Samedi 9 janvier 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lescatilinaires.gifRésumé : La solitude à deux, tel était le rêve d'Emile et de Juliette. Une maison au fond des bois pour y finir leurs jours, l'un près de l'autre. Etrangement, cette parfaite thébaïde comportait un voisin. Un nommé Palamède Bernardin, qui d'abord est venu se présenter, puis a pris l'habitude de s'incruster chez eux chaque après-midi, de quatre à six heures. Sans dire un mot, ou presque. Et cette présence absurde va peu à peu devenir plus dérangeante pour le couple que toutes les foules du monde...

Mon avis : La quatrième de couverture de mon édition  ne me tentait pas trop, c'est sans doute pour cela que je n'avais pas encore lu ce roman d'Amélie Nothomb (maintenant il ne me reste plus que Péplum, sauf erreur de ma part). J'avais peur d'être déçue, et finalement j'ai tout lu d'une traite (comme toujours avec Nothomb me direz-vous, la brièveté de ses romans permet cela) ; ça a été une expérience de lecture un peu bizarre pour moi : en effet j'ai trouvé ce roman moins rythmé que d'autres romans de cet auteur : c'est assez lent, et répétitif : mais n'en déduisez pas que je me suis ennuyée, non : mais j'ai trouvé cette écriture étouffante, tout comme les personnages j'ai souffert de la visite récurrente et finalement inquiétante de ce voisin silencieux, toujours mécontent et qui s'obstine dans son incrustation, cela devient peu à peu un vrai cycle infernal, un huis clos terrifiant dans lesquels notre sympathique couple se retrouve empêtré !

Tout comme le héros de ce roman, Emile Hazel, j'ai progressivement ressenti une impression de dégoût, qui s'est amplifiée au fur et à mesure que je progressais dans ma lecture : dégoût provoqué par le comportement incompréhensible de M. Bernardin, par les descriptions peu ragoûtantes du physique de M. Bernardin et de sa femme, mais aussi par les différentes réactions du héros, tantôt lâches, tantôt cruelles, et pourtant, on s'identifie à lui... (même si pour ma part j'arrive très bien à ne pas ouvrir ma porte et à laisser sonner le téléphone : ainsi les principes de politesse ne m'ont pas trop pourrie, ouf !). La personnalité de Palamède Bernardin comme la cause de son comportement restent toujours un mystère, on ne peut les envisager qu'à travers les hypothèses successives qu'Emile et Juliette forment à leur sujet, et le jugement d'Emile sur son voisin est très instable, ce qui nous montre bien à quel point une attitude imprévisible nous désarçonne, à quel point chaque individu fait correspondre sa manière d'agir à une étiquette, à un schéma déjà connu... Au final je sors de cette lecture un peu nauséeuse, un peu comme quand j'ai fini Truismes, de Marie Darrieussecq. C'est donc indubitablement une lecture qui a fortement touché mes sens, et qui m'enfonce un peu plus dans ma misanthropie : vous devez donc comprendre, si vous me connaissez un minimum, que j'ai beaucoup aimé ce roman, même si je n'ai pas envie de le relire tout de suite à cause du malaise qu'il a fait naître en moi.

Beaucoup de passages m'ont interpellée, je vais en recopier quelques-uns ici ; et c'est un livre que je vous conseille, il m'a semblé plus riche, plus profond que certaines autres œuvres d'Amélie (que j'aime pourtant !) comme Journal d'hirondelle ou le Voyage d'hiver. J'ai trouvé que ce livre-ci distrayait son lecteur d'une façon plus subtile, plus dangereuse peut-être aussi, en nous faisant vraiment nous interroger sur nos comportements, et notamment nos comportement "mondains" : on joue de jolies comédies sans cesse et cela se passe bien quand notre interlocuteur joue le même jeu que nous ; mais que se passe-t-il quand notre interlocuteur se rebelle par sa grossièreté, son mutisme ? Rapidement, nous nous trouvons désemparés, et c'est ainsi notre propre vacuité, notre propre faiblesse que l'interlocuteur rebelle nous révèle.... mais j'en dis trop, si vous voulez connaître les réponses d'Amélie à ces passionnantes questions, lisez donc.
 
Extraits : "J'attendais la retraite comme le mystique attend la mort.
Ma comparaison n'est pas gratuite. Juliette et moi avons toujours aspiré à être libérés de ce que les hommes ont fait de la vie. Etudes, travail, mondanités même réduites à leur plus simple expression, c'était encore trop pour nous.(...) Nous voulions quitter cette perte de temps qu'est le monde"

 


" - (...) Qu'en pensez-vous, Palamède ?
Nous eûmes beau attendre, il ne répondit rien. Je ne pouvais pas m'empêcher de l'admirer ; qu'il fût demeuré ou non, il avait ce courage ou ce culot que je n'avais jamais eu : ne rien répondre. Ni "Je ne sais pas", ni haussement d'épaules. Indifférence absolue. De la part d'un homme qui s'imposait chez moi pendant des heures, cela relevait du prodige. J'étais fasciné. Et je l'enviais d'en être capable. Il n'avait même pas l'air d'être gêné - c'était nous qui l'étions ! Le comble ! J'avais tort de m'en étonner, d'ailleurs : si les rustres étaient honteux de leurs manières, ils cesseraient d'être rustres. Je me surpris à songer que ce devait être merveilleux d'être une brute. Quelle réussite : se permettre toutes les indélicatesses et en faire retomber les remords sur les autres, comme si c'étaient eux qui s'étaient mal conduits !"
Par ChatNoir le Samedi 9 janvier 2010
Ce qui est étrange, ce n'est pas tant que tu ai aimé ce livre (en ce qui me concerne je l'ai adoré, bien que je ne sois pas prête à le relire de ci-tôt), c'est que tu le compares à Truismes. Et tu as raison. Le malaise ressenti est le même.
(Pourtant j'ai détesté Truismes.)
J'aime beaucoup tes avis très développé.
Par Anneso le Samedi 9 janvier 2010
au risque de me faire détestée et boycotée... j'ai lu plusieurs ouvrages d'Amélie Nothomb, et je n'ai jamais réussi à apprécier !
Par B0uille le Samedi 9 janvier 2010
Eh bien, j'ai tellement aimé ce livre, mais comme toi, il a fait naître en moi des sentiments étranges, et ce dégoût de Palamède .... Han . Mais ça me fait plaisir que tu aies aimé =)
Par Raison-et-sentiments le Samedi 9 janvier 2010
C'est l'un de mes romans favoris d'Amélie Nothomb et je me suis payée le luxe de me le faire dédicacer en édition broché (un peu de frime). Je ne sais pas trop ce qui me plaît tant dans cette histoire, mais elle est fascinante.
J'ai lu Peplum et c'est celui que j'aime le moins (la preuve je ne l'ai jamais relu !), cependant j'ai hâte que tu le lise pour enfin avoir lu tout Amélie Nothomb (jusqu'à l'année prochaine).
Par MeL le Samedi 9 janvier 2010
Aucun risque que je te déteste pour ça ! Je suis seulement agacée par les gens qui se permettent de critiquer Amélie Nothomb alors qu'ils n'ont rien lu d'elle...
Par les-mots-des-autres le Samedi 9 janvier 2010
J'ai beaucoup beaucoup aimé les Catalinaires. Faudrait que j'achète un nouveau Nothomb, ça me manque beaucoup.
Par jailu le Samedi 9 janvier 2010
J'aime de plus en plus lire tes avis, très pertinents et fouillés! Il est dans mon top trois nothomb!lol
Par Pauline le Samedi 9 janvier 2010
J'ai lu en diagonale car je ne l'ai pas encore celui là!
Mais j'adore Mme Amélie :D
Par zatoun le Samedi 16 janvier 2010
C'est un des romans de Nothomb que j'ai le plus aimé avec Les Combustibles. J'ai du le présenter en classe l'an dernier, et mes camarades m'ont pratiquement applaudie xD
Faut dire qu'il y a beaucoup de choses à dire sur ce livre, comme en témoigne ton article =)
Par Nicolas2 le Dimanche 25 avril 2010
Une bonne mise en place, mais l'explication, qui arrive au milieu du roman, vient tout gâcher. C'est ridicule et décevant. Bref, une impression très mitigée!
 

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