Mardi 1er novembre 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/books.jpg
Le 1er novembre 2005, je créais b0uquins sur skyblog.
Depuis, de l'eau a passé sous les ponts, et Bouquins a bien failli mourir cette année, mais j'ai réussi à le ressusciter, et même s'il n'est toujours pas en très grande forme, il est tiré d'affaire et c'est tout ce qui m'importe !

Pas de bilan (j'en ferai un petit fin décembre comme d'habitude), pas de concours ni rien, mais juste cet article en passant pour fêter ses 6 ans d'existence... (-:

Malgré la rareté des mises à jour, les visites ne baissent pas, au contraire... c'est un mystère que je renonce à expliquer, mais bonjour à vous, ô visiteurs silencieux !

(© image : Owen Carson)

Mercredi 16 novembre 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lafemmeetlours.gifEncore une fois, un bouquin issu de la rentrée littéraire que je n'en finis pas de goûter... ! Philippe Jaenada, j'avais aimé sa verve, ses parenthèses, la complicité avec les personnages qu'il nous avait offerts avec le Cosmonaute ; j'en attendais autant avec ce petit dernier... j'avais sans doute mis la barre trop haut... c'est sympa, mais c'est moins bien.

Il me semble qu'il s'est pas mal calmé avec les parenthèses... vous me direz (pour ceux qui connaissent le Cosmonaute) que c'est peut-être un bon point, car les nombreuses parenthèses du Cosmonaute rendaient son discours peut-être un peu dur à suivre par moments. Là, pas de problème de ce genre, c'est très fluide, mais on perd en originalité, et en humour, c'est certain. Ce qui m'avait tant plu dans le Cosmonaute (désolée si ça vous ennuie, mais je suis bien partie pour comparer les deux œuvres tout au long de cet article car dans ma tête elles sont vraiment liées), c'était la distance teintée de raillerie espiègle entre le narrateur et lui-même, si je puis dire. Dans la Femme et l'ours, on a toujours un narrateur à la première personne, mais que j'ai trouvé moins facétieux, même s'il s'agit au final du même genre de personnage - un avatar de l'auteur apparemment, j'ai lu je-ne-sais-plus-où que La Femme et l'ours est le roman le plus autobiographique de Jaenada, le narrateur est effectivement un personnage d'écrivain...

... mais ce qui lie le plus fortement La Femme et l'Ours et le Cosmonaute - seul autre roman de l'auteur que j'ai lu mais je précise qu'il en a écrit bien d'autres, donc on pourrait peut-être faire de multiples autres liens avec le reste de son œuvre, je vous redirai ça quand je connaîtrai tout de lui -, c'est le personnage de la femme de l'auteur, qui semble absolument identique dans les deux romans : il s'agit d'une femme tyrannique et maniaque à laquelle notre narrateur doit se soumettre afin d'éviter les situations explosives.... et là forcément je ne peux m'empêcher de me demander si la femme de l'auteur est vraiment comme ça ! Si oui 1) je le plains et je me demande comment il fait pour la supporter 2) il serait très improbable qu'il ose en faire un tel portrait publiquement ! J'en déduis donc qu'il doit y avoir une bonne part de fiction là-dedans (ou alors, c'est son ex-femme et il se venge mouahaha), bref, on tombe dans des considérations un peu trop people à mon goût alors je ne vais pas épiloguer là-dessus, n'empêche que ce personnage féminin diabolique ne manque pas de charisme et malgré son effet plutôt malfaisant, j'ai été contente de la retrouver ici, au point d'avoir un peu l'impression que la Femme et l'ours est une sorte de suite du Cosmonaute !

Dans le Cosmonaute, on avait surtout un tableau du couple formé par les deux personnages ; là, le personnage de la femme (la femme du titre n'est d'ailleurs pas forcément la femme du narrateur...) est beaucoup plus effacé, on se centre sur le narrateur, qui va d'ailleurs s'éloigner physiquement du foyer conjugal en tentant une sorte de rébellion par la fuite. Je ne continue pas trop sur cette lancée sinon on va m'accuser de tout spoiler (je-m'en-tape !) mais en gros, la narrateur va être entraîné dans des aventures qui l'emmèneront toujours un peu plus loin de chez lui ; ça part d'une broutille réaliste et pffffuit, d'un évènement à un autre il se retrouve embarqué dans une histoire qui pourrait avoir des conséquences bien plus lourdes que tout ce qu'il pouvait imaginer au départ.

La fantaisie qui manquait au début de ce dernier roman (à mon avis) se retrouve au fur et à mesure que les pages se tournent, on sent que l'auteur laisse progressivement libre court à son imagination, ça devient de plus en plus déjanté, au point de m'avoir rendue assez réticente à le suivre dans ses pérégrinations loufoques au bout d'un moment, je me suis vraiment demandée jusqu'où on irait, des scènes crues que le début n'annonçait pas du tout (noooon je ne suis pas mijaurée, seulement, je ne m'y attendais pas c'est tout !) m'ont fait poser le bouquin une minute, le temps de déclarer à ma mère - qui n'en avait strictement rien à faire mais c'est pas grave, j'avais besoin de partager mon ressenti en direct : "Ouuuhlàlà, ça part carrément en vrille là !" Les personnages et l'objet de la "fuite" sont différents, mais ce roman m'a  fait beaucoup penser à Eyes Wide Shut (et donc à l’œuvre littéraire qui a servi de base au film de Kubrick, La nouvelle rêvée, d'Arthur Schnitzler) : on suit le narrateur en se demandant jusqu'où tout cela va le mener !

Le dérapage est cependant contrôlé, le narrateur/auteur retombera sur ses pattes (d'ours), la fin m'a plutôt réconciliée avec les passages que j'ai trouvés excessifs, et une fois le roman terminé, je me dis qu'aller aussi loin était sans doute nécessaire. Le tout est bien ficelé, et à la fin du roman, on considère la situation initiale différemment : nous (enfin, au moins "me")  faire reconsidérer complètement une situation que je jugeais pourtant de manière tranchée et sans tergiverser au début est à mon avis une sorte d'exploit qu'il convient d'applaudir. Si la fin du Cosmonaute me faisait chérir le célibat, celle de la Femme et l'Ours me démontre que les choses ne peuvent pas être jugées de manière aussi simpliste. Un roman qui manque un peu de pêche et s'enlise quelquefois  - toujours en comparant avec le Cosmonaute, mais je crois que vous avez compris à force - un peu plus triste, un peu plus proche de nos vies peut-être ? avec un narrateur très humain qui n'hésite pas à embrasser la déchéance (au moins temporairement, je ne vous dis pas comment ça finit - mais bon sang que d'alcool, c'en est presque saoulant !), l'aspect rocambolesque de ses frasques pimente la lecture et la rend plutôt prenante, et si la fin du roman en décevra forcément certains, pour ma part je trouve que l'évolution du personnage au cours du roman tient tout à fait debout et fait plutôt réfléchir...

Jeudi 24 novembre 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/unsoirdedecembre.jpgQuatrième de couverture : Quarante-cinq ans, une femme, deux enfants, une vie confortable, et soudain l’envie d’écrire, le premier roman, le succès, les lettres d’admirateurs… Parmi ces lettres, celles de Sara, empreintes d’une passion ancienne qu’il croyait avoir oubliée. Et qui va tout bouleverser. Au creux du désir, l’écriture suit la trajectoire de la mémoire, violente, instinctive et trompeuse.

    Delphine de Vigan, je commence à bien la connaître, après avoir lu et aimé No et moi, Jours sans faim et Rien ne s'oppose à la nuit j'ai décidé de lire toutes ses œuvres (et je ne reviens pas sur cette décision d'ailleurs !), et là j'ai encore l'impression de découvrir une nouvelle facette de l'auteur : finalement, le thème si banal en littérature de la relation amoureuse n'avait pas été vraiment approfondi dans les autres œuvres de Delphine que j'ai déjà lues ! Et rien qu'en lisant la quatrième de couverture, on sent bien que c'est ici le thème central autour duquel toute l'histoire se tient. Sujet casse-gueule car déjà abordé des millions de fois et qui peut facilement tomber dans la mièvrerie... ce n'est pas le cas, mais ce roman n'est à mon goût pas exempt de certains défauts malgré tout.

C'est un roman court (moins de 200 pages, avec une grande police), et qui se lit très facilement, et j'ai envie de dire "confortablement" : on n'a pas de mal à suivre, moi qui ai du mal à lire de manière fragmentée et entourée de monde, j'ai fait traîner cette lecture trois jours en picorant des pages dans le bus, dans les couloirs de l'école, et même (chuuut !) en amphi en suivant un cours en même temps, sans que ces conditions défavorables gênent véritablement ma lecture.

    En raison de sa grande fluidité, c'est donc le roman parfait pour les vacances, une petite lecture rapide sans prise de tête (bon je dis ça pour correspondre à un cliché mais en vérité je profite souvent des moments de calme et de solitude en vacances pour me lancer dans des lectures plus longues ou ardues, mais on s'en fiche !). Mais cette "petite lecture" est-elle quand même suffisamment consistante, alors ? ... je ne saurais pas vraiment en juger, mais comme j'ai été vraiment émue par ce roman, qui était exactement ce dont j'avais besoin à ce moment-là, je dirais que oui, même si j'ai eu le sentiment d'un style peut-être un peu moins maîtrisé... je reproche à Delphine d'avoir cédé à certaines tournures un peu faciles : des anaphores surtout, qui permettent de rendre une atmosphère mélancolique à peu de frais, par exemple à l'aide de paragraphes entiers développés autour de la même expression assez simple avec de simples variations (ex : "j'attends...") .

J'ai eu parfois l'impression de me trouver face à une écriture "adolescente", le style m'a paru assez similaire à celui qu'on trouve parfois en parcourant des blogs tenus par des jeunes filles portées sur l'introspection tristounette (attention, je compare le style de Delphine aux blogs les mieux écrits, et il en existe effectivement de qualité !). On a donc une écriture un peu naïve, je comprendrais que ce style puisse agacer mais il a fonctionné sur moi en tout cas (j'espère que cela sera toujours le cas quand je relirai ce roman !)... et je crois qu'on a quand même là une touche propre à l'auteur : comme dans Rien ne s'oppose à la nuit finalement - même si les deux romans sont par ailleurs très différents, qu'il s'agisse du style, du sujet ou de l'ampleur de l’œuvre -  on sent derrière les mots une fragilité, qui peut mettre le lecteur plus ou moins mal à l'aise, mais qui fait en même temps la force du roman, ou en tout cas une grande partie de son charme !

  Et puis si le thème en lui-même n'est pas très original - un homme marié va connaître une lassitude et une nostalgie d'une histoire d'amour ancienne qui va tout remettre en question, en gros - mais c'est quand même assez subtil et poétiquement écrit pour être intéressant... je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher au héros, tout en étant proche de ce personnage qui devient de plus en plus secret au fur et à mesure qu'il se retranche en lui-même au sein même de son foyer, on a du mal à savoir quelles sont ses pensées, notamment en ce qui concerne son travail d'écrivain : on sait au début du roman que son premier roman a eu du succès, on voit qu'il a du mal à se remettre à l'écriture, progressivement on en apprend un peu plus sur son rapport à l'écriture, et il y a pas mal de réflexions assez bien trouvées et joliment trouvées sur le pouvoir de l'écriture, sur ce qu'elle permet d'exprimer, mais au fond on ne sait pas trop ce qu'il pense de son travail et de son statut récent d'écrivain... on ignore d'ailleurs tout de ce premier roman qui l'a rendu célèbre ! Ce que je trouve un peu décevant, même si on comprend que ce n'est pas l'essentiel.

    De même, on sait peu de choses sur cette "Sara" qui va revenir dans sa vie et qu'on découvre 'à travers les quelques lettres qu'elle lui a écrites (très belles, je crois que presque tous les passages que j'avais envie de noter sont extraits de ces lettres) et les quelques souvenirs qu'il veut bien nous faire connaître. Cela laisse une certaine distance entre les personnages et le lecteur, qui est assez frustrante mais laisse planer une atmosphère de mystère pas désagréable et finalement bien en adéquation avec le sujet : le héros chez lui ne communique plus avec sa famille, mais celle à qui il pense reste loin de lui... on a tout un tas de barrières, physiques et symboliques, entre les personnages qui ne savent pas trop ce qu'ils veulent et restent toujours isolés les uns des autres d'une certaine façon...

   On sent dans ces personnages un décalage, non seulement entre leur vie réelle et leur vie fantasmée, mais aussi entre leurs rêves et ce qu'ils sont effectivement prêts à réaliser : ni complètement héroïques, ni complètement victimes, ces personnages ne sont pas dénués d'une part de médiocrité qui leur confère une dose supplémentaire d'humanité... et au final je serais bien en peine de les juger. Malgré l'atmosphère un peu ouatée et onirique dans laquelle baigne l'ensemble du roman (les scènes où il est question de désir sexuel par exemple sont plutôt réussies, ni trop prudes, ni trop crues), la fin est plus modérée et réaliste, elle est une façon de ramener le lecteur à terre, certains n'aimeront peut-être pas mais il me semble au contraire que c'est un choix judicieux de l'auteur, qui nous épargne ainsi un "parfait" happy end (ou une fin tragique, je ne vous dis pas comment ça finit !) qui aurait été trop caricatural.

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"A quoi servent les livres s'ils ne ramènent pas vers la vie, s'ils ne parviennent pas à nous y faire boire avec plus d'avidité ?" Henry Miller

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