Jeudi 26 août 2010

http://bouquins.cowblog.fr/images/livres/fanfan.jpg(lu le 17 août)

Quatrième de couverture :
Alexandre Crusoé a vingt ans lorsqu'il décide de résister toujours au désir que lui inspire Fanfan et ne jamais avouer sa passion afin de la soustraire à l'usure du temps.
Faire la cour sans fléchir devient sa maxime.
Amoureuse, Fanfan usera de toutes les ressources de son esprit imprévisible pour exacerber la concupiscence d'Alexandre, avec l'espoir de l'obliger ainsi à renoncer à sa résolution.
Fanfan est le roman d'un jeune homme qui voulut prolonger éternellement les préludes d'un amour.

Mon avis :
j’avais déjà fait la connaissance d’Alexandre Jardin avec son roman L’Île des Gauchers, qui décrit une utopie où les humains maîtrisent l’art d’aimer. L’amour est encore le sujet central de ce roman-ci écrit à une période antérieure ; le court texte qui présente l’auteur avant l’œuvre (et qui est vraisemblablement écrit par l’auteur lui-même) laisse penser que ce livre a un lien fort avec sa vie puisqu’il est écrit que de ses trois premiers livres, Fanfan est « celui qui lui ressemble le plus ». Le contenu du roman même nous fait croire à une forte résonnance autobiographique : le héros et narrateur se prénomme Alexandre, et il deviendra écrivain.

Malgré cette volonté de l’auteur de nous faire croire à l’authenticité des faits décrits (mais comme c’est un procédé courant, je pense plutôt à un jeu avec le lecteur qui n’est pas dupe), l’ensemble du roman m’a paru tout simplement incroyable ; tout d’abord, les personnages sont une floppée d’excentriques, et même dans le cas où ils ne sont pas des excentriques « volontaires », à chaque fois quelque chose les marginalise. Certains personnages secondaires m’ont semblé carrément caricaturaux, je pense notamment à deux personnages subalternes, Hermantrude, qui incarne la laideur, et à Titanic, qui serait plutôt le type même de la perversité. Les parents d’Alexandre vivent une existence de débauche ; Alexandre au contraire rêve de fidélité, Monsieur Ti est un vieux sage espiègle, Fanfan est caractérisée par sa liberté et son énergie ; tous sont rebelles à leur manière, même les parents de Laure, la fiancée d’Alexandre, qui incarnent le couple fossilisé parfait, finiront par quitter leur vie ultra-conformiste en se séparant ; tout cela nous donne une belle galerie de personnages hors du commun, une telle accumulation d’originaux ne semble déjà pas naturelle ; le projet d’Alexandre ensuite (et surtout) est étonnant, je reconnais que c’est une très bonne idée, une très bonne piste de départ, et si une telle piste a déjà été développée dans un roman plus ancien, j’aimerais le savoir.
 
Le personnage d’Alexandre est très réussi, comme c’est un narrateur interne on suit toutes ses pensées, toutes ses hésitations et revirements, les arguments qu’il donne à son entreprise sont variés, développés, réfutés, mis en pratique, et dans une certaine mesure, ils sont réalistes, intéressants, et ils se valent, tout part d’une bonne intention et n’est pas dénué de bon sens, même si cet excès de vertu pour réussir un amour parfait vire rapidement au vice, c’est du moins comme cela que je le vois (peut-être qu’il y en a qu’un tel projet ferait rêver, va savoir ?).
 
En ce qui concerne le style, à un moment pour parler des romans écrits par Titanic, il est dit que son style est « luxueux et flamboyant », et c’est ainsi que je qualifierais également la prose d’Alexandre Jardin dans ce roman : le côté luxueux m’a parfois paru un peu too much, l’auteur s’est visiblement fait plaisir en allant chercher des mots un peu soutenus alors qu’il aurait pu se contenter de façon plus naturelle d’un lexique plus simple, ce qui donne des tournures parfois un peu artificielles qui m’ont fait sourire mais le tout n’est cependant pas lourd et reste fluide. L'aspect "flamboyant" du style m'a plus intéressée : ce roman est assez riche en évocations sensuelles du désir.
 
Même si la vision de l’amour dans ce roman est – pendant la majeure partie de l’histoire en tout cas – assez différente de la vision de l’amour dans l’Île des Gauchers, la conclusion nous donne une image de l’amour finalement assez similaire, et donc souriante. J’ai vraiment apprécié la tirade de Monsieur Ti vers la fin. Pour résumer, je dirais qu’Alexandre Jardin est en fait un doux rêveur qui ne manque pas d’optimisme, ce livre est léger, peut faire grandement plaisir (ou rendre mélancolique, au choix), je ne pense pas qu’il me marquera tellement, mais ça a été une lecture très distrayante, qui m’a fait l’effet d’un conte parfois un peu trop anesthésiant, mais pourquoi pas après tout ? Je regarderai le film (réalisé par Alexandre Jardin lui-même si j’ai bien compris) avec plaisir.

Extraits :
"Les fous sont ceux qui oublient de l'être par amour."

"ECRIVAIN, profession abjecte pratiquée par des vampires qui, trop souvent, s'égarent en réclamant à la vie plus qu'elle ne doit donner."

"Je sais que la maladie du siècle c'est l'adolescence, cet âge dont on ne guérit plus. Oh, tu n'es pas le seul. Vous êtes des millions à vouloir "rester jeunes", à fuir l'engagement, à ressasser votre enfance, à suivre les modes qu'imposent les puceaux, à préférer la passion à l'amour."
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