Vendredi 1er octobre 2010


Résumé :
L'histoire commence en 1915 et s'achève à la fin de la seconde guerre mondiale. La famille Cleary originaire de la Nouvelle Zélande émigre en Australie pour faire fructifier un domaine où se pratique l'élevage du mouton et qui appartient à la riche soeur de Paddy Cleary, le père de famille. Une épopée superbement rendue où s'acharnent les passions des personnages avec comme fil conducteur les amours tragiques de l'héroine Maggie pour le magnifique prêtre Ralph de Bricassart lié à jamais au sort de l'exploitation du domaine.
Mon avis : mmmh.... je suis contente de l'avoir lu, mais mon avis est quand même mitigé. A vrai dire, les cinquante dernières pages ont été un peu longues, j'étais contente de l'avoir fini, heureusement qu'il ne faisait pas 100 pages de plus, je n'aurais peut-être pas tenu. Mais je préfère plutôt vous parler de ce qui m'a plu, car démonter ce bouquin pour vous le déconseiller n'est absolument pas mon intention (même si je ne vais pas me gêner non plus pour vous dire ce qui m'a exaspérée, ahem) !
 
Je dirais que c'est de la bonne (voire très bonne) littérature de divertissement. L'histoire est touchante, souvent très prenante, il y a pas mal d'ingrédients qui font que c'est une lecture agréable, régulièrement relancée par des péripéties "fortes" qui changent pas mal la situation, on ne peut pas dire qu'il ne se passe rien ! On suit toute une famille pendant cinquante ans, le roman est divisé en sept parties qui portent chacune le nom d'un des personnages principaux ; avant de commencer ma lecture j'avais peur que chaque partie soit vraiment consacrée exclusivement à un personnage mais heureusement ce n'est pas le cas, on a quand même des nouvelles de tout le monde tout le long !

J'ai aimé le récit de l'enfance de Meggie, et la façon dont les personnages principaux sont présentés.
Leur installation dans le domaine de Drogheda est aussi intéressante, leur quotidien nous est raconté avec pas mal de détails, des anecdotes sympa qui nous permettent de bien comprendre leurs conditions de vie, on a pas mal d'infos sur le monde de l'élevage des moutons, la tonte, je ne m'étais jamais intéressée à la question mais j'ai trouvé ça plutôt instructif, et pas du tout ennuyeux !
 
Mais bien sûr, ce qui retient rapidement toute notre attention, c'est la rencontre que va faire la petite Meggie (qui a alors une dizaine d'années) avec le prêtre du coin, Ralph de Bricassart, qui va se prendre d'affection pour elle, affection réciproque et qui va évoluer au fil des années - évidemment - de la façon à laquelle on s'attend tous (pauvres d'eux !). Le personnage de Ralph m'a plu, il m'a beaucoup fait penser à une personne de mon entourage, et la suite de l'histoire (que je connaissais un chouïa parce que 1) c'est assez prévisible 2), quand on m'a parlé de ce livre il y a quelques mois on m'a dit "ah oui, c'est l'histoire de ce prêtre qui....") n'a fait que renforcer ce phénomène d'identification (ce n'est pas moi qui m'identifie à Ralph hein, mais vous me comprenez, ou pas, mais je vais certainement pas raconter ma vie ici alors merde) (hum). En un mot, j'ai été touchée par cette histoire d'amour, qui est sans doute ce qu'on retient le plus de ce livre, et même si elle est relativement prévisible comme je l'ai déjà dit, elle est quand même assez complexe pour que je suive avec passion (même pas honte) ses moindres revirements, d'autant plus que ça va durer dans le temps. D'autres péripéties extérieures (plus ou moins) (mais je vais pas tout raconter que diable !) qui vont profondément bouleverser cette famille et la destinée de Meggie en particulier, font que pendant environ 200 pages (j'ai pas compté, c'est une estimation à la louche !), j'ai été assez scotchée au bouquin.
 
Le souci, c'est que les deux dernières parties du livre (sur sept, je vous le rappelle) s'attardent sur les descendants des premiers personnages princpaux et pfffiouuu, ça m'a beaucoup moins passionnée. Les passages qui parlent de la seconde guerre mondiale (en Egypte notamment, ça aurait dû m'intéresser vu que ce n'est pas une partie de la guerre qu'on connaît bien), et ceux, plus tard, qui ont lieu en l'Europe, m'ont plutôt gavée. J'ai pourtant apprécié le personnage de Justine (une jeune fille indépendante, la plus indépendante du roman sans doute - on m'a fait remarquer récemment que j'aimais les personnages féminins forts et entreprenants, j'ai un peu nié mais je dois bien reconnaître que tu as raison, Yuko), mais son histoire ne m'a pas parue tellement originale, le grand drame qu'elle va vivre m'a presque laissée de glace, je ne faisais qu'attendre les moments où on parlerait de nouveau de Meggie et de Ralph et autant dire que mes attentes ont été satisfaites au compte-gouttes ! Quant à l'histoire d'amour de Justine, pitié, on en devine la fin cent pages avant et elle en a mis un temps à venir, cette foutue conclusion ! (je vous parle de mon ennui des 50 dernières pages, là).
 
Autre mauvais point du bouquin : le style m'a vite fait déchanter (sans toutefois décourager ma lecture). C'est fluide, ça se lit bien en général, certes, mais l'auteur a vite tendance à balancer dans le gnangnan, les descriptions élogieuses du paysage (entre autres) se voulaient sans doute poétiques mais j'ai trouvé qu'elles devenaient souvent lourdes (j'ai sauté des lignes, j'avoue !), et les passages où il est question de sexe sont carrément risibles, l'auteur ne fait que décrire les sensations exacerbées des personnages (ah grand recours d'exclamations mimant leurs pensées du style "Oh ! Mon dieu ! La douceur de ses lèvres !"), je me demande si je n'aurais pas préféré un peu plus de crudité réaliste (ou à défaut, que l'auteur s'abstienne de nous narrer ce genre de scène si elle n'est pas capable de nous servir autre chose que ces délires romantiques dignes d'un Harlequin...)) parce qu'à moins d'être vraiment à fond dans la tête des personnages au point de n'avoir aucun recul, dur dur de lire ces passages en gardant son sérieux !

Bon, je suis vache, je dois admettre que le récit du dépucelage de Justine m'a fait rire, mais dans le bon sens du terme cette fois-ci. Il faut quand même un certain talent narratif pour mener à bien un récit aussi riche en personnages et évènements s'étendant sur plusieurs centaines de pages, j'en conviens tout à fait, mais le style globalement ne m'a pas vraiment séduite, à aucun moment je n'ai eu envie de relire une phrase pour sa beauté ou de noter un passage.... j'avais déjà lu Tim de cet auteur (et j'avais beaucoup aimé il me semble, là encore, parce qu'un des personnages avait fait que je m'étais sentie concernée, je ne me souviens pas ce que j'avais pensé du style mais à l'époque j’étais moins exigeante), mais je ne pense pas que je le relirai, ni même que je chercherai à lire d'autres oeuvres de cet auteur, qui donne à ses histoires une couleur un peu trop rose qui ne correspond pas (plus ?) vraiment à ce que je recherche ! Si j’avais lu ce roman il y a quelques années, j’aurais peut-être adoré !
 
En relisant mon avis je trouve que mon avis général penche hélas plus du côté négatif finalement... sans doute parce que je suis restée sur la mauvaise impression de la fin, et les critiques que j'ai formulées à propos du style sont rédhibitoires, je ne parviens plus à vraiment aimer un livre si le style me gêne. J'espère que je me souviendrai quand même surtout des passages qui m'ont rendue radieusement niaise (d'ailleurs c'est marrant, mais un passage qui se passe sur une île m'a fait beaucoup penser au voyage de noces de Bella & Edward dans le quatrième tome de la saga de Stephenie Meyer !), je ne regrette pas cette lecture, et je vous la recommande si vous avez envie d'aller en Australie au début du 20ème siècle, si vous avez envie de vous plonger dans une épopée familiale assez dense qui vous occupera plusieurs jours et surtout si les histoires à l'eau de rose ne vous font pas peur ! Si toutes ces conditions sont remplies, vous pourriez bien adorer cette lecture...
Bonus : Ce livre a été lu dans le cadre d'une Lecture commune !
Allez donc voir le billet de Mélusine, et celui de Cerisia (qui ont un un avis plus positif que le mien)

Samedi 2 octobre 2010


Quatrième de couverture : L'histoire se passe au Moyen Age, à la cour du roi Arthur, pendant le festin de l'Ascension. Un prince étranger, le noir Méléagant, vient troubler la fête : il lance un défi au roi, bat en duel son malheureux sénéchal et, pour prix de sa victoire, enlève la reine Guenièvre.
Alors paraît un chevalier venu de nulle part, le vaillant et preux Lancelot, qui entreprend de la délivrer...
Le récit de cette quête initiatique est, au même titre que la légende de Tristan et Iseut, une bible romanesque de la pensée courtoise. Plus qu'un art d'aimer, c'est un art de vivre.

Mon avis : troisième œuvre de Chrétien de Troyes que je lis, et je crois bien que c'est celle que je préfère !!! Perceval et le conte du Graal était assez sympathique à lire mais l'aspect religieux prenait trop de place à mon goût ; et j'ai reproché à Yvain, héros du Chevalier au lion, de parfois préférer son honneur à sa dame... les valeurs chevaleresques peuvent être très belles mais je trouve que Perceval et Yvain sont plus vaillants que galants, et ça m'avait quand même un peu déçue... tandis que Lancelot est à mes yeux le chevalier parfait puisqu'il n'hésite pas à tout faire pour séduire celle qui fait battre son cœur (vous voyez que je peux être niaise, des fois), quitte à subir le blâme des autres chevaliers trop conventionnels !

La religion, et même la morale, m'ont semblé moins écrasantes que dans les deux autres contes que j'ai déjà lus ; les références à Dieu sont finalement assez rares. Les hyperboles propres au style moyen-âgeux, m'ont paru moins lourdes, peut-être parce qu'elles sont formulées de façon moins répétitive ? (ou alors c'est moi qui me suis habituée à ce style, je ne sais pas....) Et on peut deviner parfois une certaine distance entre l'auteur et son discours, les exploits de Lancelot sont parfois loués avec une telle emphase qu'on sent une touche d'ironie ! Ironie qui apparaît aussi sous d'autres formes, dans les paroles mêmes des personnages, qui ne sont pas si vertueux que ça.

J'ai adoré le personnage de Guenièvre, malgré son air impitoyable elle n'est pas si farouche que ça (mais elle est sadique quand même, ahah) (et un peu masochiste aussi, mais vous comprenez, un amour aussi absolu que le leur entraîne bien un peu de soumission, d'un côté comme de l'autre !). J'ai d'ailleurs été très surprise et amusée par la scène de la "nuit d'amour", je ne pensais pas du tout trouver une scène de ce genre chez Chrétien de Troie (bon, rien de porno non plus hein, qu'est-ce que vous allez imaginer... mais quand même) ! J'ai aussi été étonnée de constater que personne ne semble d'offusquer du caractère illégitime de l'amour entre Guenièvre et Lancelot, alors qu'elle est la femme du roi Arthur, rien que ça ! On a même droit à un quiproquo scabreux que j'ai trouvé plutôt drôle. De manière générale, j'ai aimé le rôle que tiennent les personnages féminins dans ce conte, elles agissent et ne sont pas simplement des "lots de récompense".

Les aventures que connaît Lancelot, même si elles ne sont pas très originales (on garde le schéma classique du roman de chevalerie), ne m'ont pas ennuyée, les scènes que j'ai le moins appréciées sont celles qui décrivent les combats, mais je les ai trouvés quand même relativement variées et inventives, on visualise facilement la scène. Ces scènes d'action, et le fait que le narrateur s'adresse assez régulièrement au lecteur/à son auditoire, animent le texte et j'imagine bien à quel point ces récits pouvaient avoir de succès au Moyen Âge !

Les notes de mon édition (pas trop longues, pas trop fréquentes, pertinentes... j'ai apprécié celles que j'ai lues !) m'ont permis de mieux comprendre le second degré du texte, on voit que chaque épreuve est significative, et  que le tout représente un vrai cheminement symbolique ; les analyses psychanalytiques proposées ne m'ont pas semblé dénuées d'intérêt (même si j'avoue que je ne les ai pas toutes lues jusqu'au bout, je n'avais pas envie de faire une lecture très poussée). J'ai trouvé la traduction satisfaisante (j'ai eu à traduire des textes d'ancien français à la fac et je peux vous assurer que ce n'est pas évident de trouver des formulations en français moderne qui restent fidèles au texte original sans être lourdes !), un peu plus archaïsante que ce mon prof nous recommandait mais rien qui choque vraiment à la lecture.

Extraits :
"Parler l'importune car il préfère s'enfoncer dans ses pensées. Amour ravive fréquemment la plaie qu'il  lui a faite. Jamais on n'y mit d'emplâtre pour la guérir et lui faire recouvrer la santé car le blessé n'a cure des remèdes et des médecins tant que sa plaie ne porte pas atteinte à sa vie ; on dirait au contraire qu'il recherche avec délectation à en souffrir..."

"Puisqu'il est mort, je suis bien lâche de rester encore en vie. Mais la vie ne doit-elle pas m'être moins insupportable si en lui survivant je tire tout mon bonheur des tourments que j'endure pour lui ? Si après sa mort, je trouve là ma consolation, alors, quel bonheur lui aurait causé, quand il était encore en vie, cette souffrance dans laquelle je me délecte ! Elle est bien lâche celle qui préfère mourir plutôt que de souffrir à cause de son ami. Certes il m'est doux de supporter le plus longtemps possible ma douleur : je préfère vivre et souffrir la rigueur du destin que de mourir pour trouver un repos éternel."

Mercredi 6 octobre 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/aunomdetouslesmiens.gifCHALLENGE ABC 2010, 17ème livre lu ♦
 
Quatrième de couverture : De la guerre, le petit Martin connaîtra tout : les privations, les humiliations, la peur durant le temps passé au ghetto de Varsovie, l'horreur absolue des camps nazis à Treblinka, la fureur de vivre quand il s'en échappera caché sous un camion, l'abattement et aussi le suprême courage quand il apprendra qu'il a perdu tous les siens...
Et puisqu'il faut bien vivre, il s'engagera ensuite dans l'Armée rouge, puis partira aux Etats-Unis... Enfin la paix reviendra. Martin reconstruit alors sa vie et rencontre le grand amour en la personne de Dina.
C'est dans le sud de la France, par une journée d'été éclatante, que le destin le blessera à nouveau - à mort - en décimant ceux qui lui sont le plus chers.
Ce récit de vie, extraordinairement dramatique, a fait le tour du monde. Traduit dans plus de vingt langues, adapté au cinéma par Robert Enrico (avec dans les rôles principaux Michael York et Brigitte Fossey), devenu ensuite un feuilleton, il continue à toucher des millions de lecteurs car son message de courage, mais aussi d'espérance, est universel.

Mon avis : Comme prévu étant donné le sujet, c'est un récit très fort, qui ne laisse pas indifférent. A plusieurs reprises j'ai posé le livre, par besoin de respirer et de me couper un peu des faits dont il est question - ayant lu Si c'est un homme et d'autres livres sur le sujet (je cite Si c'est un homme car c'est sans doute celui qui m'a le plus marqué, qui évoque ces horreurs de la façon la plus explicite, et parce que je l'ai lu plusieurs fois), visité le mémorial de la Shoah, effectué un voyage en Pologne il y a quelques années pour visiter le ghetto et le camp de concentration de Cracovie, ainsi qu'Auschwitz-Birkenau, je n'étais pas complètement ignare, mais certains faits m'ont tout de même beaucoup choquée, et je pense de toute façon que les descriptions de conditions de vie inhumaines telles qu'on les trouve dans ce livre ne sont pas le genre de choses auxquelles on peut s'habituer (et heureusement).

    Difficile donc de juger un tel livre... que peut-on juger, au juste ? La masse d'informations apportée ? Ce livre est tout à fait instructif sur bien des points, et il nous montre notamment à quoi ressemblait la vie dans le ghetto de Varsovie, je connaissais peu de choses sur ce sujet et j'ai appris des choses. On voit à quel point l'emprise des nazis était totale : par tous les moyens possibles ils cherchaient à parvenir à leurs fins, en employant la manière forte bien sûr, mais aussi en manipulant les esprits de telle sorte que les victimes, trompées, pouvaient elles-mêmes aller au-devant de ce qui allait être un piège mortel. Pour survivre à une telle machine de mort, la chance est primordiale (et elle est souvent évoquée), mais elle ne suffit pas, et il a fallu une bonne dose d'astuce et d'audace à Martin Gray : pour ne pas dépérir et laisser mourir de faim son entourage il a pris des risques énormes en faisant entrer régulièrement et clandestinement des vivres à l'intérieur du ghetto ; pour cela il met en place tout un système, qu'on peut même qualifier de véritable entreprise ! Les détails concernant cette période sont nombreux et m'ont passionnée. Tout au long du livre, son ingéniosité et sa ténacité m'ont laissée sans voix. Je pensais que les passages racontant sa vie après la guerre seraient beaucoup plus calmes (et beaucoup moins intéressants, en fait), mais ce n'est pas la cas : Martin continue à se battre comme un lion pour faire fortune aux Etats-Unis, son caractère reste le même et il compare souvent sa façon d'agir pour se faire une place dans la société et rester libre quoi qu'il arrive à ses actes de rébellion dans le ghetto.

   Le ton du narrateur m'a légèrement surprise, mais avant de vous expliquer pourquoi, je vais formuler mes interrogations  (qui n'ont pas trouvé de véritable réponse malgré les recherches que j'ai faites sur le net) à propos de la paternité de ce texte. (ça me tient à cœur mais ça risque de prendre un certain temps, accrochez-vous).
[ La couverture nous indique que l'auteur est Martin Gray ; la page de titre précise : "Au nom de tous les miens, récit recueilli par Max Gallo". La préface, signée Max Gallo, et que vous pouvez lire intégralement ici (c'est pas long, une page et demie), semble indiquer que c'est bien Max Gallo qui a rédigé cet ouvrage, à partir d'une série d'entretiens qu'il a eus avec Martin Gray...  et il semble même insister sur le fait qu'il s'est approprié le personnage : "Je n'ai retenu que l'essentiel ; j'ai recomposé, confronté, monté des décors, tenté de recréer une atmosphère. J'ai employé mes mots."
    Peut-être que j'interprète mal (dites-moi !), mais il me semble que dans cette phrase Max Gallo admet avoir "romancé" le récit original de Martin Gray, puisqu'il peut s'écarter de la réalité brute (tout en tâchant de rester fidèle à l'esprit que Martin Gray a voulu donner à son livre). J'ai essayé de garder cet avertissement en mémoire, mais bien sûr, emportée par le récit, je n'y ai plus pensé et j'ai en fait pris chaque évènement narré  pour la stricte vérité ; cette impression d'authenticité s'est trouvée renforcée par la toute dernière page, où on lit quelques paragraphes, signés Martin Gray, dans lesquels il écrit des choses comme "ces mots que j'ai écrits il y a quelques années déjà, voici qu'ils continuent à vivre grâce à vous, lecteur." "j'ai publié d'autres livres"... la préface et cette dernière page se contredisent, je ne sais plus trop qu'en penser : QUI a réellement écrit ce texte ? Si c'est effectivement Max Gallo qui en est l'auteur (ce que je suis portée à croire), pourquoi chercher à brouiller les pistes en attribuant ce rôle à Martin Gray ?

    Je ne me serais peut-être pas interrogée plus que cela si je n'avais pas appris qu'il y a une controverse au sujet de ce livre, et notamment au sujet des passages évoquant Treblinka ; plusieurs historiens pensent que toute cette partie du livre est romancée, ce qui est problématique car introduire de la fiction dans un tel récit tout en le faisant passer pour vrai ne fait que créer une confusion non souhaitable et apporte de l'eau au moulin des négationnistes. Pour tout ce qui concerne cette controverse, je vous renvoie à la discussion wikipedia où j'ai trouvé ces informations ; j'y ai lu que Martin Gray n'aurait pas lu le livre avant sa publication (!), pire, qu'il aurait nié l'importance de la véracité de tous les faits rapportés, cf cet extrait effrayant d'un article de l'historienne Gitta Sereny (en anglais, mais je pense que c'est facilement compréhensible) :

« Gray's For Those I loved was the work of Max Gallo the ghostwriter, who also produced Papillon. During the research for a Sunday Times inquiry into Gray's work, M. Gallo informed me coolly that he 'needed' a long chapter on Treblinka because the book required something strong for pulling in readers. When I myself told Gray, the 'author', that he had manifestly never been to, nor escaped from Treblinka, he finally asked, despairingly : ' But does it matter ? ' Wasn't the only thing that Treblinka did happen, that it should be written about, and that some Jews should be shown to have been heroic ?
It happened, and indeed many Jews were heroes. But untruth always matters, and not just because it is unnecessary to lie when so much terrible truth is available. Every falsification, every error, every slick re-write job is an advantage to the neo-Nazis.
"

J'aurais aimé que cette affaire soit éclaircie, mais ce n'est apparemment pas le cas, et je regrette qu'on ne puisse pas vraiment distinguer le vrai du faux. Les faits historiques sont assez graves pour qu'on n'ait pas besoin d'en rajouter, d'ajouter des détails fictifs ! Dans le cas d'un témoignage réel, (car c'est bien ainsi que le texte est présenté) je trouve que la véracité historique doit primer sur l'intérêt romanesque. Quoi qu'il en soit, je ne mets pas en doute la bonne foi de Martin Gray ; je pense plutôt qu'il a été manipulé (ou du moins que son histoire l'a été) par le peu scrupuleux Max Gallo (mais dans quelle mesure ? impossible de le savoir !). Dans tous les cas, je ne pense pas (connaissant d'autres documents traitant de cette époque et de ces faits) que le livre soit vraiment mensonger, tous les faits décrits sont très réalistes. Je pense donc que ce récit, malgré cette zone trouble regrettable, reste d'un certain intérêt documentaire.

Une marque de l'intervention de Max Gallo plus perceptible que les ajouts ou modifications de l'histoire qu'il a pu faire, à mon avis, réside dans le style, qui m'a un peu surprise, et parfois, légèrement dérangée. Alors que le narrateur de Si c'est un homme essayait de rester neutre, celui d'Au nom de tous les miens semble beaucoup plus personnellement engagé ; ce lyrisme, qui aurait été bien compréhensible si l'auteur avait été réellement Martin Gray, devient un procédé qui manque un peu de naturel quand on sait qu'il sort de la plume de Max Gallo. Le ton est souvent assez enflammé, on n'a pas l'impression de lire un récit rétrospectif, mais d'être directement aux côtés du personnage au moment des faits, et même, de lire ses pensées, puisqu'on le voit s'adresser à lui-même pour se donner du courage. On a souvent des énumérations, des répétitions ("j'ai vu..."), qui donnent un caractère solennel au texte, le narrateur semble parfois psalmodier une prière funèbre, on a pas mal de remerciements, et d'adieux. L'avantage d'un tel style, bien sûr, est de rendre le texte encore plus prenant, le lecteur, encore plus sensible, et peut-être faut-il voir cela seulement sous un jour positif, applaudir le talent de Max Gallo ; mais j'ai eu la sensation que l'auteur jouait volontairement avec les émotions de son lecteur, en rajoutant une couche de mélo plutôt superflue... vous l'avez donc compris, je fais ma chiante et je suis un chouïa déçue par la façon dont le biographe s'est approprié la voix de Martin Gray, et cette histoire de controverse surtout m'a chiffonnée ! ]

Malgré ces quelques bémols, j'ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture, le récit d'un tel courage force le respect et nous fait énormément relativiser nos petits problèmes ! C'est une lecture éprouvante, qui ne nous épargne pas ; et j'ai tout particulièrement apprécié les réflexions que se fait le héros vers la fin de la guerre, quand il est sorti d'affaire (ou presque) et que la situation s'inverse : capable de déceler la barbarie naissante dans tout homme, il cherche avant tout à rester humain, à ne pas se tromper d'ennemis, à ne pas devenir lui-même un bourreau. Il cherche à comprendre ce qui fait qu'un homme peut basculer et devenir "une bête à visage d'homme", quels sont nos penchants naturels les plus dangereux ; j'ai trouvé toute cette analyse très pertinente, à méditer : "L'égoïsme, l'indifférence, la lâcheté : les bourreaux avaient toujours les mêmes alliés, cette part sombre de l'homme qui peut le masquer tout entier et faire de lui une bête."

Extrait :
"C'est vrai, je suis devenu égoïste, c'est vrai je peux voir un mourant et passer près de lui sans m'arrêter. Parce que j'ai compris que pour le venger il me fait vivre, à tout prix. Et pour vivre il faut que j'apprenne à le regarder mourir. Mon égoïsme c'est ce qu'ils m'ont laissé comme arme, je m'en suis saisi, contre eux. Au nom de tous les miens."

Film : (fiche allociné) ma grand-mère l'a en VHS, je vais donc sans doute bientôt le voir. L'édition DVD comporte une vidéo bonus de 4 minutes intitulée "Au nom de tous les miens, la controverse", j'aurais bien aimé voir cette vidéo mais impossible de la trouver sur Internet -_-

Jeudi 7 octobre 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/premieramouroates.jpg(sous-titre : conte gothique)

Quatrième de couverture : Pour une raison qui demeure obscure à Josie, sa mère, Délia, a précipitamment abandonné le domicile conjugal et l'a emmenée vivre avec elle dans la maison de sa grand-mère, Esther Burkhardt. C'est là qu'elle fait la connaissance de Jared, un cousin nettement plus âgé qu'elle. Tout auréolé du prestige des études théologiques qu'il poursuit dans le cadre du séminaire presbytérien, sanglé dans d'impeccables chemises blanches amidonnées, distant et mystérieux, Jared exerce sur la fillette la plus grande fascination. Par un capiteux après-midi d'été, Josie le rencontre sur le bord de la rivière derrière la maison des Burkhardt...
Dès les premières pages de ce conte dont on ne sait s'il est immoral ou onirique, le lecteur est envoûté par l'étrange atmosphère de la maison Burkhardt, royaume des secrets familiaux que se chuchotent les adultes. Alors qu'elle cherche, entre terreur et amour, à se frayer un chemin vers elle-même, une fillette aborde à des rivages dangereux. Et ce livre inquiétant qui ne dit rien sur le sexe et tout sur les vertiges des phantasmes est sans doute l'un des plus érotiques qui soient.

Mon avis : un livre que j'ai eu envie de lire pour diverses raisons : 1) j'avais envie de découvrir cet auteur 2) j'allais à la bibli pour rendre des livres, pas pour en emprunter, alors en emprunter un aussi court (il fait 90 pages) me semblait être un compromis satisfaisant 3) la couverture m'attirait, de même que le titre sympathique, c'est aussi le titre d'un livre de Tourgueniev (pas lu) et de Gorki (pas lu non plus mais dans ma PAL) 4) la quatrième de couverture nous dit qu'il s'agit d'un livre "des plus érotiques qui soient", hinhin je veux voir ça !

Bon, ce n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais. Le résumé nous faisait bien deviner qu'il allait se passer des choses entre Josie et son cousin, mais je m'attendais à une vraie histoire d'amour, à un éveil des sens, à quelque chose de plutôt doux (bon c'est vrai, la quatrième de couverture parle d'un livre "inquiétant" et nous informe que le cousin est "nettement plus pagé", mais quand même)... et le problème c'est que Josie n'est pas une ado puisqu'elle n'a que... 11 ans :s !

On a donc affaire à une histoire plus perverse qu'érotique, plus horrible que simplement inquiétante... la petite Josie est quasiment livrée à elle-même (et donc à son ignoble cousin) : même si elle en sait plus sur le monde des adultes que ce qu'on veut bien lui en dire, elle ne semble pas avoir conscience du caractère complètement malsain de la relation qu'elle entretient avec son cousin. Sa mère, soit ne s'occupe pas d'elle, soit lui fait sans cesse comprendre que les questions qu'elle pose ne sont pas pertinentes - alors même que les interrogations de Josie n'ont rien d'absurde ! Mais cette mère, Délia est un bien étrange personnage, égoïste et contradictoire - je l'ai détestée - qui fait mine d'être blasée, niant l'importance des sentiments et du passé, elle finit invariablement par conclure que toutes choses ne sont que des mots, et qu'on peut donc ignorer... alors qu'en réalité elle mène une existence triviale sans rapport avec les réflexions creuses qu'elle inflige à sa fille, qui manque donc totalement de repères (je ne pense pas avoir un idéal d'éducation rigide - je n'ai jamais vraiment réfléchi à l'éducation que j'aimerais donner à mes potentiels futurs enfants, en fait), c'est n'importe quoi.

Délia est de toute façon à l'image de tous les adultes du livre : profondément hypocrite. Le pire bien sûr, c'est Jared, qui masque sa folie et ses penchants sexuels infâmes derrière une image bien sérieuse et proprette de futur ecclésiastique. Les sévices que Jared lui inflige sont ignorés de tous, et le calvaire de Josie  - qui n'est pas vraiment décrit comme tel puisqu'on a son point de vue à elle et qu'elle pense aimer son bourreau... amour monstrueux, et qui rend la situation encore pire aux yeux du lecteur, enfin c'est comme ça que je l'ai ressenti ! - ne connait pas de véritable dénouement (ni positif, ni négatif), et c'est dommage, la fin m'a un peu déçue.

L'atmosphère est bien décrite, j'ai eu l'impression en lisant ce conte de lire quelque chose de différent, d'inhabituel ; on a une sorte d'ambiance de jungle, le registre fantastique est présent, le cousin étant aussi vu comme un serpent, un faucon... le point de vue adopté est celui de Josie, mais il est rapporté de façon originale : tantôt on a un récit à la première personne du singulier (normal), tantôt, à la deuxième, qui fait penser aux discours que pourrait tenir le cousin : c'est comme une voix sombre qui lui dicte sa conduite, lui fait comprendre qu'elle n'a pas le choix... ce procédé nous permet de comprendre quelle est l'emprise que Jared a sur elle, puisque ses pensées deviennent les siennes, elle n'a aucun recul, aucune possibilité de résister.

Ce conte ne manque pas d'intérêt, j'ai envie de lire d'autres œuvres de cet auteur, mais j'aurais aimé qu'un rebondissement vienne balayer tout ça à la fin, c'est plus contemplatif qu'autre chose, malgré la brièveté du texte j'ai fait plusieurs pauses. Je retiens surtout cette impression de malaise que j'ai eue tout le long et qui ne s'est pas dissipée à la fin.... ce n'est pas vraiment ce que je recherchais aujourd'hui, mais je pense que c'est ce que voulait l'auteur, donc de ce point de vue là c'est une réussite ! J'ai peur que l'univers de ce conte,  avec le marais, les photographies des petites filles, les blessures physiques... me marque un peu trop, mais je pense qu'a posteriori je jugerai ce conte plus positivement que je ne le fais à présent ! ^^

Vendredi 8 octobre 2010

Eh oui, c'est aujourd'hui la veille du RAT !  :D

Depuis quelques semaines je note dans mon carnet les titres des livres de ma bibliothèque que je pourrais avoir envie de relire... car il est fort possible que ce marathon de lecture (qui durera 24 heures puisque j'ai choisi le grand format cette fois-ci :p) soit en grande partie constitué de relectures pour ma part : des livres courts, faciles à lire, et qu'a priori j'aime (bon justement pour certains la question est de savoir si je les aime toujours - c'est pour cela que j'ai ressorti un Marc Levy poussiéreux, pour voir ce que j'en pense aujourd'hui, et au moins je suis sûre que ça ne va pas me griller le ciboulot) ; j'ai assez régulièrement envie de relire des livres mais je ne le fais pas trop parce qu'il y a une méchante petite voix dans ma tête qui me chuchote que c'est une perte de temps, mais là comme je vais passer 24 heures livresques, je ne vais certainement pas m'en priver !

(autre gros avantage des relectures : pas besoin d'écrire un avis dessus pour le blog puisque la plupart du temps c'est déjà fait - parce que je me connais, je ne pourrai pas commencer un livre sans avoir écrit mon avis, ou au moins quelques notes, au sujet de ma lecture précédente, et ça risque de beaucoup me ralentir si je ne dois écrire les avis de tous les livres que je lirai pendant le RAT ! o_O)

Et hier, j'ai enfin choisi - et sorti de ma bibli pour ne pas peiner à les retrouver au moment voulu, parce que je n'ai toujours aucun principe de rangement dans mes bibliothèques, je suis donc obligée de me souvenir de l'emplacement de chaque livre, et ça devient de plus en plus coton croyez-moi - ceux qui auront l'honneur de m'occuper ce week-end (mais je ne m'interdis pas non plus de piocher dans ma bibli si j'ai vraiment envie d'un livre auquel je n'avais pas pensé hein), et je me suis donc concoctée une petite sélection de 30 livres ! (au moins j'aurai le choix huhu) (j'ai prévu 3 BDs mais il se peut aussi en cas de coup de mou que je me refasse tous les Mélusine, Titeuf et Petit Spirou qui sont chez moi)

Raaah vivement demain ! Un peu avant le départ du Read-A-Thon - qui est à 10 heures remember - je créerai un nouvel article qui me servira à donner des nouvelles de ma progression tout au long des 24 heures :)
Ladite sélection en image : (cliquez pour voir en plus grand)
(pile de gauche : relectures possibles, pile de droite : livres encore jamais lus)

http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/ratj1.jpg

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"La lecture, charmant oubli de vous-mêmes et de la vie." Rivarol

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