Mercredi 5 mai 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lebavard.jpgRésumé  (trouvé ici) : Le narrateur veut confesser son mal au lecteur : il est un bavard. Il évoque donc les circonstances de sa première "crise" violente de bavardage. Un soir dans un bar, il est fasciné par une femme belle et impassible. Il danse avec elle, et, après une altercation avec l'amant de cette femme, un rouquin agressif, il réussi à offrir à celle-ci un verre.

Quatrième de couverture : (que je trouve très compliquée et qui ne donne pas forcément envie de lire le livre !)

Publié en 1946, remanié lors d'une nouvelle édition en 1963, Le Bavard, pure contamination des mots les uns avec les autres, étend cette contagion avec une rage qui offre peu d'exemples à l'ensemble des protagonistes du drame, gagne à sa cause délétère les figures mêmes de l'auteur et du lecteur, provoquant de la sorte un rare et extraordinaire malaise. Il ramasse de la façon la plus éprouvante et la plus sarcastique la destruction, le saccage, le désir de silence autant que l'envie de perdre et de mourir. Il rappelle à la mémoire les interminables et prodigieux jeux vains, obligatoirement perdants, du désaveu, auxquels la langue dans laquelle il s'enferme oblige parfois, en le terrorisant, un enfant qui fait vœu de se taire. Enfin il révèle un désir plus général et plus obscur : désir d'une médiation pour elle-même, dénuée de toute fin.

Véhicule qui ne véhicule plus rien, que rien ne subordonne que lui-même, qui se consomme totalement en soi autant qu'il consume avec intensité les forces qui le sous-tendent. Telle une offrande. Le caractère exemplaire, presque " catégorique ", qu'un tel écrit présente est renforcé par la violence, qu'on peut dire désastreuse, qui le porte. Au sein de ce récit qui reproduit et détruit en effet intensément des textes célèbres de H. von Kleist et de F. Dostoïevski, c'est la langue même qui se résout en retournant ses armes contre elle-même, qui se porte en avant et s'expose dans le dessein insensé de perdre définitivement la bataille. Qui s'escrime à défaire, à détruire les fonctions dont les sociétés et les cultures la prétendent porteuses. Défi et carnage.

Mon avis : un livre à lire pour la fac, dans le cadre d'un cours sur le roman réflexif de la seconde moitié du XXème siècle. Dans ce livre le narrateur dit vouloir nous expliquer "sa crise de bavardage" et nous raconte tout cela de façon... très bavarde. Il se passe en vérité assez peu de choses, et par divers moyens le narrateur retarde toujours son récit, et surtout à l'aide de ce qu'il appelle lui-même des "digressions oiseuses" ; la brièveté de ce livre (155 pages) m'a permis de le lire d'une traite, et je me suis retrouvée prise dans ce flot de paroles ; le narrateur ne cesse de préciser à l'infini les circonstances de ce dont il parle, revient sans arrêt sur la situation d'énonciation, s'adresse beaucoup au lecteur (surtout dans la dernière partie), réfutant les remarques qu'il pourrait faire, faisant à la fois les questions et les réponses. Comme il ne cesse des rajouter des éléments, les phrases ont tendance à être longues et emberlificotées, la syntaxe n'est pas des plus simples, c'est donc une lecture qui demande une certaine concentration afin de ne pas perdre le fil...

A cause de la complexité du style, je pense que certaines personnes pourront trouver cette lecture pénible voire même carrément indigeste, mais à partir du moment où on est averti du ton du narrateur (et je l'étais puisque j'ai préalablement assisté à un exposé sur ce livre), si on se sent prêt à user de patience et de bienveillance envers ce narrateur étonnant, alors on a une chance d'être emportée et amusée par tout cela comme je l'ai été. J'ai trouvé sympathique ce narrateur pas toujours tendre envers son lecteur, mais qui surtout joue avec lui avec humour ; le voir déchiré entre son désir de parler et son désir de se taire, et finalement souffrir d'une profonde solitude qu'il essaie de vaincre comme il peut, m'a touchée. Je suis sortie de cette lecture un peu étourdie, en pensant en souriant qu'il y a donc "pire que ma mère" (je m'amuse souvent à lui reprocher de nous saouler de paroles).

Je dirais donc que pour bien apprécier cette lecture (qui reste tout de même rapide), il faut avoir du temps, être de bonne volonté, et dès lors qu'on se place dans ces conditions de lectures favorables, on peut vivre une expérience de lecture assez intense et intéressante ! =)

Quelques extraits qui m'ont plu et qui vous donneront une idée du style dense de ce récit :

"C'est dans le sentiment de ma différence que j'ai trouvé mes principaux sujets d'exaltation."

"Je resterais à l'écart, insoucieux des plaisanteries qu'on ferait sur le fait que je n'ouvrais jamais la bouche ; c'était agréable de penser que je pourrais me livrer en toute quiétude au plaisir de contempler quelque chose de vivant sans être sollicité à y prendre part ; tout ce que je désirais maintenant, c'était rester dans un coin, environné de fumée, de musique et de rires et cependant solitaire, à observer avidement et lucidement un spectacle plein de vie auquel il me plaisait d'être le seul à ne pas participer d'une manière active."

"Et un lecteur, j'insiste, ça veut dire quelqu'un qui lit, non pas nécessairement quelqu'un qui juge. Au reste, je n'interdis pas qu'on me juge, mais si le lecteur brûle d'impatience, s'il se dessèche d'ennui, je le prie de n'en rien laisser paraître, je tiens à lui signifier une bonne fois pour toutes que je n'ai que faire de ses bâillements, de ses soupirs, de ses vociférations à voix basse, des ses coups de talon sur le parquet, est-ce ma faute si j'ai un faible pour les gens polis ? Et notez que je ne vous demande pas de me lire vraiment, mais de m'entretenir dans cette illusion que je suis lu : vous saisissez la nuance ?"

"(...) éprouvant subitement une répugnance insurmontable pour la vie en société avec son cortège d'intrigues, de méprisables agitations et de paroles creuses, toute cette chaleur d'étuve qui émanait d'une promiscuité que les sinistres obligations de la vie m'imposaient, je n'aspirais qu'à m'en dégager pour goûter aux bienfaits de l'air pur et du silence, mais je n'avais pas plutôt obéi à ce désir qu'effrayé à la perspective de me trouver désormais privé de tout contact humain et cette peur suffisant à justifier à mes yeux l'abandon d'une position que je persiste pourtant à tenir pour la meilleure, je courais me souiller avec délice au contact du monde, véritable cloaque d'où bientôt, faute de ne pouvoir raisonnablement me fixer et sûr une fois de plus que ma vie était inassociable à celle des autres, je sortais précipitamment en m'ébrouant pour me réfugier de nouveau dans le lieu inviolable auquel j'avais rêvé, et ainsi de suite."

"A mesure que j'avançais dans la vie, mon indifférence allait s'accroissant, rien ne me semblait valoir la peine d'aucun effort, et il en résultait que mon avidité n'était plus dirigée comme autrefois vers des idées de revanche ou de conquête : elle aspirait au contraire à ce qui saurait m'en délivrer. C'est qu'aujourd'hui le fracas des combats me répugne et me lasse, et j'en veux à mort à qui m'arrache de force à mon indifférence. Ne rien entreprendre, veiller, attendre, veiller..."

Samedi 15 mai 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/woulesouvenirdenfance.jpgQuatrième de couverture : Il y a dans ce livre deux textes simplement alternés ; il pourrait presque sembler qu'ils n'ont rien en commun, mais ils sont pourtant inextricablement enchevêtrés, comme si aucun d'eux ne pouvait exister seul, somme si de leur rencontre seule, de cette lumière lointaine qu'ils jettent l'un sur l'autre, pouvait se révéler ce qui n'est jamais tout à fait dit dans l'un, jamais tout à fait dit dans l'autre, mais seulement dans leur fragile intersection.

L'un de ces textes appartient tout entier à l'imaginaire : c'est un roman d'aventures, la reconstitution, arbitraire mais minutieuse, d'un fantasme enfantin évoquant une cité régie par l'idéal olympique. L'autre texte est une autobiographie : le récit fragmentaire d'une vie d'enfant pendant la guerre, un récit pauvre d'exploits et de souvenirs, fait de bribes éparses, d'absences, d'oublis, de doutes, d'hypothèses, d'anecdotes maigres. Le récit d'aventures, à côté, a quelque chose de grandiose, ou peut-être de suspect. Car il commence par raconter une histoire et, d'un seul coup, se lance dans une autre : dans cette rupture, cette cassure qui suspend le récit autour d'on ne sait quelle attente, se trouve le lieu initial d'où est sorti ce livre, ces points de suspension auxquels se sont accrochés les fils rompus de l'enfance et la trame de l'écriture.
 
G.P.

Mon avis : un autre livre pour les cours (sur le roman réflexif encore), et que j'avais également prévu de lire depuis longtemps. J'étais enthousiaste à l'idée de lire ce livre, parce que j'aime énormément l'auteur pour son livre Un homme qui dort qui reste un de mes livres de chevet. Il s'agit en partie d'une autobiographie (pour la période de l'enfance uniquement), ou plutôt d'une quête du passé, que l'auteur nous retranscrit de façon progressive, en réfléchissant à son travail d'autobiographe, puisqu'il écrit au début de façon étonnante : "Je n'ai pas de souvenirs d'enfance."... l'enjeu du livre va donc être en partie de comprendre les raisons de cette absence (relative) de souvenirs. Le début de la partie autobiographique m'a beaucoup plu, mais j'ai été un peu déçue par la suite : quand Perec entre dans le vif du sujet et nous narre des anecdotes précises sur son enfance, je me suis demandée parfois où il voulait en venir, pourquoi il s'attardait sur tel passage, même si on voit que certains motifs sont liés à l'absence de ses parents (le motif de la blessure par exemple), et qu'ils n'ont en fait rien d'anodins, à la lecture le fait qu'il s'appesantisse sur certains détails ne m'a pas passionnée, même si ces passages sont significatifs.

Je pensais être moins intéressée par les passages qui décrivent la vie à W, la structure de cette société "idéale" où le Sport est roi, mais contrairement à ce à quoi je m'attendais (certains de mes camarades m'avaient dit s'être ennuyés en lisant certains de ces passages), cette partie du livre m'a entièrement plu, je l'ai préférée à la partie où l'auteur raconte ses souvenirs... il faut dire aussi que je connaissais d'avance le fin mot de l'histoire, je savais quel était l'élément qui permettait de se faire rejoindre les deux parties, l'autobiographique et la fictive : la révélation finale qui relie les deux n'a donc pas été une surprise pour moi car on me l'avait lue avant que je ne commence le livre (et j'ai eu envie de pleurer à ce moment-là, et c'est rare qu'un texte si court me fasse tant d'effet, surtout lu à voix haute - j'ai du mal avec les textes lus à voix haute, en général je préfère lire par moi-même)... en lisant les passages qui parlaient de W, je cherchais donc à voir quels étaient les indices qui permettaient de deviner la clé de lecture, et cet exercice m'a glacée et émue.

Je dois aussi préciser pour finir que je ne suis pas non plus dans une bonne période livresque, après être restée un bon moment sans lire ou presque (par rapport à des périodes où j'ai lu beaucoup plus) je me réhabitue doucement, et j'ai lu ce livre d'une façon fragmentaire qui je pense, a beaucoup nui à ma lecture ; j'aimerais le relire plus tard dans une meilleure période.

Lundi 17 mai 2010

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/1/4/6/9782264043641.jpgQuatrième de couverture : Lucy Honeychurch n'aurait jamais pu partir à la découverte de l'Italie comme toute jeune Anglaise de bonne famille sans la surveillance d'un chaperon zélé, sa cousine Charlotte. A leur arrivée à Florence, les deux voyageuses constatent avec dépit que la chambre qui leur a été réservée n'a pas de vue sur l'Arno. En violation de toutes les convenances, deux inconnus, M. Emerson et son fils George, leur proposent de leur échanger la leur qui, elle, donne sur le fleuve. L'attitude cavalière de George envers Lucy et le peu de résistance qu'elle lui oppose poussent Charlotte à décider d'abréger leur séjour. Mais le hasard va à nouveau réunir les Emerson et les Honeychurch, en Angleterre cette fois...

Un roman délicieux sur l'éveil des sentiments et le poids des conventions sociales par un des maîtres de la littérature anglaise.

Mon avis : il  a quelques années j'ai vu et aimé le film Chambre avec vue (réalisé par James Ivory et avec Helena Bonham Carter dans le rôle de Lucy) qui est une adaptation fidèle de ce livre (si mes souvenirs sont bons), j'ai retrouvé la même ambiance agréable que dans le film, un petit peu à la Jane Austen... Edward Morgan Forster est décrit comme un "remarquable styliste", et même si je ne suis pas aussi enthousiaste que la personne qui a écrit cela dans la biographie de l'auteur dans mon édition, il est vrai que le style est assez particulier : on trouve de nombreux brefs passages de monologues intérieurs habilement intégrés au récit afin de le rendre plus subjectif, plus vivant (les dialogues sont aussi plus nombreux que ce à quoi je m'attendais), et le narrateur reprend souvent des expressions propres à un personnage, ce qui a un effet comique et innattendu, le narrateur parvient à railler ses personnages avec subtilité, tout en restant proches d'eux. Tout ce qui concerne les liens ambigüs entre le désir de sincérité de Lucy, et la nécessité qu'elle a d'être "convenable", l'importance que les personnages accordent à leur réputation, m'a beaucoup intéressée, E.M. Forster réussit à nous décrire ce monde parfois un peu coincé sans lourdeur.

Lucy est charmante dans le rôle de la jeune fille hésitante, elle ne sait si elle doit faire primer l'obéissance aux règles de la société inculquées par sa famille, ou bien céder à ses désirs d'indépendance (qui la rapprochent quasiment d'un personnage féministe), ou encore à ses sentiments amoureux naissants et qu'elle peine à comprendre. Elle n'est ni trop héroïque, ni trop niaise (même si la fin est un poil trop sentimentale et facile à mon goût), on ne tombe pas dans la caricature. J'aurais bien aimé qu'on ait une analyse psychologique des personnages plus poussée, mais l'auteur ne s'est pas appesanti sur cet aspect ; on connaît certes assez bien les pensées de Lucy (et le personnage de Charlotte Bartlett, sa cousine, est aussi bien cerné par l'auteur !), mais j'aurais aimé connaître de façon plus intime le personnage de George, qui reste un peu trop secondaire, dommage. Quelques incohérences liées à la traduction et des coquilles un peu trop nombreuses dans mon édition m'ont un peu fait tiquer, mais je garderai un bon souvenir de ce roman, même si je pense que je préfère le film, sans doute pour le charme d'Helena Bonham Carter, et parce que j'espérais que le livre nous laisserait voir un peu plus l'intériorité des personnages... j'aurais aussi aimé qu'on ait plus de descriptions de Florence (je chipote ! ^^), mais le film comble cette petite lacune.

Extrait :
"- En ce qui concerne le vieux Mr. Emerson, je ne sais pas. Non, il n'a aucun tact. Toutefois, n'avez-vous jamais remarqué que certaines personnes font des choses dénuées de délicatesse et pourtant... belles ?
- Belles ? fit Miss Bartlett perplexe. La beauté ne se confond-elle pas avec la délicatesse ?
- On le croirait volontiers, dit l'autre, perdue. Mais tout est si compliqué, me semble-t-il parfois."

Mardi 18 mai 2010

http://www.decitre.fr/gi/22/9782253060222FS.gifQuatrième de couverture : Scandale dans une pension de famille " comme il faut ", sur la Côte d'Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d'un des clients, s'est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n'avait passé là qu'une journée...
Seul le narrateur tente de comprendre cette " créature sans moralité ", avec l'aide inattendue d'une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle.
Ce récit d'une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Mon avis : une nouvelle que j'ai adoré, et que je décide de placer au même niveau dans mon coeur que Lettre d'une inconnue ; comme l'héroïne de Lettre d'une inconnue, l'héroïne de cette nouvelle est une femme discrète, effacée, qui va pourtant devenir une femme exaltée par la passion dans des circonstances particulières ; sa vie est bouleversée en un clin d'oeil, et elle est alors prête à tout sacrifier par amour ; si cette passion était pleinement réciproque, cela donnerait sans doute une romance absolue, mais quasiment banale, en tout cas, peu intéressante ; mais ce qui caractérise les héroïnes de Zweig et les rend si touchantes, c'est leur complet désintéressement. J'ignorais totalement le sujet de cette nouvelle avant de la lire, et malgré la rapidité de ma lecture (cette nouvelle fait 127 pages, j'ai en fait plutôt tendance à la considérer comme un court roman, les anglais diraient probablement novella ?), j'ai été surprise plusieurs fois ; j'ai été complètement happée par cette histoire...

Et ce qui fait tout à mes yeux, encore plus que le personnage et l'intrigue qui sont déjà excellents, c'est le style, le style unique de Zweig qui m'éblouit à chaque fois que j'ai l'occasion de le lire et qui m'oblige à placer Zweig parmi mes auteurs favoris : Zweig nous fait voir d'une façon à la fois claire, précise, fluide et belle des choses auxquelles je ne prêterais pas attention toute seule ; en lisant cette histoire c'est comme si nous avions nous-même un coup de foudre, car l'héroïne nous montre d'une manière tout à fait transparente sa passion, on sent à quel point elle est touchée par la sensibilité exacerbée de cet homme, sensibilité qui semble la (et nous ?) contaminer aussi. Le plus beau passage est certainement celui de la rencontre : l'héroïne ne voit d'abord que les mains du jeune homme, et cette seule vision l'occupe un bon moment tant elle voit de choses à travers ces simples mains ; et loin de m'ennuyer j'ai observé, et admiré avec elle l'exceptionnelle expressivité de ces mains qui nous sont décrites... un passage trop long pour que je le recopie ici, et puis mieux vaut que vous lisiez la nouvelle dans son ensemble, c'est un délice :p (et puis, ça n'a aucune importance pour vous mais j'ai lu la moitié de cette nouvelle allongée dans l'herbe au soleil, près du lac sur le campus, et c'était très agréable :))

Extrait : "Vieillir n'est, au fond, pas autre chose que n'avoir plus peur de son passé."


[+ Rien à voir mais : article Théâtre en liberté mis à jour, j'ai aussi lu hier soir Mille francs de récompense de Victor Hugo]

Mercredi 19 mai 2010

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/5/5/9/9782742747955.jpg
Challenge ABC 2010, 10ème livre lu ♦

Quatrième de couverture :
Après avoir été donné pour mort et à peine sorti de l'hôpital, un écrivain retrouve l'inspiration grâce à un étrange carnet bleu. Après un long séjour à l'hôpital, l'écrivain Sidney Orr est de retour chez lui. Toujours aussi amoureux de sa femme Grace, il reprend lentement goût à la vie. Mais il est accablé par l'ampleur de ses dettes et par l'angoisse de ne plus jamais retrouver l'inspiration.
Un matin, alors qu'il fait quelques pas dans son immeuble, il découvre une toute nouvelle papeterie, au charme irrésistible.
Sidney entre, attiré par un étrange carnet bleu.

Le soir même, presque dans un état second, Sidney commence à écrire dans le carnet une captivante histoire qui dépasse vite ses espérances. Sans qu'il devine où elle va le conduire. Ni que le réel lui réserve les plus dangereuses surprises...

Virtuosité, puissance narrative, défi réciproque de l'improvisation et de la maîtrise, La Nuit de l'oracle, publié par Actes Sud en 2004, précipite le lecteur au cœur des obsessions austériennes, dans un face à face entre fiction et destin. Comme si l'imaginaire n'était rien d'autre que le déroulement du temps avant la mort. Ou pire encore, son origine.

Mon avis : Whaouh ! Depuis plusieurs années, je me disais qu'il faudrait que je découvre un jour Paul Auster, mais bizarrement aucune des quatrièmes de couverture de ses livres ne me tentait vraiment, c'est pourquoi je me suis un peu "forcée" à le lire en l'intégrant au challenge ABC. Eh bien je ne regrette pas, parce que j'ai tout simplement adoré ! Déjà, il faut croire que j'adore les livres qui ont pour héros un personnage d'écrivain (autres exemple de livres que j'ai adorés : Le Choix de Sophie_ de Styron, Petit déjeuner chez Tiffany_ de Truman Capote...). J'ai très vite trouvé Sidney Orr très sympathique, et le livre est écrit d'une telle façon que je me suis complètement prise au jeu, j'ai eu du mal à me souvenir que c'était un personnage fictif, car le livre dans son ensemble a une densité qui le rend très réaliste !

Une particularité du style d'Auster (je ne sais pas si on le retrouve dans ses autres livres vu que c'est mon premier Auster - mais assurément pas le dernier), ce sont les notes, qui peuvent être assez longues et forment des petits récits à part entière ; au début par exemple, il parle d'un personnage qu'il est en train de créer en s'inspirant de sa femme, et ce passage-là est rattaché à une note qui s'étale sur trois pages et dans lequel il digresse jusqu'à nous raconter sa rencontre en détails avec sa femme, ce qu'il a précisément ressenti à ce moment-là... cela oblige à faire une pause dans notre lecture et ça m'a d'abord un peu destabilisée, j'ai même pensé "ohlàlà c'est quoi ce truc j'espère que ça va pas tout le temps faire ça !", mais en fait ce n'est pas gênant, car les notes sont placées de telle sorte qu'on ne perd pas le fil et que reprendre notre lecture ensuite est très facile, et ces notes apportent beaucoup, on a vraiment l'impression que l'auteur veut se confier à nous sincèrement, qu'il tient à nous donner toutes les cartes en main, toutes les informations indispensables pour se sentir proche des personnages et ainsi bien comprendre la situation.

Très vite, l'auteur installe plusieurs niveaux de lecture : il y a le récit de Sydney Orr, qui nous raconte son retour à la vie et surtout à l'écriture grâce au carnet bleu ; il y a le récit qu'il écrit dans le carnet bleu, l'histoire d'un homme qui quitte brutalement son ancienne vie : cette histoire est passionnante et nous avons l'impression d'accompagner l'écrivain dans l'écriture, elle se construit progressivement sous nos yeux ! A l'intérieur du récit de la vie de Sydney Orr (le récit principal donc), on peut trouver d'autres récits, car on s'intéresse beaucoup à son entourage, aux histoires personnelles des autres personnages : il y a John Trause, ami de Sydney, lui aussi écrivain, il y a Grace, la femme de Sydney, qui, on le sent, a un problème, mais on ne parvient pas tout de suite à savoir de quoi il s'agit. Il y a M. R. Chang, le drôle d'énergumène qui tient la papeterie...

C'est vraiment un roman très riche (et qui aurait eu sa place je pense dans le programme de mon cours sur le roman réflexif), et évidemment bien mieux construit que mon avis, on passe d'un récit, d'un personnage à l'autre de façon fluide et agréable, sans difficultés, sans se perdre, car tout semble lié de façon si logique ! Au fur et à mesure qu'on avance dans le roman, les liens qui unissent les différents niveaux du récit semblent de plus en plus forts, cela devient effrayant, vertigineux, je crois que c'est le mot que j'utiliserais si je devais résumer ce livre en un mot., et j'ajouterais que pour couronner le tout, c'est un roman qui donne envie d'écrire. L'imagination prend un pouvoir incroyable, le destin des différents personnages m'a beaucoup touchée (j'ai été assez émue par la fin), j'avais prévu hier soir de ne pas dépasser la page 100 parce que j'étais fatiguée en commençant ma lecture mais j'ai été si captivée qu'en fait j'ai fini le livre dans la nuit ! Gros coup de cœur !

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"Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé.", Montesquieu

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