Samedi 6 mars 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lachatte.jpgQuatrième de couverture : Bien avant que Camille, la fiancée d'Alain, découvre une rivale inattendue en Saha, la chatte du jeune homme, celui-ci a déjà opposé secrètement l'élégance du félin à la présence un peu vulgaire de la future épouse. Le mariage ne fait que confirmer chez Alain le léger écoeurement qu'il éprouve en présence de l'exubérante Camille. L'arrivée de Saha révèle à Camille un monde d'affection et de tendresse dont elle se sent exclue. Elle en vient à détester la chatte, objet de toutes les attentions d'Alain. Et peu à peu, Saha s'installe dans le ménage et devient le symbole vivant de tout ce qui sépare les époux. Un jour, Camille commet le geste impardonnable. Elle tente de tuer la chatte... "Ce qui est monstrueux, c'est toi, dira Camille. Si j'avais tué, ou voulu tuer une femme par jalousie, tu me pardonnerais probablement. Mais c'est sur ta chatte que j'ai porté la main, alors mon compte est bon".

Subtil, dramatique, analysant à la perfection les rapports des humains avec les animaux, La Chatte est un des romans les plus beaux et les plus originaux de Colette.

Mon avis : Alain est un peu comme un enfant capricieux à l'aise dans son univers et qui n'aime pas qu'on lui change ses petites habitudes, ce côté immature m'a fait songer au personnage de Chéri. C'est un personnage assez hypocrite, qui ne cesse de critiquer mentalement les faits et gestes de son épouse. Ces deux-là auraient pourtant peut-être su taire leurs griefs et leur incompatibilité, et cela n'aurait été qu'une banale histoire de mariage un peu raté, si seulement il n'y avait pas Saha, un troisième personnage bien supérieur à ces deux nigauds... je pensais que le personnage de la chatte aurait encore plus d'importance, mais il faut bien reconnaître que même si elle n'est pas au centre de l'action (sauf à la fin), elle reste sans cesse au cœur des pensées d'Alain, et s'il trouve sa femme aussi médiocre, c'est sans doute parce qu'il la compare toujours indirectement avec la grâce, la dignité de la chatte.

Alain est un personnage égoïste, incapable de véritablement aimer sa femme, mais son amour pour Saha le rend touchant, le singularise en l'écartant du reste du monde, tandis que Camille est une femme tristement "normale", pragmatique, et il lui est donc impossible de combler son mari, de comprendre et de supporter la relation qu'il a avec Saha...

Extraits :

"Dans le miroir, en face d'eux, il reçut le regard de Camille, noir de reproche, qui  ne l'attendrit pas. "Je ne l'ai pas embrassée sur la bouche pendant que nous étions seuls. Eh bien ! non, je ne l'ai pas embrassée sur la bouche, là ! Elle n'a pas eu son compte de baisers-sur-la-bouche aujourd'hui. Elle a eu celui de midi moins le quart dans une allée du Bois, celui de deux heures après le café, celui de six heures et demie dans le jardin ; alors il lui manque celui de ce soir. Eh bien ! elle n'a qu'à le marquer sur le compte, si elle n'est pas contente.... Qu'est-ce que j'ai ? Je suis fou de sommeil. Cette vie est idiote ; nous nous voyons mal et beaucoup trop."

" (...) il regarda Camille de biais. Elle arborait, revendiquait sa fatigue de jeune mariée, le gonflement léger de sa paupière inférieure sous l'angle ouvert du grand oeil. "Auras-tu toujours, à toute heure, dès que tu sors du sommeil, un si grand oeil ? Ne sais-tu pas fermer les yeux à demi ? Cela me fait mal à la tête de voir des yeux si ouverts..."
Il trouvait un plaisir déshonnête, une commodité évasive à l'interpeller en lui-même. "C'est moins désobligeant que la sincérité, en somme..."


Autre résumé et autres avis ici.

Samedi 6 mars 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lemepris.jpgQuatrième de couverture : "Durant les deux premières années de mon mariage, mes rapports avec ma femme furent, je puis aujourd'hui l'affirmer, parfaits (...) L'objet de ce récit est de raconter comment, alors que je continuais à l'aimer et à ne pas la juger, Emilia au contraire découvrit ou cru découvrir certains de mes défauts, me jugea et, eu conséquence, cessa de m'aimer."

(Cette quatrième de couverture est un extrait de la première page, que je trouve très belle, et que je vais bientôt mettre en ligne)

Mon avis : Un livre lu vite, avec un certain malaise... vous est-il déjà arrivé de vous sentir accablé parce que vous avez l'impression que quelqu'un que vous aimez ne vous aime plus, suite à une dispute ou pire, sans que vous compreniez pourquoi ? Eh bien j'ai eu cette sensation désagréable en lisant Le Mépris, car c'est ce qui arrive au héros, et je me suis totalement identifiée à lui. Héros un peu maladroit, on voit ses défauts nous, et lui-même ne porte parfois pas un jugement très tendre envers sa femme, quoi qu'il en dise... mais cependant il est vrai qu'il n'apparaît pas du tout comme un être vil, et les motifs véritables du profond mépris que sa femme ressent pour lui sont bien mystérieux. Les découvrir, les comprendre, et tenter de les renverser, est donc l'objectif du narrateur, ainsi qu'il l'énonce clairement à la première page.

La suite peut faire songer à une enquête : le narrateur raconte assez méthodiquement (sans que cette rigueur devienne jamais ennuyeuse) sa vie avec sa femme et les différents évènements qui ont peut-être pu conduire à sa situation actuelle. Tout est vu du point de vue du mari, on assiste donc à tous ses doutes, à son désespoir... bien que la situation semble dès le début extrêmement critique, on espère avec lui un rebondissement qui conduirait à une réconciliation durable. Toute sa vie, ou plutôt toute son envie de vivre dépend de son bonheur conjugal ; on a aussi accès à la vie professionnelle de Riccardo Molteni, son travail de scénariste (qu'il trouve très pénible) va en effet se retrouver curieusement lié à sa vie amoureuse pour plusieurs raisons... il doit écrire un scénario adapté de l'Odyssée d'Homère, et un étrange parallèle se dessine entre la vie sentimentale désastreuse du héros et l'interprétation de l'Odyssée faite par le metteur en scène : selon lui, Ulysse fait exprès de mettre tant de temps à rentrer à Ithaque car en vérité il n'a aucun envie de rentrer chez lui sachant que Pénélope ne l'aime plus... cette interprétation originale m'a intéressée et le parallèle avec les problèmes de couple de Molteni est troublant et habilement amené...

L'auteur se joue vraiment de son lecteur, nous faisant confondre fiction et réalité, nous faisant tour à tour espérer et désespérer ; la sensation de malaise persistant dont j'ai déjà parlé prouve bien à quel point j'ai été plongée dans l'univers du roman, je me suis interrogée, j'ai souffert avec le héros, et il me semble, à l'instar du personnage, avoir aimé sa femme Emilia, femme plutôt énigmatique pendant la majeure partie du roman, et qu'objectivement je n'ai pourtant pas trouvé très sympathique... encore une très belle découverte, les œuvres d'Alberto Moravia sont un nouveau domaine que j'ai envie de creuser ! Et à présent je vais pouvoir regarder le film de Godard avec Brigitte Bardot....

Samedi 6 mars 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/mamere.jpg/!\ pour lecteurs avertis /!\

Quatrième de couverture : Pierre raconte comment, après une enfance religieuse, il fut, à l'âge de dix-sept ans, initié à la perversion par sa mère. Plongeant grâce à elle dans l'orgie et la débauche, il découvre l'extase de la perdition où se mêlent l'angoisse, la honte, la jouissance, le dégoût et le respect. Respect pour cette femme, la mère, qui a su brûler ses vaisseaux jusqu'au dernier et qui, ayant touché le fond de l'abîme, entraîne son fils dans la mort qu'elle se donne. Ma mère est l'un des textes les plus violents, les plus scandaleusement beaux de Georges Bataille, qui disait de lui-même : " Je ne suis pas un philosophe, mais peut-être un saint, peut-être un fou ", sachant que c'est dans cette ambiguïté même que réside la seule philosophie.

Mon avis : mouais... déçue. A la mort de son père alcoolique qu'il déteste, le héros et narrateur, Pierre, apprend de la bouche de sa mère qu'elle n'est pas aussi pure qu'il le pensait mais qu'elle est au contraire une débauchée finie ; elle lui déclare alors que non seulement elle ne veut plus rien lui cacher de ses agissements, mais qu'elle veut en plus qu'il la suive dans cette voie... aveuglé par son amour pour sa mère et convaincue que cette vie peut avoir des charmes, que de telles ignominies sont empreintes de grandeur, Pierre se laisse très facilement entraîner. S'ensuit une nouvelle vie de plaisirs et de fête, tout se déroule dans une atmosphère d'ivresse, les personnages enflammés tiennent des propos lyriques ou presque incohérents, et même si les scènes de sexe sont plus suggérées que racontées avec précision, on comprend bien que c'est l'activité qui domine... je me suis assez vite lassée, alors que ce roman est court (126 pages) j'ai eu le temps de m'ennuyer... la dernière partie du roman surtout, dans laquelle le personnage de la mère est presque totalement absent (sauf à la fin), m'a parue plutôt dénuée d'intérêt.

La brusque révélation de la véritable nature de sa mère aurait dû soulever beaucoup de questions et de réticences chez le héros (qui avant la mort de son père s'apprêtait à rentrer dans les ordres !), mais cet aspect des choses est très peu développé, je m'attendais à plus de réflexions, plus de profondeur ; même la fin tragique survient sans toucher vraiment le lecteur, alors que la dernière péripétie est le paroxysme de la déchéance entamée par les personnages, on a l'impression qu'il ne s'agit au fond que d'une aventure de plus dans le tourbillon d'une vie de plus en plus floue... certes, ce roman n'a pas été achevé, il manque certains passages non rédigés ou non lisibles, qui ont été résumés par l'éditeur, mais je pense que ce qui m'intéressait le plus, à savoir le recul du fils sur l'attitude de sa mère et sur la sienne, m'aurait de toute façon manqué. Je me demande ce que  donne l'adaptation de Christophe Honoré (avec Isabelle Huppert et Louis Garrel).

Samedi 13 mars 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lapiculteur.jpgQuatrième de couverture : "Alors il comprit que l'homme s'était éloigné petit à petit un peu plus du paradis. Et il se prit à rêver de devenir une abeille."

Mon avis : Maxence Fermine : un pseudo que je trouve très beau et qui m'intrigue depuis quelque temps. Un auteur dont j'ignore encore tout (d'abord, homme ou femme ?) Je me suis laissée tenter par l'énigmatique quatrième de couverture...

L'histoire commence en France, en Provence, en 1885, le héros s'appelle Aurélien Rochefer et est un jeune original qui rêve de devenir apiculteur parce qu'il "cherche de l'or". On dirait que l'histoire se déroule dans un tout petit monde, un cocon, les personnages sont peu nombreux et simples, comme dans les contes, ils sont définis par quelques attributs qui les suivent tout le long du roman... on a par exemple Léopold, le père d'Aurélien, cultivateur de lavande, et c'est à peu près la seule chose qu'on saura de lui. Il est toujours associé à la lavande, et à la couleur bleue. Les couleurs sont des éléments très importants dans ce livre.

On nous raconte d'abord les efforts d'Aurélien pour devenir apiculteur, à travers des scènes bucoliques, calmes, dont il se dégage une certaine douceur et une certaine sérénité - douceur et sérénité qu'on retrouve dans tout le roman d'ailleurs, aéré par de nombreux blancs typographiques... Suite à un premier échec, le héros part pour l'Afrique où il va vivre plusieurs années et être obsédé par l'amour. Cette partie du roman est onirique, et le début, plus "trivial" (encore que déjà assez poétique) ne la laissait pas présager. Le héros semble toujours être à la recherche d'une sagesse qu'il espère trouver dans des passions ou bien dans les plaisirs les plus simples de la vie, cela m'a un peu rappelé L'Alchimiste de Paulo Coelho. Certaines images souriantes sont empreintes d'une sentimentalité naÏve, qui ne sera probablement pas du goût de tout le monde, mais qui rend aussi ce roman particulier. La fin plutôt prévisible m'a un peu déçue, j'aurais préféré quelque chose qui sorte plus de l'ordinaire, cependant j'ai trouvé que ce petit livre avait un charme apaisant, et j'aimerais bien lire les autres livres de ce(tte ?) Maxence Fermine...

Extraits :
"Cette nuit-là, tout en marchant dans le désert, Aurélien eut l'intuition de cette chose qui ne vient qu'au moment de mourir : la vie ne tient qu'à la solidité d'un fil. Un fil d'or tissé par les jours où l'on comprend que le besoin d'étancher sa soif sera toujours plus fort que le plaisir de boire. Que le besoin de rester en vie sera toujours plus beau que le plaisir de vivre. Et il eut envie, de toutes ses forces, de rester attaché à ce fil."

"Vous n'êtes pas le premier. Il en passe beaucoup, par ici, de ces voyageurs de l'absolu, de ces chercheurs d'or qui ne cherchent, en fait, qu'une raison de vivre. Je les reconnais du premier coup d'oeil. Ils reviennent plus pauvres qu'avant, leurs illusions en moins. Maintenant, Monsieur, que puis-je faire pour vous ?"


Réponse à ma question existentielle : Maxence Fermine est un homme. Dommage, mais je pense que je m'en consolerai ^^

Lundi 15 mars 2010

Des tags, j'en ai répondu à pas mal ici déjà, mais quand j'ai découvert que je n'avais encore jamais répondu à un tag dont la consigne était précisément "dites 7 choses sur vous", je me suis dit que finalement j'allais répondre à celui de Dame Meli ! (merci :p). Et en bonus collector, une photo de moi, qui doit être la première de ce blog ;)

Ce tag a déjà beaucoup circulé, et j'ai la flemme de choisir 7 blogueurs qui devront s'y coller, que ceux qui ne l'ont pas encore fait et que ça tente le fassent ^^

1) J’ai souvent des périodes de « passage à vide ». Des périodes où tout me lasse et rien ne me motive vraiment, pas même la lecture. C’est un peu le cas en ce moment mais c’est pas grave parce que ça passe toujours, il faut juste le temps que je me reprenne… en attendant, ne vous étonnez pas trop s’il n’y a pas trop de nouveau ici et si je semble absente de vos blogs. Je lis toujours mes favoris en principe mais il se peut que je sois plus silencieuse que d’habitude.

2) Je rêve d’avoir des cheveux très longs, mais je n’aime pas me coiffer. (d’ailleurs je ne me coiffe pas, je me démêle juste les cheveux parce que c'est nécessaire)

3) Je ne regarde aucune série télévisée et ne lit aucun manga. Parfois je me dis que je devrais m’intéresser à ces deux domaines qui plaisent tant et qui recèlent très certainement des trésors. Mais actuellement je n’en ai ni le temps ni l’envie (cf mon 1)

4) J’ai peur des nombrils, càd que je ne supporte pas de voir quelqu’un se toucher le nombril ou toucher le nombril de quelqu’un d’autre, j’ai du mal à toucher le mien et la vision d’un piercing à cet endroit est le comble de l’horreur, si on s’amuse à m’effrayer avec ça, j’ai envie de pleurer/partir en courant/frapper le con qui m’impose une chose aussi pénible.

5) Détestant de nombreux condiments et la plupart des légumes, je suis difficile à contenter à table et mange donc très peu équilibré.

6) La mode (et tous les trucs qui vont avec : soins de beauté, shopping…), les médisances, la politique et l’actualité en général ne sont pas mes sujets de conversation préférés.

7) J’aimerais bien un jour réussir à marcher avec des chaussures à talons hauts, mais c’est pas gagné ! (et j’admets que ce désir frivole vient un peu contredire mon n°6, mais j’ai quand même un côté fille, au fond)

http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/773411132742414381514385812302552755030549n.jpg

Vendredi 26 mars 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/kandinsky29.jpg(image sans rapport avec l'article, c'est juste pour le plaisir de voir une
œuvre de Kandinsky mon amour et pour voir en plus grand on clique)

Toujours pas de nouveaux livres ici, mais encore un nouveau tag, parce que ça m'amuse ! (et les livres reviendront, comme toujours, plus forts et plus beaux)

Il s'agit du "Tag des mots" (c'est Elora qui m'a taguée, merci !)
Voici la règle : Il s'agit de choisir un mot et à partir des lettres qui le composent, de trouver d'autres mots et d'y associer un auteur que l'on aime.

(c'est un peu tarabiscoté mais c'est rigolo, si si !) Et pour moi ça donne :

Je choisis le mot VACANCES - ce qui n'étonnera personne.

V comme vide. Et quand je pense au vide, je pense fatalement à mon oeuvre fétiche, lue et relue : Un homme qui dort, de mon cher Georges Perec
A comme absurde... et mon absurde du moment, c'est Jean Tardieu, un auteur que je ne fais que découvrir (y'a même pas encore d'articles sur lui ici), mais comme je vais probablement faire un mini-mémoire sur lui pour la fac, je vous en reparlerai sûrement !
C comme collège, et les premiers "classiques" que j'ai lus et adorés sont certainement des nouvelles de Guy de Maupassant.
A encore comme euh... Autriche, et ainsi je peux tricher un peu pour vous citer deux auteurs autrichiens que j'aime follement, à savoir Stefan Zweig et Arthur Schnitzler !
N comme narcissisme, ce narcissisme drôle et cynique qui m'a éblouie chez Oscar Wilde...
C comme contemporain, l'occasion pour moi de nommer Amélie Nothomb, que je continue d'admirer malgré tout ce que peuvent en dire mes profs...
E comme éperdue. Eperdue, un mot que j'aime beaucoup, et qui va comme un gant à May, l'héroïne de la trilogie de Marie Brantôme, un auteur trop peu connu...
S comme sourire. Sourire face à la poésie magique des oeuvres de Boris Vian (mon top 3, sachant que je suis loin de connaître toute son oeuvre : L'Ecume des Jours, L'Herbe Rouge et l'Arrache-Coeur)


Et (j'allais oublier !) je tague à mon tour Dame Meli et Raison et Sentiments.

Samedi 27 mars 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/entretienavecunvampire.jpgQuatrième de couverture : De nos jours, à La Nouvelle-Orléans, un jeune homme a été convoqué dans l'obscurité d'une chambre d'hôtel pour écouter la plus étrange histoire qui soit. Tandis que tourne le magnétophone, son mystérieux interlocuteur raconte sa vie, sa vie de vampire.

Mon avis : aaaah, enfin ! Cela faisait bien longtemps que je voulais le lire mais il est épuisé et je ne parvenais pas à le trouver en bibliothèque, merci à Claire-Marie de me l'avoir prêté ! :D (et en cherchant l'image de la couverture sur priceminister pour cet article, j'ai vu une annonce qui le proposait à 4 euros et du coup je l'ai commandé à l'instant, contente !)
Je n'ai pas été d'emblée séduite par ce roman. Je n'aime pas trop les moments où on nous rappelle la situation d'énonciation, le jeune homme qui écoute les confessions de Louis m'a paru plutôt inutile et idiot, forcément fade comparé à Louis, et les descriptions de son effroi face à ce qu'il écoute m'ont paru banales, sans intérêt.... Avant que le récit de Louis ne commence, je me suis dit "ohlàlà dans quoi je m'embarque", mais une fois que Louis est lancé dans son récit le style s'améliore largement (et le récit de Louis constitue environ 95% du livre alors ça va !)

L'histoire est riche et développée, et on suit toute la progression de Louis, depuis son existence de mortel, je me suis complètement attachée à ce personnage, qui a une véritable profondeur psychologique, on suit l'évolution douloureuse de sa mentalité, sa transformation en vampire est loin d'entraîner chez lui un changement fixe et stable, on voit au contraire que tout se fait progressivement, pendant longtemps Louis va garder des principes moraux qui vont l'empêcher de basculer véritablement dans le monde des vampires, et le voir ainsi rongé par la culpabilité est troublant, comme on s'attache forcément à lui, on est presque tenté de l'inciter à commettre les meurtres qu'il s'empêche d'abord de commettre et qui le soulageraient pourtant.... j'ai eu peur à un moment que l'histoire stagne, qu'on reste sans fin embourbé dans des problèmes de cet ordre, mais Louis va dépasser ce premier stade de culpabilité pour en connaître bien d'autres !

Les autres personnages de vampires sont peu nombreux donc chacun a une grande importance : en plus d'être enfermé dans sa condition de vampire qui l'isole à jamais des autres mortels, Louis est de plus aliéné par l'influence de celui qui l'a transformé, Lestat, qui lui semblait merveilleusement charismatique au début mais dont l'aura se dissipera à cause de certains évènements, et surtout parce que ces deux-là n'ont absolument pas la même vision du monde.
J'ai adoré le personnage de Claudia, et le personnage d'Armand enfin m'a beaucoup intriguée ! L'existence de Louis est tour à tour passionnée et brillante, violente, désespérée : les descriptions des meurtres qu'il commet sont assez crues, et ce qui est troublant surtout, c'est l'érotisme qui s'y mêle, l'acte de tuer est la jouissance suprême du vampire, et comme tout nous est expliqué du point de vue de Louis, difficile de ne rester insensible à ces descriptions, qui nous laissent pourtant voir des choses horribles ! Les relations entre vampires sont très fortes et ambigües, et n'ont pas vraiment d'équivalent dans le monde des humains, ou alors des équivalents absolus ou qu'on pourrait considérer comme pervers (quand je pense à la relation entre Louis et la petite Claudia par exemple)...

Je suis sortie de cette lecture assez déprimée je dois dire, je ne parviens pas trop à me dégager de ce livre d'ailleurs (alors que ça fait plusieurs heures que je l'ai fini !), vraiment l'impression que Louis m'a communiqué son désespoir... maintenant j'aimerais bien lire le tome suivant, mais ça m'ennuie un peu qu'il s'appelle Lestat le vampire, parce que là je n'ai envie que de continuer à connaître l'histoire de Louis, Lestat ne m'intéresse pas,  zut, je l'aime paas ! Enfin bref, je vais vous recopier un passage que j'aime bien puis j'essaierais de me trouver une occupation qui me changera les idées ^^ J'aimerais bien voir le film aussi !

Extrait :

"Combien pensez-vous qu'il y ait de vampires qui aient la trempe nécessaire pour affronter l'éternité ? Pour commencer, ils ont de l'immortalité les notions les plus sinistres. Car, en devenant immortels, ils voudraient que tout ce qui a été l'accompagnement de leur vie devienne immuable et incorruptible comme ils le sont eux-mêmes. Que les véhicules gardent la même forme rassurante, que les vêtements conservent la coupe qui leur allait du temps de leur jeunesse, que les hommes continuent de s'habiller et de parler de la façon qu'ils ont toujours comprise et appréciée. Alors qu'en réalité tout change, sauf le vampire lui-même ; tout, à l'exception du vampire, est soumis à la décomposition et à la corruption permanentes. Bientôt, si l'on possède une âme peu flexible, et souvent même si on l'on est doué de souplesse d'esprit, l'immortalité devient une peine de prison que l'on purge dans une maison de fous peuplée de figures et de formes totalement inintelligibles et sans valeur. Un soir, le vampire en se levant se rend compte que ce qu'il a craint, pendant des dizaines d'années peut-être, est arrivé : il se rend compte tout simplement qu'à aucun prix il ne veut vivre davantage. Que les styles, les modes, les formes d'existence qui lui rendaient l'immortalité attrayante ont tous été balayés de la surface du globe. Et que rien ne subsiste qui puisse le libérer du désespoir, sinon l'acte de tuer."

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"Pour savoir écrire, il faut avoir lu, et pour savoir lire, il faut savoir vivre.", Guy Debord

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