Dimanche 5 décembre 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/LesTroisMousquetairesok.jpg
Article publié le 5 décembre
parce que c'est une lecture commune
mais écrit pour de vrai le 23 nov.
juste après ma lecture)


D'autres avis :
Florel, Caelina, Lynnae, latite06, Avalon


Résumé : Le roman raconte les aventures d'un Gascon désargenté de 18 ans, d'Artagnan, monté à Paris faire carrière afin de devenir mousquetaire. Il se lie d'amitié avec Athos, Porthos et Aramis, mousquetaires du roi Louis XIII. Ces quatre hommes vont s'opposer au premier ministre, le Cardinal de Richelieu et ses agents, dont la belle et mystérieuse Milady de Winter, pour sauver l'honneur de la reine de France Anne d'Autriche. Avec ses nombreux combats et ses rebondissements romanesques, Les Trois mousquetaires est l'exemple type du roman de cape et d'épée.

Mon avis : Yeah ! Mirifique ! Sérieusement, après avoir beaucoup beaucoup aimé Le Comte de Monte-Cristo (t.1 / t.2), j'avais d'un côté envie de retrouver le style de Dumas qui m'avait enthousiasmée, et de l'autre, j'avais peur d'être déçue, car malgré tout le bien qu'on (et particulièrement Matilda) m'avait dit, Les Trois Mousquetaires me tentait a priori moins, cela fait des années d'ailleurs que ce livre attend dans ma bibliothèque ! (j'ai une édition que trouve très belle, moi qui ne jure que par les poches, je dois admettre  que c'est quand même fichtrement agréable d'avoir un si bel objet dans les mains, je pense que ça a accru le plaisir que j'ai pris à cette lecture ! (bon, je dis ça parce que je l'ai lu chez moi, parce que cela n'aurait pas été très pratique dans les transports en commun ^^))

Dans mon esprit inculte, les trois mousquetaires - dont je connaissais quand même les noms, Athos, Porthos, Aramis... et d'Artagnan - sans oublier Albeeeert, le 5ème mousquetaire ! (pardon, j'ai pas pu m'en empêcher XD) - étaient un peu les héritiers des chevaliers du Moyen Âge : des militaires courtois, prêts à se battre pour leur honneur et tout le toutim. Bon, je n'étais pas si éloignée que cela, mais j'ai quand même été très surprise par la personnalité et le comportement des personnages, je les ai trouvés.... étonnamment turbulents ! Je les imaginais beaucoup plus calmes, posés et .... retirés du monde, je ne sais pas pourquoi ^^ (maintenant que j'y repense ça me semble idiot, je ne sais pas du tout d'où m'était venue cette image des mousquetaires mais elle était fermement ancrée dans mon esprit en tout cas !)

Ce sont en fait des hommes tr�s � l'aise dans la vie mondaine, au fait de toutes les intrigues qui se nouent, courageux et prêts à défendre leur honneur en effet.... mais leur courage m'a paru souvent être de l'inconscience, tant ils semblent parfois chercher les conflits, se lançant sans arrê dans des duels, avec une joie et un entrain qui ne parvient pas à nous faire oublier qu'ils peuvent à chaque fois y perdre la vie ! Je les ai trouvés dépensiers, excessifs, ils en font un peu voir de toutes les couleurs à leurs pauvres laquais, même dans le cas où ils sont amoureux leur constance est douteuse.... et là vous vous dites que ce portrait n'est pas très flatteur et que je condamne ces personnages ? Mais non ! Disons qu'ils n'incarnent pas un idéal de perfection.... mais leurs défauts les rendent tout à fait humains et sympathiques !
Chacun des personnages a sa propre personnalité ses propres travers.... Athos (peut-être mon préféré ?) le bon compagnon cache un passé mystérieux, Porthos est peut-être le plus fanfaron, Aramis le faussement vertueux jure de rentrer dans les ordres à chaque fois que sa maîtresse le laisse trop longtemps sans nouvelles, et d'Artagnan enfin, qui est le personnage principal mais n'est pas mousquetaire au début, est un peu le petit jeune qui vient apporter une touche de fraîcheur en plus à cette joyeuse bande ! L'inconséquence et l'impertinence des mousquetaires m'a souvent fait sourire ! J'ai été complètement séduite par l'humour des personnages - et du narrateur - et j'ai trouvé cette lecture encore plus entraînante que le Comte de Monte-Cristo.

L'action en effet ne manque pas, et j'ai apprécié le dosage équilibré entre les évènements qui relèvent de la vie privée des mousquetaires - tout ce qui concerne leurs amours et leurs manigances afin de se procurer suffisamment d'argent pour mener à bien leurs missions et avoir la belle vie - et ceux qui découlent de leurs aventures "publiques", missions liés à leur métier de mousquetaires (= gardes royaux, je le précise parce qu'avant de commencer ma lecture je ne le savais même pas ^^). Les deux niveaux vont d'ailleurs vite s'entremêler, ce qui donne plus de richesse et de profondeur à l'intrigue : les aventures personnelles des personnages sont liées au contexte politique, ce qui leur donne une certaine envergure, ce ne sont plus simplement des petites histoires insignifiantes de militaires... et vice-versa, les évènements historiques dont il est question, en ayant une forte résonance dans la vie des personnages, sont rendus romanesques et nous paraissent donc plus proches, plus réels ! Ma connaissance du contexte historique était assez floue mais je n'ai pas été perdue ; je ne peux encore une fois qu'admirer le talent de Dumas qui, tout en faisant comme si le lecteur savait bien de quoi il parlait, nous donne assez d'informations-clé pour qu'on suive sans problème.... et c'est cet aspect qui rend le roman assez facile d'accès et universel ! :D Le cardinal de Richelieu, la reine Anne d'Autriche, le duc de Buckingham... tous ces personnages illustres prennent vie sous nos yeux en intervenant directement dans la vie de nos chers mousquetaires ! :') (je m'emballe, je m'emballe, mais c'est parce que j'ai grave kiffé voyez-vous !)

Mais venons-en à ce qui a été pour moi la cerise sur le gâteau (promis après je me tais). Vous vous souvenez (ou pas, mais faisons comme si), j'avais été un peu déçue par l'absence de personnage féminin vraiment frappant dans le Comte de Monte Cristo.... mais alors là Alexandre Dumas se rattrape, et plutôt deux fois qu'une, et me comble en nous offrant le sublime personnage de Milady !!!! Dangereuse Milady, personnage fort et effrayant, femme fatale à mort et qui donnera bien du fil à retordre à nos pauvres mousquetaires ! Vu ce qu'elle fait je l'ai détestée.... mais j'ai adoré son côté machiavélique, c'est un personnage exceptionnel, qui mérite une bonne place dans mon top 10 des grands-méchants-qui-tuent (je n'ai pas établi de tel top mais si j'en avais un, dedans il y aurait aussi Voldemort, ça vous donne une idée du niveau !).

J'ai donc adoré ce roman, et quand je ferai le bilan de l'année fin décembre je devrai nommer Alexandre Dumas dans la liste des auteurs extraordinaires découverts en 2010 ! C'est donc un livre que je vous recommande ! Des adaptations cinématographiques dignes de ce nom à me conseiller ? :)

Mardi 7 décembre 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/Jevaisbiennetenfaispas.jpgRésumé : Une autre lettre de Loïc. Elles sont rares. Quelques phrases griffonnées sur un papier. Il va bien. Il n'a pas pardonné. Il ne rentrera pas. Il l'aime. Rien d'autre. Rien sur son départ précipité. Deux ans déjà qu'il est parti. Peu après que Claire a obtenu son bac. A son retour de vacances, il n'était plus là. Son frère avait disparu, sans raison. Sans un mot d'explication. Claire croit du bout des lèvres à une dispute entre Loïc et son père. Demain, elle quittera son poste de caissière au supermarché et se rendra à Portbail. C'est de là-bas que la lettre a été postée. Claire dispose d'une semaine de congé pour retrouver Loïc. Lui parler. Comprendre.

Mon avis : le film m'avait énormément émue la première fois que je l'ai vu il y a quelques années (il m'a fait moins d'effet les autres fois), et comme je connaissais déjà la fin, je m'étais dit que je ne lirais pas le livre. Mais finalement, les avis pas très positifs que j'ai lus au sujet du livre, au lieu de me conforter dans cette position, ont fini, paradoxalement, par m'intriguer. Le film n'explique pas tout, et en lisant le livre on espère que cela sera plus clair, qu'on en saura plus. Pour avoir lu pas mal de critiques du livre, je savais qu'il n'apporterait pas les réponses qu'on attend.

Dans un sens, le livre est moins pathétique : Loïc et Claire (Lili dans le film) ne sont pas jumeaux, Claire n'ira pas en hôpital psychiatrique... je veux dire par là que les évènements décrits dans le film semblent plus violents, plus tristes, plus propres à faire couler nos larmes. Dans le livre, l'atmosphère est différente, la disparition de Loïc n'est pas la seule source de tristesse, c'est un tout. La première page m'a déstabilisée, j'ai d'abord trouvé le style froid, le quotidien de Claire nous est présenté dans toute sa banalité et son vide, quasiment sans commentaire, et de temps à autre, l'absence du frère vient s'infiltrer, un souvenir, des comparaisons entre Loïc et les hommes qu'elle croise, "Loïc aurait su", etc.

Les personnages sont assez différents entre le livre et le film : les personnages des parents me semblent plus positifs dans le livre (mais ce n'est probablement qu'une impression personnelle pas vraiment fondée)... les personnages masculins, au contraire, sont édulcorés dans le film, ce ne sont pas les mêmes, je trouve que la Claire imaginée par Olivier Adam a moins de chance que l'héroïne du film, sa vie me semble plus dure, plus cruelle, tout en restant d'une cruauté "ordinaire", qu'on ne peut qu'accepter car la vie est ainsi....

Contrairement à une majorité de personnes, je crois bien qu'au final je préfère le livre au film. Bien sûr je n'ai pas eu la surprise de la fin, ayant vu le film avant. Le livre ne complète pas les informations prodiguées par le film, au final on en sait même moins sur les évènements ! Et pourtant, je l'ai trouvé plus profond, plus subtil, plus réaliste. Simplement en montrant la vie telle qu'elle est, avec toutes les déceptions, les petites injustices de tous les jours qu'on subit : la pénibilité du travail de Claire, le désagréable sentiment de solitude au milieu d'une conversation, mais aussi les petites joies qui permettent de tenir, l'espoir, le fait de se sentir bien avec certaines personnes, même quand ces personnes sont silencieuses, distantes et imparfaites... tout cela m'a parlé. Je me suis pas mal retrouvée dans le personnage de Claire, j'ai retrouvé dans ses pensées (auxquelles on a quand même un peu accès, au détour d'une envie de vomir) des choses que je pense aussi, mais que je n'ose pas forcément dire.

Quand j'ai revu le film, il m'a laissée presque froide alors qu'il m'avait déchirée la première fois... mais je suis sûre que si je relis ce livre, j'en garderai la même impression nauséeuse de cafard tenace, impression sourde mais plus lourde, moins éphémère finalement que ce que nous propose le film.

Extraits :
"Elle ne pense pas à l'avenir. Que faire, où s'inscrire. Paul lui dit qu'elle a l'embarras du choix, maintenant qu'elle a son bac. Elle répond qu'elle a surtout le choix de l'embarras. Tu vas bien faire quelque chose de ta vie, dit Irène. Claire n'a jamais vraiment pensé qu'on pouvait faire quelque chose de sa vie, alors la manière d'y parvenir et les buts à se fixer, tout ça devient très flou."

"Ça sent le dimanche soir, la fin des vacances. Claire a un petit pincement au coeur à l'idée de retrouver sa caisse. Sa caisse ou autre chose, vendre des conserves ou des bouquins, c'est égal. Le problème n'est pas là. Le problème est qu'il faut faire autre chose plutôt que rien. Et qu'on doit "s'estimer heureux, avec tous ces gens dans la rue"."

"Ce soir-là Julien n'est pas bien. Sa journée au bureau a été chargée. De travail et d'électricité. D'engueulades en tout genre, d'angoisses diverses. De délais à respecter, de fournisseurs irrespectueux, de défections successives. Il a fini tard et épuisé. Lorsque tout s'accélère ainsi, lorsqu'il est obligé de s'investir dans ce qu'il fait, dans son travail, Julien ne supporte pas. Il n'est pas de taille. N'a pas la carrure ni les épaules. Et encore moins le goût ou la motivation. Ça lui donne immanquablement envie de mourir. Immanquablement. C'est toujours dans ces moments que, sans raison, les larmes lui montent aux yeux sans jamais en sortir. Que l'idée de se donner la mort se fait plus précise, aguicheuse, raisonnable. Et c'est ce qui le fait tenir. L'idée que s'il ne tient pas, s'il n'est pas à la hauteur, si on vient l'engueuler, pfuit, il se barre. La lâcheté lui donne un peu de courage."

Mercredi 15 décembre 2010

[L'instant Kézako : qu'est-ce qu'un partenariat ?]

Un partenariat - dans le domaine de la blogosphère livresque en tout cas - consiste à se voir offrir un livre par une maison d'édition, par l'intermédiaire de sites comme Livraddict, Babelio, Blog-O-Book... afin d'en faire la critique sur son blog dans le mois qui suit. (bien entendu, le blogolecteur garde toute sa liberté d'expression, sinon c'est pas drôle). Des livres (en nombre d'exemplaires limité) sont régulièrement proposés en partenariat par les sites sus-cités, on postule si on est intéressé et on a un petit moment de suspense avant de savoir si on a été choisi ou pas....
On peut aussi recevoir gratuitement un livre en étant contacté directement par mail par la maison d'édition en question (en ayant été préalablement repéré par son blog), et dans ce cas on parle simplement de "SP" (service presse).

Je ne suis pas une pro du partenariat puisque depuis que je connais l'existence de ce procédé (= depuis mon inscription à Livraddict il y a plus d'un an) j'en ai seulement fait 3... (dont 1 SP). Tout simplement parce que je suis très difficile dans mes choix (et un peu frileuse, je ne postule que si je sais que le livre a toutes les chances de me plaire), et aussi parce que pendant des mois je ne pensais jamais à aller voir quels étaient les partenariats proposés (ou alors toujours trop tard ahem). Comme vous l'avez sans doute déjà compris, cet article va me servir à répertorier les livres que je reçois gracieusement de cette manière ! La liste est pour l'instant très très courte mais je ne doute pas qu'elle s'allonge doucement mais sûrement au fil du temps. (cliquez sur les titres des livres pour voir les articles)

... MERCI à
http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/livraddictlogosmall.png
et à

http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/albinmichel.jpgLe Rire du Cyclope, de Bernard Werber (SP, oct. 2010)

 
  http://www.livraddict.com/images/parte8.jpg
 Tobie Lolness, tome 1 : la vie suspendue, de Timothée de Fombelle (fev. 2010)


http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/Jailulogo.jpg
Le Livre des Choses Perdues, de John Connolly (nov. 2010)



http://bouquins.cowblog.fr/images/divers/ROBERTLAFFONT.jpg
Marina, de Carlos Ruiz Zafón (dec. 2010)

Jeudi 16 décembre 2010


Résumé / extrait :
- Naturellement, vous savez ce que c'est, Rieux ?
- J'attends le résultat des analyses.
- Moi, je le sais. Et je n'ai pas besoin d'analyses. J'ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j'ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d'années. Seulement, on n'a pas osé leur donner un nom, sur le moment... Et puis, comme disait un confrère : " C'est impossible, tout le monde sait qu'elle a disparu de l'Occident. " Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c'est...
- Oui, Castel, dit-il, c'est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.

Mon avis : un livre que j'avais prévu de lire depuis longtemps et dont j'avais entendu pas mal de bien, je pensais vraiment l'adorer sachant que j'ai beaucoup aimé presque tous les autres livres de Camus que j'ai déjà eu l'occasion de lire (La Chute, Les Justes, L'Etranger...). Les extraits qu'on entend dans le film La Tête en Friche m'avait plu et m'ont donné encore plus envie de le lire... et je suis en effet toujours charmée par le style de Camus, le lire me fait souvenir pleinement pourquoi j'aime ma langue, et pourquoi j'aime lire de manière générale, je trouve que son style est à la fois prenant et reposant, clair sans être trop simple... je pourrais m'étendre encore sur plusieurs lignes en impressions positiives au sujet de l'écriture de Camus, impressions tout à fait subjectives et donc pas forcément parlantes pour ceux qui n'ont encore jamais lu de Camus ou n'ont pas simplement pas la même réaction que moi face à son écriture !

Je n'ai pas été déçue, mais je n'ai pas adoré non plus, parce qu'il me semble impossible de dire "whaouh j'ai passé un trop bon moment à lire ce bouquin c'était trop fun". Je ne sais pas bien comment exprimer ce que j'ai ressenti, j'ai peur que cela soit mal interprété.... disons que c'est un roman que je vous conseille, mais qu'à plusieurs reprises j'ai trouvé cette lecture pénible, et c'est pourquoi j'ai étalé cette lecture sur une semaine, je n'aurais pas pu en lire 4 heures d'affilée, j'ai eu besoin de "pauses" conséquentes. Cela n'a pas été une lecture dans le sens "chiante", pas du tout, mais dans le sens "éprouvante", inconfortable. J'ai connu à travers ces pages diverses émotions négatives : peur, dégoût, malaise... j'ai vraiment eu le sentiment d'être "dans" la peste, d'étouffer, d'être prisonnière avec eux dans cette ville close.

J'avais lu, il y a des mois voire des années, que cette peste était le symbole du nazisme. Mais je suis tout à fait d'accord avec Matilda, et je comprends bien ce qu'elle a voulu dire, quand elle a écrit dans son article qu'on ne peut pas seulement réduire La Peste à cela. On a en effet beaucoup de descriptions concrètes des symptômes de la maladie, de la douleur physique qu'elle entraîne.... tous ces passages m'ont fait froid dans le dos, je ne m'attendais peut-être pas à de tels détails (n'oubliez pas que je suis une petite chose impressionnable ; cela n'a pas franchement de rapport avec Camus mais je doute d'avoir un jour le courage de lire American Psycho - qui est pourtant dans ma PAL).

Les passages où on nous raconte (le narrateur semble extérieur, objectif, il ne s'appesantit pas en commentaires personnels mais il s'inclut pourtant dans la population, et utilise toujours l'expression "nos concitoyens", on ne saura qu'à la fin de qui il s'agit) les comportements des gens, ce que l'épidemie va changer dans leur mode de vie, m'ont vivement intéressée et je pense que c'est plutôt ça qu'on peut assimiler à la vie, à l'état d'esprit d'un peuple en temps de guerre / face à un fléau. Mais ces passages ne m'ont pas non plus permis de "souffler" car je les ai trouvés plutôt désespérants, la description de la douleur des personnes séparées par la fermeture de la ville notamment m'a touchée. J'ai apprécié l'humanisme qu'on sent à travers la plume de Camus, le courage qu'il prône, courage qui n'est pas non plus magnifié mais qui est nécessaire pour tenir dans une telle situation. J'ai cependant trouvé certains passages un peu longs ou répétitifs, mais en même temps cette lenteur, cette relative monotonie nous fait pleinement comprendre ce qu'ont dû supporter les personnages, isolés, piégés dans une situation infernale et qui ne fait qu'empirer, forcés de tenter de combattre malgré leurs faibles moyens, obligés de survivre malgré tout...

J'ai trouvé que Rieux (médecin, et le personnage auquel je me suis le plus attachée), qui est un peu le "sage" du livre, celui qui se conduit de la façon la plus raisonnable, cherchait une sorte d'équilibre salutaire mais difficile à trouver : il savait qu'il était inutile et dangereux de chercher à se révolter, à s'évader... il fallait donc se résigner suffisamment pour rester calme, sans non plus renoncer à combattre l'horreur.

Comme j'ai souvent interrompu ma lecture, il m'est arrivé de perdre de vue un ou deux personnages, d'oublier subitement à quel personnage exactement correspondait ce nom, seul Rieux finalement a retenu toute mon attention. C'est pourquoi je pense qu'il est nécessaire que je relise plus tard ce livre, je suis loin de l'avoir épuisé.

Extraits : (nombreux, mais le livre n'est pas à moi, je ne veux pas perdre ces passages et je veux les garder sous le coude parce que j'adore ! - et encore je n'ai pas tout noté ici)

"Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu'ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. (...) Quand une guerre éclate, les gens disent : "Ça ne durera pas, c'est trop bête." Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l'empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s'en apercevrait si l'on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n'est pas à la mesure de l'homme, on se dit donc que le fléau est iréel, c'est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu'ils n'ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n'étaient pas plus coupables que d'autres, ils oubliaient d'être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l'avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu'il y aura des fléaux."

" - (...) Maintenant je sais que l'homme est capable de grandes actions. Mais s'il n'est pas capable d'un grand sentiment, il ne m'intéresse pas.
- On a l'impression qu'il est capable de tout, dit Tarrou.
- Mais non, il est incapable de souffrir ou d'être heureux longtemps. Il n'est donc capable de rien qui vaille.
Il les regardait, et puis :
- Voyons, Tarrou, êtes-vous capable de mourir pour un amour ?
- Je ne sais pas, mais il me semble que non, maintenant.
- Voilà. Et vous êtes capable de mourir pour une idée, c'est visible à l'œil nu. Eh bien, moi, j'en ai assez des gens qui meurent pour une idée. Je ne crois pas à l'héroïsme, je sais que c'est facile et j'ai appris que c'était meurtrier. Ce qui m'intéresse, c'est qu'on vive et qu'on meure de ce qu'on aime."

"Rien n'est moins spectaculaire qu'un fléau et, par leur durée même, les grands malheurs sont monotones. Dans le souvenir de ceux qui les ont vécues, les journées terribles de la peste n'apparaissaient pas comme de grandes flammes somptueuses et cruelles, mais plutôt comme un interminable piétinement qui écrasait tout sur son passage."

"Des épouses lui prenaient le poignet et hurlaient : "Docteur, donnez-lui la vie !" Mais il n'était pas là pour donner la vie, il était là pour ordonner l'isolement. A quoi servait la haine qu'il lisait alors sur les visages ? "Vous n'avez pas de cœur", lui avait-on dit un jour. Mais si, il en avait un. Il lui servait à supporter les vingt heures par jour où il voyait mourir des hommes qui étaient faits pour vivre. Il lui servait à recommencer tous les jours. Désormais, il avait juste assez de cœur pour ça. Comment ce cœur aurait-il suffi à donner la vie ?"

"Rieux savait ce que pensait à cette minute le vieil homme qui pleurait, et il le pensait comme lui, que ce monde sans amour était comme un monde mort et qu'il vient toujours une heure où on se lasse des prisons, du travail et du courage pour réclamer le visage d'un être et le cœur émerveillé de la tendresse."

Bonus : (pour le challenge Tête en Friche), un mot que ce livre m'a appris :
fuligineux
, adj. 1) qui rappelle la suie, qui donne de la suie, qui en a la couleur. 2) d'une obscurité épaisse.

Lundi 20 décembre 2010

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CHALLENGE ABC 2010, 25ème livre lu ♦
 

Résumé :
Le Petit Chose paraît en feuilleton en 1867. Daudet s'inspire des souvenirs d'une jeunesse douloureuse : humiliations à l'école, mépris pour le petit provencal, expérience de répétiteur au collège et enfin coup de foudre pour une belle jeune femme. L'écrivain manifeste une tendresse, une pitié et un respect remarquables à l'égard des malchanceux et des déshérités de la vie.

Mon avis : comme le sous-titre est "Histoire d'un enfant", je pensais vraiment que le récit se concentrerait sur l'enfance du héros et narrateur, mais en vérité on passe assez rapidement cette période, cela . Je connaissais l'extrait célèbre (cf ci-dessous) dans lequel on se moque de sa blouse et commence à le surnommer "le petit Chose", mais en fait c'est à peu près la seule scène décrivant sa vie au collège ! Contrairement aux romans autobiographiques tels que Vipère au Poing d'Hervé Bazin, Poil de Carotte, de Jules Renard ou L'Enfant de Jules Vallès, les malheurs du héros ne découlent pas de mauvais traitements qu'il aurait subis chez lui, il est au contraire aimé par ses parents et son frère. Non, ce qui marquera sa "descente aux enfers", c'est la ruine financière de sa famille, la misère qui les forcera à se séparer. J'ai été assez étonnée par cette séparation dont la nécessité me semble encore discutable, mais bon, admettons...

Cette séparation est un tournant dans la vie du Petit Chose qui doit alors se prendre en charge et gagner sa vie. Il ne cache rien des souffrances qu'il a endurés en tant que surveillant, les passages où il décrit ses humiliations, son manque d'autorité, la hargne des élèves m'ont peinée. Le ton du roman est assez original et m'a bien plu : le narrateur parle souvent de lui-même à la troisième personne en prenant le lecteur à témoin ; ses pensées et réactions de l'époque nous sont restituées en même temps que le regard postérieur du narrateur sur celui qu'il était alors, ce qui nous permet de nous amuser avec lui de sa naïveté, ce roman est en effet bien plus drôle que ce que j'aurais pensé, malgré le caractère pathétique de certaines péripéties j'ai très souvent souri ! Grâce à ce décalage, à cette double vision de personnage, on peut aussi un peu dédramatiser ses malheurs : si on avait eu seulement le point de vue du personnage au moment des faits, sans recul, j'aurais sans doute trouvé ça trop plaintif par moments... mais j'ai vraiment apprécié l'honnêteté du narrateur qui ne masque pas ses défauts et donne une image de lui pas toujours reluisante.

Le personnage du petit Chose m'a vraiment touchée en fait, et j'ai aimé suivre ses rêves, puis ses désillusions, les conséquences désastreuses de sa vanité... Si on considère ce roman de manière large, je trouve qu'il montre symboliquement ce qu'implique le passage à l'âge adulte (selon Alphonse Daudet, ce n'est pas une vérité générale mais je suis assez d'accord avec lui), l'évolution de la mentalité du héros m'a paru juste, réaliste.

Les autres personnages sont également dignes d'intérêt : le personnage de Jacques est l'incarnation même de l'amour fraternel, son abnégation va si loin qu'elle m'a quasiment semblé invraisemblable par moments... mais je la trouve vraie quand même, je suis sûre que de tels comportements se retrouvent dans la vraie vie.
J'ai aimé la façon originale dont il parle de la jeune fille qu'il aime, il distingue la personnalité bourgeoise (et commune) de cette demoiselle et ce qui lui plaît vraiment chez elle : ses yeux noirs, à tel point que "les yeux noirs" sont un personnage à part entière,  la dualité de cette jeune fille (enfin surtout, la duplicité du regard du héros sur elle) nous permettent de bien voir ce qui l'attire vraiment et cela remet pas mal en cause la vision idéale du sentiment amoureux qu'on pourrait avoir, que le narrateur discrédite complètement ; ce n'est pas dit de façon aussi explicite mais c'est comme cela que j'interprète la chose en tout cas... tout cela n'est pas très positif comme vision des choses mais j'ai trouvé ça plus réaliste que les clichés habituels. (la toute fin m'a d'ailleurs un peu déçue, mais bon c'est vrai que le côté heureux du dénouement est à nuancer - je n'en dis pas plus, chut)
Un dernier personnage m'a beaucoup plu, j'aurais aimé le voir plus développé : il s'agit d'Irma Borel la séductrice, je trouve que le héros la juge un peu trop sévèrement, qu'il surestime ses torts, peut-être pour amoindrir sa propre responsabilité ? Comportement plausible étant donné la personnalité du personnage du petit Chose, je l'ai trouvé très sympathique mais il faut bien admettre qu'il n'a rien de parfait (il le laisse entendre assez lui-même).

Au final, une belle lecture pour moi, assez riche et plus distrayante que l'Enfant de Jules Vallès par exemple, et elle m'a plus personnellement parlée.

Extrait :
«Ce qui me frappa d’abord, à mon arrivée au collège, c’est que j’étais le seul avec une blouse. À Lyon, les fils de riches ne portent pas de blouses ; il n’y a que les enfants de la rue, les gones comme on dit. Moi, j’en avais une, une petite blouse à carreaux qui datait de la fabrique ;  j'avais une blouse, j’avais l’air d’un gone... Quand j’entrai dans la classe, les élèves ricanèrent. On disait « Tiens ! il a une blouse ! » Le professeur fit la grimace et tout de suite me prit en aversion. Depuis lors, quand il me parla, ce fut toujours du bout des lèvres, d’un air méprisant. Jamais il ne m’appela par mon nom ; il disait toujours « Hé ! vous, là-bas, le petit Chose ! » Je lui avais dit pourtant plus de vingt fois que je m’appelais Daniel Ey-sset-te... À la fin, mes camarades me surnommèrent « le petit Chose », et le surnom me resta..."

"Un soir, au moment de se mettre à table, on s'aperçoit qu'il n'y a plus une goutte d'eau dans la maison.
- Si vous voulez, j'irai en chercher, dit ce bon enfant de Jacques.
Et le voilà qui prend la cruche, une grosse cruche de grès.
M. Eyssette hausse les épaules : 
- Si c'est Jacques qui y va, dit-il, la cruche est cassée, c'est sûr.
- Tu entends, Jacques, - c'est Mme Eyssette qui parle avec sa voix tranquille - tu entends, ne la casse pas, fais bien attention. ”
M. Eyssette reprend :
- Oh ! tu as beau lui dire de ne pas la casser, il la cassera tout de même.
Ici, la voix éplorée de Jacques :
- Mais enfin, pourquoi voulez-vous que je la casse ?
- Je ne veux pas que tu la casses, je te dis que tu la casseras, répond M. Eyssette, et d'un ton qui n'admet pas de réplique.
Jacques ne réplique pas ; il prend la cruche d'une main fiévreuse et sort brusquement avec l'air de dire :
- Ah ! je la casserai ? Eh bien, nous allons voir.
Cinq minutes, dix minutes se passent; Jacques ne revient pas. Mme Eyssette commence à se tourmenter :
- Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé !
- Parbleu ! que veux-tu qu'il lui soit arrivé ? dit M. Eyssette d'un ton bourru. Il a cassé la cruche et n'ose plus rentrer.
Mais tout en disant cela - avec son air bourru, c'était le meilleur homme du monde -, il se lève et va ouvrir la porte pour voir un peu ce que Jacques était devenu. Il n'a pas loin à aller ; Jacques est debout sur le palier, devant la porte, les mains vides, silencieux, pétrifié. En voyant M. Eyssette, il pâlit, et d'une voix navrante et faible, oh ! si faible : “ Je l'ai cassée ”, dit-il... Il l'avait cassée !...
Dans les archives de la maison Eyssette, nous appelons cela “ la scène de la cruche”."

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"La lecture, une porte ouverte sur un monde enchanté." François Mauriac

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