Jeudi 28 octobre 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lesdiaboliques.jpgCHALLENGE ABC 2010, 22ème livre lu ♦

Quatrième de couverture (extrait de la préface) : "Quant aux femmes de ces histoires, pourquoi ne seraient-elles pas les Diaboliques ? N'ont-elles pas assez de diabolisme en leur personne pour mériter ce doux nom ? Diaboliques ! il n'y en a pas une seule ici qui ne le soit à quelque degré. Il n'y en a pas une seule à qui on puisse dire le mot de 'Mon ange' sans exagérer. Comme le Diable, qui était un ange aussi, mais qui a culbuté, - si elles sont des anges, c'est comme lui, - la tête en bas, le... reste en haut !"

Liste des nouvelles : Le Rideau cramoisi  - Le Plus Bel Amour de Don Juan - Le Bonheur dans le crime - Le Dessous de cartes d'une partie de whist - A un dîner d'athées - La Vengeance d'une femme

Mon avis : une lecture que j'avais prévue de faire depuis des années, et que je suis heureuse d'avoir faite malgré une très légère déception (deux nouvelles m'ont déçue, mais je préfère surtout me souvenir des trois nouvelles que j'ai adorées) ! Dans ce recueil, le narrateur joue délibérément avec son lecteur, et notamment avec sa patience... au début de chaque nouvelle, il nous est promis un récit effrayant ou frappant, mais à chaque fois, une série de prologues en retarde la narration : présentation du cadre du récit principal (le plus souvent mondain), avec présentation du narrateur, de la personne grâce à qui il a appris cette histoire s'il n'en est pas le témoin direct, du cadre du récit secondaire... l'auteur n'hésite pas à nous faire un portrait psychologique très détaillé d'un personnage, on pense alors naturellement qu'il va avoir un rôle important dans l'histoire qu'on attend, notre intérêt est donc éveillé... mais trois pages plus loin on se rend compte qu'il ne sera plus question de lui et que le présenter de façon si précise n'était pas utile au récit qu'on attend toujours ! Et quand enfin la révélation finale a lieu, elle est bien souvent déceptive : on ne connaît pas forcément le dénouement dans sa totalité, parfois les horreurs qu'on nous promet depuis 40 pages (la plupart de ces nouvelles sont vraiment longues) ne sont que suggérées, presque rien n'est dit et on n'est pas beaucoup plus avancé à la fin !

Je vais d'abord évoquer la troisième nouvelle "Le Dessous de cartes d'une partie de whist" qui est celle qui m'a le moins plu : sans les notes à la fin du livre je pense que je n'aurais même pas compris de quoi il était question finalement, et en lisant cette nouvelle je me suis même ennuyée : il y a tant de prologues, tant de descriptions avant qu'on en vienne aux faits (qui sont très peu développés, je suis restée sur ma faim) que j'ai eu l'impression de me perdre au milieu de tout cela, le style m'a parfois paru un peu trop emberlificoté, il y a pas mal d'allusions à des oeuvres d'art que je ne connais pas, et à l'actualité politique de l'époque... cette lecture a donc été plutôt pénible, je n'ai pas eu l'impression d'être capable de l'apprécier (même si certains passages pris à part m'ont paru très beaux, le passage à la fin de l'article est d'ailleurs extrait de cette nouvelle). L'autre nouvelle que je n'ai pas trop aimée est "A un dîner d'athées", pour à peu près les mêmes raisons : on a une longue présentation du cadre mondain, qui est assez intéressante d'un point de vue historique, mais que j'ai trouvée vraiment trop longue par rapport à l'histoire qui sera racontée, et j'ai également trouvé les réflexions politiques du narrateur trop présentes.

L'auteur se montre excellent donc dans lart de broder... même si cette tendance aux digressions m'a parfois déplu car je l'ai trouvée excessive dans les deux nouvelles que je viens d'évoquer, elle ne m'a pas gênée dans le reste du recueil, où le procédé est à mon avis utilisé de façon plus efficace, et où on comprend bien mieux quel est le but de l'auteur : nous faire languir pour mieux nous fasciner et exciter notre curiosité.

 Je n'ai pour le moment parlé que de la forme originale de ces nouvelles, qui sont caractérisées par leur lenteur très inhabituelle pour le genre, mais il est maintenant temps de vous parler des histoires en elles-mêmes, qui mettent en scène des personnages de femmes extraordinaires ! Femmes enchanteresses, très paradoxales, personnages féminins qui provoquent les histoires d'amour passionnées qu'elles vivent (ce qui est très osé pour l'époque où il est toujours convenu que les femmes doivent garder un rôle passif...) sans quitter le masque de froideur et de vertu qu'elles arborent en public ("Le Rideau cramoisi"), ou femmes dépravées pas si vicieuses que ça ("La Vengeance d'une femme"), dans tout les cas, ces femmes restent auréolées d'un mystère jamais complètement dissous, notre connaissance des faits étant toujours limitée par le point de vue masculin des narrateurs.

Même si on peut dessiner de nombreux parallèles entre tous les personnages féminins du recueil, on continue d'être surpris par leur complexité et leur diversité. Leurs histoires mêlent amour, mort, folie, elles sont souvent violentes, immorales, elles souillent les valeurs communément défendues dans la société, et dans certains cas même, le narrateur prend nos hypothèses à contre-pied et c'est alors l'innocence inattendue de toutes ces "Diaboliques" qui vient nous choquer, comme dans "Le Plus Bel Amour de Don Juan" par exemple. (à propos de cette nouvelle, elle m'a rappelée la pièce de théâtre La Nuit de Valognes, d'Eric-Emmanuel Schmitt, qui en est l'évidente réécriture)

La nouvelle qui m'a le plus époustouflée, et de loin, est "Le Bonheur dans le crime" : pas de dénouement brutal et terrible certes (pas de prologue interminable non plus, au contraire, un début alléchant), mais une histoire assez riche en péripéties, assez développée pour satisfaire notre appétit romanesque, et d'une immoralité jubilatoire.

Le style de l'auteur dont la lenteur volontaire m'a parfois exaspérée, m'a à d'autres moments complètement comblée  : je le comparerais  à un bijou finement ciselé, avec des tournures originales, des images recherchées qui m'ont parue uniques, et le tout se déguste et m'a donné une sensation de maîtrise totale.... dépaysant, et si différent du style de l'ensemble de la production contemporaine !!! Pour en jouir pleinement, un certain état d'esprit, une certaine concentration est nécessaire mais j'ai le sentiment que le plaisir que j'en tire est incomparable, et cela me donne envie de lire plus d'oeuvres de ce siècle dans les moins à venir, longtemps que je ne m'y étais pas plongée, et cela m'avait un peu manqué je crois !

Extrait :
[à propos des jeunes filles nobles qui ne se marieront jamais car elles refusent toute mésalliance]
"Les filles, ruinées par la Révolution, mouraient stoïquement vieilles et vierges, appuyées sur leurs écussons qui leur suffisaient contre tout. Ma puberté s'est embrasée à la réverbération ardente de ces belles et charmantes jeunesses qui savaient leur beauté inutile, qui sentaient que le flot de sang qui battait dans leurs coeurs et teignait d'incarnat leurs joues sérieuses, bouillonnait vainement."
Par Karine:) le Jeudi 28 octobre 2010
Je veux le lire depuis des années aussi... il était sur la liste de lecture au secondaire et j'ai réussi à passer l'examen sans le lire (pas ma faute, je n'ai jamais trouvé l'exemplaire!) alors depuis, je me dis que cette lecture est over-due!!! Au pire, je skipperai quelques nouvelles!!!
Par lemonde-dans-leslivres le Jeudi 28 octobre 2010
Tu me donnes envie de me replonger dans ce livre cultissime, que j'ai un peu trop délaissé, malgré qu'il soit celui qui occupe depuis bientôt deux ans ma table de chevet (la couverture de mon édition est juste sublime, je trouve)!
 

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