ailleurs du mal à expliquer) que c'est une expérience de lecture très différente... je n'arriverais pas à parler d'une BD comme je parle d'un roman (ni comme je parlerais de poésie, mais c'est encore un autre sujet).

Pendant mon enfance je lisais seulement quelques BDs humoristiques à la bibliothèque, voilà un petit aperçu non exhaustif des séries qui ont pu me passer entre les mains (et que je continue d'ailleurs à apprécier, surtout les premières !) :

http://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/MelusineSortileges.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/lepetitspiroutome7demandetonpre23620960.gifhttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/titeuf12couv.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/kidpaddle.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/cedric15.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/ducobu.gifhttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/SchtroumpfsLes03.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/henriette.jpg

A ce premier panorama il faudrait ajouter quelques autres que j'ai un peu lues, avec modération : Astérix, Tintin, Gaston Lagaffe... (Lucky Luke par contre, ça n'est jamais passé).

Plus tard, j'ai découvert quelques autres œuvres qui ont un peu ouvert mes horizons, mais elles se comptent vraiment sur les doigts d'une main :

http://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/marlysa.jpghttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/lechatdurabbin.gifhttp://bouquins.cowblog.fr/images/BDs/missy.jpg

Il faut quand même que je compte les BlogsBD que je lis assidûment, certains depuis plusieurs années ! Le blog de Laurel en premier bien sûr (Laurel que j'ai découverte dans 33 rue carambole à l'époque où ma grand-mère recevait Spirou !), celui de Pénelope Bagieu, celui de Margaux Motin, de Miss Gally, de Vincent, Pierrot, Amélie, et le petit dernier dans mes favoris : Fluoxyne.

http://nemotaku.fr/site/local/cache-vignettes/L358xH500/joliestenebres-9c3af.pngEt puis, il y a quelques mois, ma très chère Ad (qui s'y connaît bien plus que moi en BDs) m'a conseillé Jolies Ténèbres, je l'ai emprunté, lu pendant le Read-A-Thon et WHAOUH. J'adore. Et depuis j'ai décidé de lire plus de BDs (ça va pas être dur sachant qu'avant je devais en lire bien moins d'une par mois....). J'ai visionné toutes les chroniques BDs en vidéo de Pénelope Bagieu, vous pouvez les voir (il y en a  18), et maintenant j'ai envie de lire la plupart des BDs qu'elle présente !

Je ne sais pas trop comment parler des BDs et je n'ai donc pas prévu d'écrire véritablement un avis pour chaque BD lue, non non non. Mais tous les mois, ou tous les 2 mois, enfin bref quand j'aurai des choses à vous présenter, je ferai un petit article pour récapituler les dernières BDs que j'aurai lues et aimées. Et je compte sur vous pour m'en conseiller, aussi ! (je ne sais pas si vous avez remarqué, j'ai une partie "BDs" dans ma LAL à présent)

J'ai emprunté des BDs récemment, et j'ai reçu 6 BDs pour Noël.... je vous en parlerai bientôt (quand je les aurai toutes lues), ce premier article est déjà bien assez long, maintenant vous avez une petite idée de ce que j'aime, de ce que je connais (pas grand-chose). J'ai surtout envie de me lancer dans des "one-shot", cela sera plus facile pour moi de les trouver (vu que je n'ai pas les moyens d'acheter pleins de BDs, je compte surtout en emprunter, et là je prie pour que la médiathèque ne me déçoive pas), mais bon, si vous connaissez une série vraiment extra, dites toujours ! En ce qui concerne les mangas, je m'y connais encore moins (le seul manga que j'ai lu, c'est Alice 19th, les 5 premiers tomes. Et le 1er tome de Blood Alone que j'ai offert à Matilda), je suis moins tentée mais je ne suis pas complètement fermée non plus.

Lundi 10 janvier 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/invisible.jpgHier, j'ai fini Invisible de Paul Auster. J'ai aimé ce livre. Mais je n'ai pas envie d'écrire mon avis dessus. Et le "problème", c'est que je sens que ça ne vient pas de ce livre en particulier. C'est juste... comme ça. Je n'ai pas envie de réfléchir à mes sentiments, à mes pensées au sujet de ce que j'ai lu. Depuis plus de 5 ans, j'écris toujours ce que je pense de tous les livres que je lis (sauf les relectures mais j'en fais très peu). Sans aucune exception. Je ne me suis jamais, jamais forcée, et généralement je ne laisse jamais passer plus de quelques heures entre le moment où je finis une lecture et le moment où je rédige mon avis. Cela allait de soi, simplement : c'était une évidence, une nécessité, une manière d'achever ma lecture, je n'envisageais pas de commencer un livre sans avoir écrit à propos du précédent. Et cela a toujours été un grand plaisir, qui revenait fidèlement, à tous les coups, sans que j'aie jamais à m'en inquiéter.

Alors là, mon envie de commencer un autre livre alors que je n'ai pas posé ma pensée au sujet d'Invisible... me paraît incompréhensible. Quasiment sacrilège. Depuis hier soir, je repousse le moment de rédiger mon avis sur ce livre, ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant. J'ai fini par me donner un coup de pied au cul, et je crée donc cet article... qui ne servira pas à vous parler d'Invisible, je m'en rends bien compte. Je ne vais pas me forcer, j'en suis incapable, je n'en vois pas l'intérêt, me forcer serait complètement contraire à la manière que j'ai toujours eue de tenir ce blog.

Pourquoi cet article ? Je n'ai pas à me justifier, après tout. Je n'ai pas envie d'écrire un article suite à une lecture, eh bien quoi ? Ce n'est qu'un blog, qu'un passe-temps complètement libre, le monde ne s'écroule pas pour autant. Oui, mais.... cette lassitude soudaine m'étonne énormément, me choque presque. Je ne comprends pas. Je suppose donc que j'écris cela.... pour m'interroger, pour me demander ce qui se passe, en fait. Et puis, quand même, pour vous avertir, pour prévenir vos questions si je ne mets plus ce blog à jour pendant un certain temps (que j'espère court, mais je ne peux pas vous dire combien de temps ça va durer, puisque cette "pause" impromptue m'étonne moi-même !)

Comment pourrais-je expliquer ce qui se passe en moi ? Je me sens toute petite. Ce n'est pas du tout un "passage à vide" comme j'en ai déjà connu plusieurs fois ces dernières années : j'ai toujours envie de lire ! Ma lassitude (je ne sais pas si ce terme convient, généralement une lassitude s'installe progressivement, alors que là c'est très brusque !) ne concerne que le fait de donner mon avis. Comment dire ? J'ai l'impression, d'un seul coup, que mon avis n'a pas la moindre importance en fait, même pour moi, alors ce n'est même pas la peine que je cherche encore à l'exprimer. C'est comme une envie... de m'oublier complètement dans les livres, de me replier sur moi-même.... dire ce que je pense de mes voyages me semble soudainement trop impudique, et je ne m'en sens plus capable. (pareil pour les films, en fait ; mais donner mon avis sur les films que je vois n'a de toute façon jamais été une envie systématique, je ne l'ai toujours fait que par à-coups)

J'espère que cet état d'esprit étrange et complètement nouveau pour moi - je suis plutôt déboussolée - ne va pas trop durer.... en attendant, n'ayez aucune inquiétude si je semble absente, je ne serai pas morte ^^... et je compte bien lire quand même :o) ! (et c'est quand même ça le plus important, et de loin ; si je n'avais plus du tout envie de lire, là je me ferais sérieusement du souci !)
 
A bientôt, bonnes lectures à vous (et bonne continuation de manière générale !), portez-vous bien !
 
 
MeL

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"Le temps de lire, comme le temps d'aimer, dilate le temps de vivre." Daniel Pennac

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