Samedi 26 juin 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/lesmots.jpg(merci Karine de m'avoir prêté ce livre (o:)

Quatrième de couverture : J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était de les faire épousseter sauf une fois l'an, avant la rentrée d'octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait...

Mon avis : comme vous le savez peut-être si vous avez entendu parler de ce livre, Les Mots est une autobiographie de Jean-Paul Sartre, mais une autobiographie d'un genre bien particulier, il y expose surtout son rapport aux livres, à l'écriture et on se focalise sur la période de son enfance. J'ai été un peu surprise, je m'attendais bêtement à quelque chose de plus chronologique, plus rythmé. Etant donné la relative brièveté de ce texte (200 pages environ), je me suis d'abord dit que j'allais le lire d'une traite comme j'aime souvent le faire, mais je n'ai pas pu. Sans m'ennuyer, j'ai eu l'impression étrange que j'avais besoin de digérer ce que je lisais au fur et à mesure.

On a ici une sorte d'autobiographie intérieure : l'auteur campe d'abord les personnages principaux (ses grands-parents, sa mère et lui-même) et part ensuite dans des digressions qui se suivent sans cesse, difficile de vraiment dégager la structure de l'œuvre, qui se déroule comme un long monologue, une réflexion de l'écrivain sur l'enfant qu'il a été et sur sa relation compliquée aux mots, qui constituent le titre et l'enjeu principal du livre. ; on a deux parties certes, la première s'intitule "Lire", la seconde, "Ecrire" ; pas de chapitres, le rythme du récit est un peu inhabituel, même si on avance quand même dans le temps au fil des pages.

J'admire Sartre depuis que je l'ai découvert en terminale ; à cause des cours de philo, mais surtout grâce à deux pièces de théâtre, Huis Clos et les Mouches, et au recueil de nouvelles Le Mur ; mais j'en m'aperçois aujourd'hui, j'ignorais à peu près tout de sa personnalité, je n'avais jamais vraiment entendu sa voix, et j'ai à présent le sentiment (peut-être illusoire, mais qu'importe) de le connaître un peu mieux. Au cours de ma licence j'ai connu plusieurs profs qui détestaient Sartre... cela me choquait et maintenant cela me choque encore plus, même si paradoxalement je peux essayer de comprendre pourquoi sa personnalité peut sembler antipathique.

Ce qui est le plus étonnant, c'est la façon dont Sartre considère l'enfant qu'il a été ; il se décrit lui-même comme un enfant vaniteux et snob, dénonce les faussetés, les manies de sa personnalité d'alors ; on peut d'abord être un peu agacé par ce personnage d'enfant qui lit Corneille très jeune pour impressionner son grand-père, avant de le délaisser pour des romans d'aventures plus populaires qui seront ses premières sources d'inspiration, il semble aussi prendre sa vocation littéraire très au sérieux, dictée par le Saint-Esprit (eh oui, rien que ça !).... mais je me suis vite attachée à ce petit personnage qui au fond, semble surtout avoir été très seul pendant de nombreuses années. Le regard que Sartre porte sur le petit garçon qu'il a été est tantôt un peu sévère, tantôt plus tendre, souvent railleur et ironique ; et en tout cas, qu'il ose se présenter ainsi, sans chercher spécialement à amoindrir ses défauts, m'a paru être une démarche courageuse, et cette honnêteté m'a touchée.

L'image qu'il a de lui, et qu'il nous donne du coup) est ambivalente : d'un côté il expose ses faiblesses, ses erreurs, son manque de génie évident ; de l'autre il ne nous cache par l'idée de sa supériorité, son assurance de devenir un écrivain. Il s'agit d'un récit auto-centré, je ne crois pas qu'il s'adresse à nous, lecteur, ou alors fort peu ! Et pourtant, il nous évoque indirectement quand il pense à ceux qui le liront, et ce lien biaisé m'a plu.

Dans ce livre qui doit donc se déguster lentement (enfin c'est ainsi que je l'ai apprécié, j'ai vraiment eu envie de savourer le style, que je n'ai pas toujours trouvé évident, mais le plus souvent, doux et très agréable), on trouve aussi pas mal de passages qui m'ont beaucoup plu où Sartre parle de religion (et pourtant Dieu sait (lol) que les passages où il est question de religion me barbent en général), de la difficulté à se faire une place satisfaisante dans sa famille, de la liberté, de l'éducation, de l'existence d'un Destin, de l'ennui, du regard lucide (ou pas) qu'on peut avoir sur soi, des rêves qu'on peut avoir sur son avenir.... un livre que je déconseillerais à tous les amateurs de livres bourrés d'action et aux allergiques au narcissisme, mais les autres, allez-y :)

Quelques extraits :

"(...) Un enfant gâté n'est pas triste ; il s'ennuie comme un roi. Comme un chien.
Je suis un chien : je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s'accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis une mouche, je grimpe le long d'une vitre, je dégringole, je recommence à grimper. Quelquefois, je sens la caresse du temps qui passe, d'autres fois - le plus souvent - je le sens qui ne passe pas. De tremblantes minutes s'affalent, m'engloutissent et n'en finissent pas d'agoniser ; croupies mais encore vives, on les balaye, d'autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines ; ces dégoûts s'appellent le bonheur ; ma mère me répète que je suis le plus heureux des petits garçons. Comment ne la croirais-je pas puisque c'est vrai ? A mon délaissement je ne pense jamais ; d'abord il n'y a pas de mot pour le nommer ; et puis je ne le vois pas : on ne cesse pas de m'entourer. C'est la trame de ma vie, l'étoffe de mes plaisirs, la chair de mes pensées."

"Je viens de raconter l'histoire d'une vocation manquée : j'avais besoin de Dieu, on me le donna, je le reçus sans comprendre que je le cherchais. Faute de prendre racine en mon cœur, il a végété en moi quelque temps, puis il est mort. Aujourd'hui quand on me parle de Lui, je dis avec l'amusement sans regret d'un vieux beau qui rencontre une ancienne belle : "Il y a cinquante ans, sans ce malentendu, sans cette méprise, sans l'accident qui nous sépara, il aurait pu y avoir quelque chose entre nous."

"J'étais élu, marqué mais sans talent : tout viendrait de ma longue patience et de mes malheurs ; (...) je n'étais fidèle à rien sauf à l'engagement royal qui me conduisait à la gloire par les supplices. Ces supplices, restait à les trouver ; c'était l'unique problème mais qui paraissait insoluble puisqu'on m'avait ôté l'espoir de vivre misérable (...). Je me promis d'atroces chagrins d'amour mais sans enthousiasme."

"L'appétit d'écrire enveloppe un refus de vivre."
Par sassoo le Samedi 26 juin 2010
C'est un livre que j'ai dévoré, moi qui n'arrive pas à lire plus de 4pages..
je suis une grande admiratrice :)
Par Raison-et-sentiments le Samedi 26 juin 2010
Je l'ai lu l'année dernière et comme toi j'ai dû prendre le temps de le digérer ... néanmoins une lecture très intéressante. La nausée m'attend dans ma bibli. depuis ce temps-là.
Par Saleanndre le Samedi 26 juin 2010
J'ai été une grande fan de Sartre il y a quelque temps. J'avais dévoré cette autobiographie. Je crois qu'un de ces jours je vais relire la Nausée...
Lui et Simone, un couple mythique; de lui, j'aime sa philosophie; d'elle, son style. Je les admire tous les deux beaucoup.
Par songes-littéraires le Dimanche 27 juin 2010
Je l' ai lu il y a quelques années et j' avais apprécié ce portrait qu' il donnait de lui-même, un enfant très choyé par les siens (trop peut- être) et ce rapport vicéral au monde des livres très tôt révélé...
Par biblio-teck le Dimanche 27 juin 2010
J'ai lu Les mots et cela m'a donné envie de lire le reste. Les mains sales notamment, une grande grande pièce. Certains trouvent Sartre prétentieux et bavard mais je pense que l'homme ne doit pas masquer le très grand auteur qu'il y a derrière.
 

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"La lecture suffit pour arrêter l'intelligence, la nourrir, l'élever, la purifier ; quoique peu fatigante, elle suffit pour éloigner l'oisiveté." Henri Lacordaire

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