Lundi 5 septembre 2011

http://data-allocine.blogomaniac.fr/mdata/9/1/4/Z20060415232024140518419/img/1187737399_1182759672_frodon_a_fondcombe.jpg
Mes lectures depuis mon dernier article :

Eh bien... pas grand-chose, je le crains ! J'aurais aimé lire au moins 27 livres de ma PAL cet été mais ça a été très loin d'être le cas. C'est bien dommage étant donné que je risque d'être 100 fois plus occupée à partir de maintenant... mais me connaissant, c'est peut-être quand j'aurai moins le temps de lire que j'en aurai le plus envie, et peut-être que j'apprécierai d'autant plus mes lectures ? Avant de partir en vacances en Corse, j'ai commencé le K, de Dino Buzzati... que j'ai oublié d'emporter au camping, et j'ai donc commencé à relire là-bas le Seigneur des Anneaux. J'ai fini la Communauté de l'Anneau (meilleur que la première fois, je pense de toute façon que je vous en reparlerai quand j'aurai fini la trilogie), et je suis au milieu des Deux Tours... que j'ai oublié d'emporter dans mon studio en région parisienne avant-hier -_-... du coup, en attendant de le récupérer j'ai recommencé la lecture du K, et vraiment ce recueil me plaît !!!

La rentrée littéraire :
Je m'en fous un peu normalement et d'ailleurs je n'en ai jamais parlé ici les années précédentes (je ne méprise absolument pas la littérature contemporaine, mais je trouve qu'il est difficile de s'y retrouver au milieu de tant de titres et surtout, comme j'ai déjà une "liste d'attente" conséquente pour mes lectures, il n'est jamais pressé à mes yeux que je lise tel ou tel ouvrage récemment sorti !), mais commençant une formation en métiers du livre, avec des cours liés aux bibliothèques mais aussi à l'édition et à la librairie, il serait bon que je me tienne un peu plus au courant de ce qui se passe !

Pour la première fois depuis 3 ans, je n'ai pas acheté le dernier-né d'Amélie Nothomb, Tuer le père car j'avais été déçue par son précédent une forme de vie, et je n'ai été séduite ni par la quatrième de couverture (« Allez savoir ce qui se passe dans la tête d’un joueur », cette simple phrase me fait penser à la Musique du hasard de Paul Auster ou à Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig, voire au Joueur d'échecs du même auteur, et sans vouloir être méchante, sur le thème du jeu je doute que notre chère Amélie fasse mieux qu'eux) ni par la première page ; je l'achèterai quand il sortira en poche, ou bien je le trouverai en bibliothèque !

Mais j'ai noté quelques titres de la rentrée qui pourraient me plaire, en vrac :
- Clèves, de Marie Darrieussecq : a l'air un peu crado (l'éveil à la sexualité d'une ado des années 80, avec pensées intimes pleines de mots crus) mais ça ne me fait pas vraiment peur, et surtout j'aime cet auteur d'habitude donc ça m'intrigue...
- Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine de Vigan : parce que c'est l'auteur de No et moi et Jours sans faim, ce livre-ci (à propos du suicide de sa mère) me semble intéressant... à condition qu'il ne soit pas trop larmoyant, mais j'ai plutôt confiance.
- La femme et l'ours, de Philippe Jaenada : j'ai déjà oublié le pitch mais si je l'ai noté dans mon carnet c'est qu'il avait l'air bien ! Et j'ai adoré le Cosmonaute du même auteur.
- Sunset Park, de Paul Auster : mon amour pour Paul Auster sert d'explication !
- Héritage, de Nicholas (et non William ^^) Shakeaspeare : parce que j'en ai entendu du bien deux fois en cinq minutes aujourd'hui et le pitch me botte assez !

Pour un cours, je vais devoir choisir un livre de la rentrée littéraire, le lire, le "vendre" à l'oral devant mes petits camarades, suivre son devenir médiatique et enfin faire une synthèse écrite pour voir l'influence des critiques sur le chiffre de vente. Cela risque d'être passionnant si je trouve le livre qui me donne envie de me décarcasser pour lui ! :p (si un livre de la rentrée littéraire vous a plu, parlez-m'en !!!)

Et enfin, j'ai lu cette semaine une nouvelle inédite de Bernard Werber parue dans le Muze de cet été, si j'ai le temps je vous en parlerai peut-être plus tard !

Mercredi 21 septembre 2011

http://www.leseditionsdeminuit.com/images/3/270731952X.jpgComme avec En attendant Godot il y a quelques années, me reste une impression d'être un peu passée à côté. Ce qui m'ennuie pas mal. A la fac, quelqu'un (z'étaient plusieurs d'ailleurs si mes souvenirs sont bons) avait fait un exposé sur Molloy, exposé ensuite repris par le prof qui l'avait élargi en nous parlant de toute l’œuvre de Beckett, on l'avait donc "étudié" sans le lire et ça m'avait plu, je m'étais dit "Tiens, Beckett, il faudra que je retente". Et hop, j'ai Mercier et Camier à lire pour les cours, ça tombe bien !

Mais une fois que je me suis lancée dans cette lecture, mon enthousiasme est retombé, zut.

Au début j'aimais bien pourtant, la maladresse des personnages qui les fait tourner en rond, leur pessimisme... ils sont exaspérants à souhait et c'est ça qui est bon, leurs défauts vont tellement loin - ils repoussent sans cesse leur départ pour des raisons idiotes mais qu'ils prennent très au sérieux en les examinant au cours de nombreux débats stériles -, et puis ces digressions "inutiles" (inutiles si on considère qu'on souhaite avoir une intrigue traditionnelle, ce qui n'est pas le cas ici) qui se contredisent et saupoudrent le tout d'humour absurde, cette vulgarité ici et là à laquelle on ne s'attend pas et qui laisse perplexe....

Je sens qu'il y a de la matière mais je ne sais pas quoi en faire. Dommage, mon côté snob serait ravi si j'arrivais un jour à apprécier pleinement Beckett, ahah ! Si on examine ma lecture, on pourrait dire en résumé qu'il y a les passages qui m'ont plu, et ceux où j'ai été plus ou moins perdue, qui ont fini par m'ennuyer à force d'être trop nombreux (ah oui, Mercier et Camier n'est absolument pas le livre adapté à des trajets en bus et train de 10 minutes, car dès que je reprenais ma lecture je devais revenir en arrière pour raccrocher les wagons, difficile souvent de retrouver le fil ténu et entortillé de leur "histoire".... comme souvent, les circonstances de ma lecture ont dû l'affecter.)

Mon extrait préféré, p. 34 :
"Assis au comptoir ils devisèrent de choses et d'autres, à bâtons rompus, suivant leur habitude. Ils parlaient, se taisaient, s'écoutaient, ne s'écoutaient plus, chacun à son gré, et suivant son rythme à soi. Il y avait des moments, des minutes entières, où Camier n'avait pas la force de porter son verre à sa bouche. Quant à Mercier, il était sujet à la même défaillance. Alors le plus fort donnait à boire au plus faible, en lui insérant entre les lèvres le bord de son verre. Des masses ténébreuses et comme en peluche se pressaient autour d'eux, de plus en plus serrées à mesure que l'heure avançait. Il ressortait néanmoins de cet entretien, entre autres choses, ce qui suit.
1. Il serait inutile, et même téméraire, d'aller plus loin, pour l'instant.
2. Ils n'avaient qu'à demander à Hélène de les loger pour la nuit.
3. Rien ne les empêcherait de se mettre en route le lendemain, à la première heure, et par n'importe quel temps.
4. Ils n'avaient pas de reproches à s'adresser.
5. Ce qu'ils cherchaient existait-il ?
6. Que cherchaient-ils ?
7. Rien ne pressait.
8. Tous leurs jugements relatifs à cette expédition étaient à revoir, à tête reposée.
9. Une seule chose comptait : partir.
10. Et puis merde."


Le cours de litté de la semaine prochaine qui portera sur ce livre est censé éclairer ma lanterne (j'avais écrit éclaircir, n'importe quoi !), nous verrons bien, peut-être vais-je avoir une illumination beckettienne qui va me faire revoir entièrement mon avis sur Mercier et Camier ??? (mais j'en doute, pas vraiment à cause de Beckett mais plutôt à cause du cours qui n'a hélas pas su me séduire jusqu'ici....)

Et la quatrième de couv' :
Mercier et Camier nous invitent au voyage. La contrée qu'ils vont parcourir, une île jamais nommée, est parfaitement reconnaissable. C'est l'Irlande, merveilleusement décrite ici, avec ses landes de bruyères, les jetées de ses ports lancées vers le large pour enlacer la mer, ses sentiers parmi les tourbières, les écluses du canal de Dublin, tout un paysage si cher à Samuel Beckett et si souvent présent en filigrane dans toute son œuvre.
Le but du voyage de Mercier et Camier n'est guère précis. Il s'agit " d'aller de l'avant ". Ils sont en quête d'un ailleurs qui, par nature même, s'abolit dès qu'il est atteint. Leurs préparatifs ont été extrêmement minutieux, mais rien ne se passe tout à fait comme prévu. Il faut d'abord parvenir à partir ce qui n'est pas une mince affaire. Il faudra ensuite rebrousser chemin pour moins mal se remettre en route derechef. Il pleuvra énormément tout au long du voyage. Ils n'ont qu'un seul imperméable à se partager et, après maints efforts, leur parapluie refusera définitivement de s'ouvrir. Leur unique bicyclette va bientôt être réduite à peu de chose : on a volé les deux roues. Cependant, mille embûches ne peuvent les faire renoncer à quitter la ville. Mercier et Camier vont nous entraîner par monts et par vaux, et d'auberges en troquets où le whisky redonne courage. C'est qu'il faut du courage pour affronter leurs rencontres souvent périlleuses avec des personnages extravagants, cocasses ou inquiétants, voire hostiles, au point qu'un meurtre sera commis. De quiproquos en malentendus, de querelles en réconciliations, ainsi va le constant dialogue entre Mercier et Camier qui devisent et divaguent chemin faisant.
Mercier et Camier sont unis dans l'épreuve et, si différents que soient leurs caractères, ils semblent à jamais indissociables. Cette solidarité survivra-t-elle aux péripéties du voyage ? Où vont-ils aboutir et peuvent-ils demeurer inchangés au terme d'une pérégrination si mouvementée ?

 
(Je ne renonce pas, j'aimerais aimer Beckett un jour, je reste persuadée qu'il y a chez cet auteur quelque chose qui a envie de me parler, mais ce n'est tout simplement pas avec ce livre-ci que le vrai déclic se fera, pas encore en tout cas...)

Jeudi 22 septembre 2011

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lautrefille.jpgSamedi dernier, je suis enfin allée m'inscrire dans la petite bibliothèque de ma nouvelle ville. J'y allais surtout pour visiter, ayant déjà des livres à lire je n'avais pas prévu d'en emprunter tout de suite mais la bibliothécaire m'a dit "Vous pouvez aller choisir vos livres pendant qu'on termine l'inscription",  je n'ai pas pu résister ; j'ai donc emprunté l'album Sleeping with Ghosts de Placebo, le DVD Taxi Driver, et deux romans : Seul dans le noir, de Paul Auster, et le livre dont je m'apprête à vous parler, que j'ai emprunté un peu au hasard, parce qu'il était sur le présentoir et parce que sa brièveté - 77 pages - m'a donné bonne conscience. J'ai déjà lu Journal du dehors d'Annie Ernaux, j'étais curieuse de lire autre chose d'elle... et la simplicité du titre (et de la couverture) m'ont également attirée.

Quatrième de couverture (extrait) :

«Car il a bien fallu que je me débrouille avec cette mystérieuse incohérence : toi la bonne fille, la petite sainte, tu n'as pas été sauvée, moi le démon j'étais vivante. Plus que vivante, miraculée. Il fallait donc que je vienne au monde et que je sois sauvée.»

Pas besoin de résumé annexe (cela dit si vous en voulez un, hop), il me semble que l'extrait de quatrième de couverture est assez transparent (Matilda, toi qui as lu assez de livres évoquant le thème de la famille et de la mort ces derniers temps, je ne te conseille peut-être pas de lire ce livre immédiatement...) ! Pas de suspense dans ce livre, pas d'action à proprement parler, mais vous me connaissez bien maintenant, vous savez qu'il ne s'agit pas forcément d'ingrédients essentiels à mes yeux ;)

Au moment d'écrire cet article, je reprends le livre en main et découvre la toute première page (juste avant la page de titre), que je n'avais pas lue, elle présente la collection dans laquelle cette œuvre est publiée, ce qui n'est pas du tout indifférent comme vous allez le voir :
 
   "Quand tout a été dit dans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa Lettre au père, Kafka aurait préféré la ranger dans un tiroir.
   Ecrire une lettre, une seule, c'est s'offrir le point final, s'affranchir d'une vieille histoire.
   La collection "Les Affranchis" fait donc cette demande à ses auteurs : "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite."

.... ce texte, que je range ici dans la catégorie "Romans contemporains" est donc en réalité une lettre autobiographique, ce que je n'avais compris que vers la fin. Ça commence par la description d'une photo d'un bébé qui n'est autre que la sœur de l'auteur, et de fil en aiguille, cette lettre recouvre (à peu près) tout ce qu'Annie Ernaux peut nous dire au sujet de cette sœur morte avant sa naissance, dont elle sait si peu de choses et qui a pourtant énormément marqué sa vie - en creux.

Quel rapport entretient-elle avec cette absente que ses parents lui ont toujours cachée ? Comment a-t-elle appris son existence, comment a-t-elle géré cette nouvelle, comment comprend-elle aujourd'hui les causes d'un tel mystère autour de ce personnage qui aurait dû être si proche d'elle ? Annie Ernaux ne cherche pas à généraliser, elle parle bien de son histoire à elle, et uniquement cela, mais avec une clarté et une finesse qui font que le lecteur s'intéresse à tout cela sans se sentir intrus, plus le récit avance et plus on sent à quel point cet évènement tragique et la dimension de secret qui a tourné autour ont eu de l'importance pour elle.

Ne pas lire ce court texte d'une traite (j'ai en lu les trois quarts dans une laverie) m'a permis de m'en imprégner, j'ai songé à cette petite fille morte en attendant mon train et cela m'a glacée, j'ai eu un moment d'extrême tristesse face à l'injustice et à l'horreur de la chose, comme si tout cela m'avait réellement concernée. Je n'ai pas de petite soeur morte, mais je me suis sentie solidaire d'Annie Ernaux, et son histoire peut faire écho à nos propres ténèbres : d'autres morts, d'autres secrets de famille, et de manière plus large, toutes ces choses difficiles qu'on subit sans pouvoir les contrôler, choses terribles mais avec lesquelles on doit apprendre à vivre tant bien que mal, jusqu'à ce que ces choses s'intègrent à notre identité profonde ; et ainsi, Annie Ernaux rattache ce drame à sa vocation d'écrivain.

En empruntant ce livre, j'avais peur de me retrouver face à ce que j'appelle toujours "un récit larmoyant". Cela n'a rien de drôle, et j'ai été très touchée à un moment donné, mais l'auteur a la sagesse de ne pas jouer avec le pathos qui suinte des faits. Elle semble au contraire très neutre ; cette apparente froideur m'a un peu bloquée au début, mais on la comprend rapidement, c'est la seule manière dont Annie Ernaux arrive à parler de cette sœur qu'elle ne peut pas pas pleurer spontanément, puisqu'elle n'a pas connu directement la douleur de sa perte. Au fur et à mesure que la lettre se déploie, j'ai eu le sentiment d'un rapprochement effectif, d'une sorte de "réconciliation" entre cette sœur inaccessible et l'auteur : alors qu'au commencement elle semble irrémédiablement coupée d'elle, elle finit dans les dernières pages par s'adresser à elle de manière plus systématique, et c'est alors seulement que j'ai compris ce texte comme une lettre... les mots ont finalement rendu un peu plus présente la sœur disparue, et en fermant l'ouvrage je me suis sentie soulagée. J'espère que l'auteur a ressenti un apaisement similaire (cela serait la moindre des choses, et je suppose que c'était le but.)

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"La vraie lecture commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et se fuir, mais pour se trouver." Jean Guéhenno

Un livre au hasard

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